France-La sécurité de l'Euro 2016 toujours en question

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    * L'état d'urgence prolongé pendant la compétition 
    * Les "fans zones" en débat 
    * Les assaillants de Paris et Bruxelles y ont pensé 
 
    PARIS, 20 avril (Reuters) - La volonté du gouvernement de 
prolonger l'état d'urgence pour couvrir notamment la période de 
l'Euro 2016 de football, en juin et juillet, pose une nouvelle 
fois la question de la sécurité durant la compétition, en 
particulier autour des "fans zones".  
    Lancinante, elle a ressurgi à la suite des attentats 
meurtriers de ces derniers mois en Europe, ceux du 13 novembre 
2015 à Paris et aux abords du stade de France puis du 22 mars 
dernier à Bruxelles. 
    Le défi consiste à garantir la sécurité des 2,5 millions de 
spectateurs attendus, de dix stades dans dix villes différentes, 
de 51 matches et de 24 sélections nationales itinérantes. 
    Les autorités appréhendent donc cet Euro, qui pourrait 
constituer une cible de choix compte tenu de son audience.      
    Selon la chaîne BFM TV, qui dit avoir eu accès à un message 
audio d'un membre de la cellule qui a frappé Paris et Bruxelles, 
les assaillants ont envisagé de commettre de nouvelles attaques 
en France afin de provoquer l'annulation de l'Euro 2016. 
    Le but, d'après cet enregistrement, n'était pas de s'en 
prendre directement à la compétition mais plutôt à des 
infrastructures de transport. 
    Gouvernement et organisateurs assurent avoir toujours pris 
en compte le risque d'attentats, jusqu'à imaginer le scénario de 
matches joués à huis clos en cas de menace directe. 
    "On ne peut pas rehausser en permanence ce qui est déjà à un 
niveau très élevé depuis les attentats de janvier 2015", a 
déclaré le mois dernier le ministre de l'Intérieur, Bernard 
Cazeneuve. "Mais nous pouvons conforter le dispositif". 
    De sources proches des organisateurs, on affirme également 
que les mesures prévues n'ont pas évolué ces dernières semaines, 
si ce n'est à la marge.  
     
    DES FORCES DE L'ORDRE FATIGUÉES 
    Le Premier ministre, Manuel Valls, a malgré tout annoncé 
mercredi son intention de prolonger au-delà du 26 mai et pour 
une période de deux mois l'état d'urgence, en vigueur depuis la 
nuit du 13 au 14 novembre.   
    "Face à un événement aussi considérable qu'est celui de 
l'Euro 2016, qui doit se tenir dans la sécurité, et qui en même 
temps doit être une fête (...), nous devons assurer pleinement 
la sécurité", a-t-il dit sur France Info. 
    Le gouvernement devra désormais passer par le Parlement pour 
obtenir cette nouvelle prorogation, jusqu'au 26 juillet - soit 
après la fin de l'Euro, le 10 juillet, et après la dernière 
étape du Tour de France, le 24 juillet. 
    Les syndicats de policiers joints par Reuters ne voient pas 
là une décision susceptible de changer la donne pour les forces 
de l'ordre, déjà très sollicitées depuis les attentats, la COP21 
sur le climat, et le mouvement anti-loi Travail. 
    "La tension s'accumule. Nos collègues sont fatigués et leur 
réaction ne peut pas toujours être à la hauteur de ce qu'on peut 
attendre d'une personne en pleine possession de ses moyens", 
selon Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des 
cadres de la sécurité intérieure (SCSI). 
    D'après lui, la principale ombre est celle qui plane sur les 
"fans zones", ces lieux de rassemblements dans les dix villes 
hôtes, où sont censés se réunir les supporteurs devant des 
écrans géants les jours de matches. 
             
    "IMPOSSIBLE DE CONTRÔLER UNE FOULE" 
    Sept à millions de personnes sont attendues dans ces espaces 
clos et sécurisés installés au coeur des villes - place 
Bellecour à Lyon, sur les plages du Prado à Marseille, ou au 
Champ-de-Mars à Paris. 
    "Un risque inconsidéré", pour Philippe Goujon, député-maire 
du XVe arrondissement, voisin du Champs-de-Mars, et secrétaire 
national à la sécurité du parti Les Républicains (LR). 
    "Il me paraît impossible de contrôler une foule qui pourra 
aller jusqu'à 100.000 personnes certains soirs", dit-il, en 
relevant des "failles" dans le dispositif parisien. 
    "Quatre cents à 450 agents de sécurité sont annoncés. C'est 
insuffisant", juge Philippe Goujon, membre de la commission 
d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015. "Et les 
effectifs de police ne seraient-ils pas mieux employés pour 
sécuriser les matches eux-mêmes ou contrôler les aéroports ?" 
    La société organisatrice, le gouvernement et le club des 
villes hôtes présidé par Alain Juppé assurent quant à eux 
vouloir maintenir le principe de ces fans zones, comme ils l'ont 
dit en novembre, quelques jours après les attentats. 
    Interrogé fin mars par Europe 1, le président de la société 
organisatrice Euro 2016 SAS, Jacques Lambert, a affirmé que tout 
était prévu. 
    "Les fans zones vont faire l'objet de mesures de sécurité 
qui seront finalement identiques à celles des stades", a-t-il 
affirmé. 
    A la question de la possibilité de les supprimer, il a 
répondu: "Pour l'instant, non." 
 
 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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