France-La renaissance du pétrole alsacien

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* L'extraction du pétrole alsacien rentable * L'âge de gloire des années 1920 ne reviendra pas * Le soupçon de la recherche sur le gaz de schiste par Gilbert Reilhac STRASBOURG, 26 septembre (Reuters) - Avec un prix du baril durablement élevé, l'or noir alsacien, qui donna naissance à l'industrie pétrolière française, attire de nouveau des investisseurs qui rouvrent des puits et déposent des permis de recherche pour développer le filon. A son apogée, dans les années 1920, la production de brut alsacien dépassera les 70.000 tonnes par an, soit 7/8e de la production française et 5% des besoins nationaux, selon l'historien René Walther qui lui a consacré un ouvrage. Exploité dès le milieu du XVIIIe siècle, le gisement de Merckwiller-Pechelbronn, situé à 50 kilomètres de Strasbourg, a produit 3,5 millions de tonnes de pétrole, près de 30 millions de barils, jusqu'à sa fermeture en 1964. Treize puits ont repris de l'activité dans le Bas-Rhin et leur nombre est en passe d'augmenter. Deux permis de recherche ont été accordés récemment et dix demandes supplémentaires sont en cours d'instruction. "Grâce à l'Alsace, la France exporte du pétrole brut", s'amuse Philippe Labat. Cet ancien ingénieur de production chez Elf, aujourd'hui âgé de 60 ans, s'est mis à son compte et exploite le puits d'Oberlauterbach avec sa société Oelweg. Située près de Strasbourg, la raffinerie de Reichstett, la dernière dans l'est de la France, a en effet fermé en janvier 2011, donnant des sueurs froides aux nouveaux pétroliers. Les 8.000 tonnes de brut extraites chaque année en Alsace, soit 1% d'une production française surtout issue du Bassin parisien et d'Aquitaine, ne représentait qu'une goutte d'eau pour cet équipement industriel. Le pétrole alsacien est, depuis, convoyé jusqu'à la raffinerie de Karlsruhe, de l'autre côté du Rhin, en Allemagne. PLUS RENTABLE QU'EN ARABIE SAOUDITE Les treize puits actifs sont les avatars d'une ultime tentative d'Elf de relancer la production française dans les années 1980, après le deuxième choc pétrolier. Douze puits ont été repris en 1994 par Geopetrol, un opérateur créé par des sous-traitants de l'industrie pétrolière pour racheter les concessions vendues par les grandes compagnies quand le prix du baril était retombé à moins de 20 dollars. Avec un cours qui tutoie désormais les cent dollars, le pari se révèle gagnant. La profession estime à 70 dollars, soit le double du prix de revient, le niveau requis pour rentabiliser un gisement en France. "Un baril produit en France rapporte dix à vingt fois plus qu'un baril produit en Afrique, dit Philippe Labat, qui a demandé trois nouveaux permis de recherche en Alsace. L'exploitation pétrolière est assujettie en France au droit fiscal commun, quand les grands pays producteurs ponctionnent la majeure partie des revenus des compagnies, explique le polytechnicien. Seuls les volumes font qu'elles s'y retrouvent. Philippe Labat a rouvert le puits d'Oberlauterbach, abandonné par Elf peu après son forage pour tarissement précoce, et l'a doté d'un chauffage pour en améliorer la productivité. Cachée dans un vallon, au milieu des champs de maïs, la pompe à balancier extrait ses dix barils par jour après en avoir produit jusqu'à 14. Un seul employé, à temps très partiel, suffit pour en assurer l'exploitation. C'est assez pour garantir une belle rentabilité à Oelweg dont le bénéfice atteignait 163.500 euros en 2012 pour 375.000 euros de chiffre d'affaires, une de ses meilleures années. Si les gisements alsaciens restent modestes, les coûts de production le sont aussi. "C'est l'endroit en France où le pétrole est le moins profond", souligne Philippe Labat. L'ALSACE, LA "BELLE ENDORMIE" La région dispose d'une cartographie exhaustive du sous-sol qui affranchit les opérateurs de la prospection, la part la plus lourde de l'investissement. "Pour nous, l'Alsace était la belle endormie", explique Stéphane Touche, dont la société, Millenium Geo-Venture, détient deux permis de recherche et a effectué cinq nouvelles demandes. Cet ingénieur de 46 ans a cofondé avec une poignée d'investisseurs norvégiens, Moore Energy, société mère de Millenium. Son principal objet : la recherche de pétrole et de gaz conventionnels en France. "A ce jour, le fossé rhénan a produit 80 millions de barils, ce qui est très peu"", ajoute-t-il en référence aux trois niveaux géologiques, situés entre 500 et 2.500 mètres, où sont localisés les hydrocarbures. C'est à Soufflenheim, sur un terrain communal entre le village et l'orée de la forêt, que Millenium vient de forer son premier puits, à 550 mètres de profondeur, en partenariat avec Géopetrol. Les essais de production débutent cet automne. La petite cité est plus connue pour ses poteries colorées que pour les 450.000 barils de pétrole extraits du sous-sol de 1954 à 1968 par la Prepa, la Société de prospection et de production pétrolière en Alsace. "A l'époque, il y avait des cuves à ciel ouvert, une sorte de piscine où on allait allégrement puiser l'huile de surface pour en badigeonner les clôtures et les portails", se souvient le maire Camille Scheydecker. Personne n'imagine aujourd'hui voir réapparaître les 650 pompes qui jalonnaient le nord de l'Alsace vers 1950, ni les quatre raffineries et les 3.000 emplois qui faisaient la prospérité de Pechelbronn et des environs. A Soufflenheim, là où seize pompes à balancier étaient en service sur les 200 kilomètres carrés de la concession, quatre ou cinq forages dotés d'une pompe électrique suffiront à Millenium, grâce aux drains horizontaux qui vont chercher l'huile depuis un puits central. Mais ce passé fait encore rêver, en des temps ou toute demande de forage est suspectée de viser les hydrocarbures de schiste, dont l'exploitation est interdite en France. Le conseil municipal de Soufflenheim a dit oui sans hésiter au nouveau puits. Moins pour les 2,43 euros de redevance qui seront perçus par tonne de brut produite ou pour les 2.000 euros annuels de mise à disposition du terrain, assure le maire, que "parce qu'on a cette histoire". (Edité par Yves Clarisse)

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