France-La SNCM au bord d'un naufrage programmé

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* Réunion décisive pour l'avenir de la SNCM * Une compagnie maritime plus petite pour attirer un repreneur ? * Un scénarion noir est redouté par Jean-François Rosnoblet MARSEILLE, 27 octobre (Reuters) - Partenaires sociaux, représentants de l'Etat et actionnaires de la SNCM se retrouvent mardi pour une réunion décisive pour l'avenir de la compagnie maritime en grande difficulté. Détenue à 66% par Transdev - coentreprise entre Veolia VIE.PA et la Caisse des dépôts -, à 25% par l'Etat et à 9% par ses salariés, la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM) est au bord de l'asphyxie financière. Transdev pousse la compagnie vers un redressement judiciaire qui lui apparaît, comme au gouvernement, la seule solution pour créer une nouvelle société, plus attractive pour un éventuel repreneur et libérée du poids des aides à rembourser. La date du 3 novembre aurait déjà été cochée pour placer la société sous la protection du tribunal de commerce de Marseille, qui a ouvert début octobre une procédure de conciliation en nommant deux administrateurs chargés notamment "d'une remise à plat juridique", a-t-on appris de source proche du dossier. Le président du directoire de la SNCM, Olivier Diehl, a proposé un schéma d'exploitation restreint avec un volet social prévoyant le maintien de 800 à 1.200 emplois sur les 2.030, dont près de 400 CDD, que compte l'entreprise qui assure notamment la liaison entre la Corse et le continent. Ce plan dénommé "Poséidon", qui a été présenté le 8 octobre lors d'une précédente réunion de médiation, s'appuie sur un périmètre restreint avec quatre navires dédiés à la délégation de service public au départ de Marseille et deux autres pour la desserte du Maghreb. En conservant seulement six des huit navires actuels, il prévoit l'abandon des liaisons vers la Corse et la Sardaigne au départ de Nice et de Toulon. CESSATION DE PAIEMENT ? Les syndicats ont rejeté ce "plan non financé" et "sans garantie" pour les personnels, qu'ils assimilent à une "marche forcée" vers le redressement prôné par Transdev. "En interne comme en externe, ce plan n'a aucune existence réelle", estime une source proche du dossier, selon laquelle sa fonction est d'expliquer qu'un retour à l'équilibre ne se fera pas sans casse et sans passer par le tribunal de commerce. La direction de la SNCM, qui a ouvert les réservations pour 2015 afin de rassurer ses salariés, tente de calmer le jeu en expliquant que le redressement judiciaire ouvrirait une période d'observation pendant laquelle les bateaux continueraient d'assurer le service en attendant qu'un repreneur soit trouvé. Mais le délégué CFE-CGC des cadres et officiers, Pierre Maupoint de Vandeul, estime que le jeu est dangereux. "Transdev et Veolia ont obtenu l'arbitrage en force du gouvernement, mais ils n'ont rien fait pour sécuriser un redressement judiciaire technique", a-t-il dit à Reuters. "La SNCM et l'Etat sont tombés dans le piège de Transdev." L'actionnaire majoritaire a menacé d'accélérer, début novembre, la mise en cessation de paiement de la compagnie par un remboursement anticipé des prêts d'actionnaires, soit 103 millions d'euros avancés par Transdev et 14 millions par Veolia. De source proche du dossier, on précise qu'un tel scénario provoquerait l'effondrement de la trésorerie déjà minée par un déficit d'exploitation d'une quarantaine de millions d'euros par an, et pourrait même entraîner la liquidation judiciaire. La compagnie puise aujourd'hui l'essentiel de sa trésorerie dans les indemnités versées par les assurances après les avaries du Napoléon Bonaparte, un ferry de la compagnie qui avait rompu ses amarres à quai en 2012, soit 57 millions d'euros. Le solde de cette somme, estimé à 22 millions d'euros, ne permet pas d'assurer au-delà de début janvier le fond de roulement nécessaire au fonctionnement de l'entreprise. Et ce, sans préjuger du coût de la période d'observation qui suivrait la mise en redressement judiciaire de la compagnie. Ce coût a été chiffré à une soixantaine de millions d'euros par un cabinet de conseil privé, soit plus de 10 millions par mois en raison de l'effondrement de trésorerie qui est classique dans une entreprise placée en redressement judiciaire. SCÉNARIO NOIR Pour Transdev et le gouvernement, il faut déclencher une procédure collective pour purger le passif européen. La Cour de justice de l'Union européenne, rejetant les recours de la France, a confirmé le 4 septembre que la SNCM devait rembourser les aides d'Etat perçues par la compagnie maritime lors de sa privatisation. Cette décision porte sur environ la moitié des 440 millions d'aides d'Etat que l'UE réclame à la SNCM, dont le remboursement mettrait définitivement la compagnie à terre. Le passage par le redressement judiciaire s'inscrirait automatiquement dans le cadre de la jurisprudence européenne, qui réclame une "absence de continuité de l'activité économique pour apurer les passifs financiers". Pour la SNCM, cette démarche se traduirait par une vente aux enchères des actifs de la compagnie, accompagnée d'un plan social pour les 1.508 salariés en CDI. Un scénario noir qui laisserait sur le carreau les 400 salariés réguliers en CDD et un volant de 300 à 500 saisonniers. Il aurait aussi un fort impact sur les emplois induits dans la sous-traitance, 1.200 à Marseille et 800 en Corse. Selon plusieurs sources, les discussions se sont accélérées ces dernières semaines entre la France et la Commission. L'objectif est d'obtenir de Bruxelles l'assurance que l'action judiciaire envisagée ne restera pas vaine. "Mais le temps de la Commission n'est pas forcément celui de l'Etat, ni celui des actionnaires de la SNCM", dit une source. Un temps précieux qui risque de manquer au gouvernement qui a besoin d'une décision européenne pour attirer un repreneur. Plusieurs repreneurs se sont positionnés sur la base du plan "Poséidon", comme la société américaine Baja Ferries, qui a engagé des négociations directes avec Transdev en mars. Le spécialiste européen de la logistique du froid Stef TFE serait aussi sur les rangs pour une éventuelle reprise, notamment pour la desserte de la Corse avec quatre bateaux. Les discussions avec le groupe norvégien SIEM Industries, davantage partisan d'une solution de continuité des activités, ont en revanche été abandonnées au mois de septembre. (Edité par Yves Clarisse)


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  • M5054720 le lundi 27 oct 2014 à 11:16

    Salariers de SnCM vous pouvez dire MERCI la CGT.

  • M4960905 le lundi 27 oct 2014 à 11:05

    Vendez tout et qu'on en finisse