France-Le FN parie sur une entrée en force à l'Assemblée

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    * Le parti d'extrême droite souhaite constituer un groupe 
    * Pour lui, il s'agit de l'hypothèse basse 
    * Mais les résultats dépendront de nombreux facteurs 
    * "Quinze députés serait déjà un succès", dit un chercheur 
 
    par Simon Carraud et Gérard Bon 
    PARIS, 26 octobre (Reuters) - Le Front national espère 
constituer au minimum un groupe de 15 députés à l'issue des 
législatives de 2017 et n'hésite pas à afficher des objectifs 
beaucoup plus ambitieux encore, que les analystes invitent 
toutefois à prendre avec prudence. 
    Le résultat de ces élections dépendra en grande partie de la 
dynamique de Marine Le Pen à la présidentielle, de l'état de la 
droite, de la possible déliquescence de la gauche et de la 
configuration du second tour dans chacune des circonscriptions.  
    Autant d'incertitudes dont ont conscience les dirigeants de 
la formation d'extrême droite, qui se refusent officiellement à 
tout pronostic précis. 
    Mais à la question de savoir s'il vise le seuil de 15 
députés requis pour former un groupe à l'Assemblée nationale, le 
directeur de la campagne des législatives au FN répond par 
l'affirmative, en précisant qu'il s'agit d'une hypothèse basse. 
    "Oui, notre ambition, c'est d'avoir plus que ça. Il y a 
énormément de circonscriptions où on a un niveau très élevé", 
déclare à Reuters Nicolas Bay, selon qui le vote FN est "en 
croissance continue et rapide" depuis cinq ans. 
    En 2012, déjà, la formation aspirait à composer un groupe, 
qui lui aurait offert des facilités logistiques, un certificat 
de normalisation et une meilleure visibilité. Mais se faisait 
peu d'illusions sur ses chances réelles d'y parvenir. 
    Seuls deux députés élus avec son soutien, Gilbert Collard et 
Marion Maréchal-Le Pen, avaient alors fait leur entrée à 
l'Assemblée, à l'issue d'une campagne improvisée dans la foulée 
de la présidentielle.  
    Cette fois-ci, l'état-major frontiste ne fait plus mystère 
de ses prétentions. 
    "Probablement plus" de 30 ou 40 députés FN siègeront l'année 
prochaine à l'Assemblée, selon une estimation donnée récemment 
par David Rachline, coordinateur de la campagne présidentielle 
de Marine Le Pen, sur Europe 1. 
     
    THÉORIE DU "PLAFOND DE VERRE"    
    "En 2017, on sera encore très au-dessus de 2015", une année 
marquée par une nouvelle poussée aux départementales et aux 
régionales, juge pour sa part Nicolas Bay. 
    Le numéro trois du parti se fonde sur une étude de dix 
feuillets, qui décline les résultats de la présidentielle et des 
législatives de 2012, des européennes de 2014 ainsi que des 
départementales et des régionales de l'année dernière dans les 
577 circonscriptions françaises. 
    Selon ce relevé réalisé par la formation, déjà lancée dans 
les préparatifs de la campagne  L8N1CQ6PB , le FN a dépassé les 
50% au second tour des régionales dans 14 circonscriptions, 
réparties dans ses deux terres d'élection traditionnelles, les 
Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur. 
    Dans une cinquantaine de circonscriptions, les candidats du 
parti ont engrangé plus de 45% des voix au second tour de ces 
mêmes élections et plus de 40% dans une centaine d'entre elles. 
    "On sait très bien que les législatives dépendent très 
largement de la dynamique créée par la présidentielle. Mais il y 
a beaucoup de circonscriptions où l'on peut être en situation de 
l'emporter", insiste Nicolas Bay. 
    Le secrétaire général du FN ne croit pas à la théorie du 
"plafond de verre", qui condamnerait irrémédiablement son parti 
à l'échec au second tour, comme lors des régionales de décembre 
2015 - il avait alors échoué à ravir la moindre région, après 
avoir entr'aperçu la victoire dans le Nord et en Paca. 
    "C'est un concept utilisé par nos adversaires pour se 
rassurer, le plafond monte à chaque fois", dit-il, tout en 
reconnaissant que la donne circonscription par circonscription 
sera décisive en 2017. 
     
    CAPACITÉ DE RÉSISTANCE DU PS  
    Les inconnues qui pèsent sur le scrutin ne permettent pas de 
faire de projections fiables, selon Jérôme Fourquet, directeur 
du département opinion de l'Ifop, pour qui l'un des facteurs 
déterminants sera le nombre de triangulaires, plus favorables au 
FN que les simples duels FN-droite ou FN-gauche. 
    "Tout dépendra de la performance de Marine Le Pen mais aussi 
de ce qui se passe du côté de ses adversaires, voir de quelle 
manière la gauche se comporte. Est-ce qu'elle va sauver 
l'honneur ? De cette capacité de résistance du PS, on aura le 
nombre de duels et de triangulaires", dit-il. 
    "Même si le plafond de verre se réhausse, on a vu aux 
régionales que la gauche se reporte encore pour faire barrage", 
soutient-il par ailleurs. 
    Le mode de scrutin, qui exige de dépasser les 50% au 
deuxième tour en duel, et l'isolement de la formation d'extrême 
droite sur l'échiquier politique pourraient à nouveau freiner sa 
progression en nombre de sièges, même en cas de nouvelle poussée 
dans les urnes. 
    Thomas Ehrhard, maître de conférence en sciences politiques 
à l'université Panthéon-Assas, rappelle que le FN n'a réussi 
qu'une fois dans son histoire, en 1986, une entrée massive à 
l'Assemblée mais le parti avait alors profité d'un changement 
des règles du jeu et de l'introduction de la proportionnelle.    
    "Le Front national va certainement dépasser les deux députés 
mais atteindre le seuil de 15 députés serait déjà un succès pour 
lui en raison notamment des règles du système électoral", 
estime-t-il.  
    Quoi qu'il en soit, "il paraît difficilement envisageable 
d'atteindre ou de dépasser les 35 sièges (obtenus en 1986)." 
    Les législatives sont prévues les 11 et 18 juin 2017, après 
la présidentielle de 23 avril et 7 mai. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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  • M940878 il y a un mois

    commençons déjà par réduire le nombre de députés de moitié , autant pour le sénat