France-La mobilité croissante des diplômés impose des évolutions

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    * Des craintes sur la "fuite des cerveaux" à relativiser 
    * Développer l'attractivité plutôt que décourager les 
départs 
    * Le modèle social doit s'adapter à la mobilité croissante 
 
    PARIS, 17 mai (Reuters) - L'augmentation du nombre de 
Français qualifiés qui s'expatrient ne relève pas d'une "fuite 
des cerveaux" mais la France doit évoluer pour pouvoir 
bénéficier de la progression de la mobilité internationale, 
estime le Conseil d'analyse économique (CAE).  
    Pour profiter des opportunités liées à ce phénomène, la 
France ne doit surtout pas décourager la mobilité sortante, ce 
qui serait "contre-productif", mais plutôt renforcer son 
attractivité pour favoriser les retours, encourager les arrivées 
de personnes qualifiées et retenir les étudiants étrangers après 
leurs études dans l'Hexagone, observe cet organisme rattaché aux 
services du Premier ministre dans une note publiée mardi.    
    Dans cette optique, les auteurs de cette étude soulignent 
notamment la nécessité d'une évolution du financement de 
l'enseignement supérieur.  
    L'instauration d'une tarification des frais de scolarité 
proche du prix coûtant pour les étudiants hors Union européenne 
figure parmi les pistes proposées, ce qui permettrait "de faire 
participer pleinement ces étudiants aux programmes existants 
sans faire supporter leur coût au contribuable français." 
    L'organisation du modèle social français, associant la 
gratuité des études primaires et secondaires, une prédominance 
de la quasi-gratuité dans l'enseignement supérieur et une large 
couverture du système de santé le rend en effet vulnérable à la 
mobilité croissante des travailleurs qualifiés, puisque les 
départs se concentrent sur les tranches d'âge qui apportent une 
contribution nette au système social et fiscal.  
     
    ATTIRER ET RETENIR  
    "En l'absence de toute autre considération qui limiterait la 
mobilité internationale (attachements familiaux, capital 
social), le parcours optimal pour un individu mobile serait de 
se former en France, de partir à l'étranger pour démarrer une 
carrière de haut niveau, puis de rentrer en France à l'âge où il 
faut payer les études pour ses enfants ou se soigner", relèvent 
les auteurs. 
   Autre levier identifié pour encourager les retours des plus 
de trois millions de Français installés à l'étranger et attirer 
davantage d'immigrants qualifiés: l'amélioration de la 
prévisibilité et de la portabilité des droits à la retraite, qui 
constituent autant de freins à la mobilité. 
    Un effort doit également être fait en termes de 
simplification de l'accueil des étrangers à haut potentiel et 
des étudiants étrangers, avec une généralisation des "guichets 
uniques", au niveau régional pour les personnes qualifiées et au 
niveau des pôles universitaires pour les étudiants.  
    Ces évolutions sont d'autant plus nécessaires que "la 
mobilité internationale croissante des qualifiés touche 
semble-t-il surtout les 'talents', de façon plus importante dans 
le sens des départs que des arrivées", observent les auteurs en 
soulignant que "la qualité de vie en France ne suffi(t) pas pour 
les attirer où les retenir". 
         
    LES FRANÇAIS DE L'ÉTRANGER, VIVIER DE HAUTES QUALIFICATIONS 
    Cette tendance semble se manifester dès le stade de la 
mobilité estudiantine, "qui précède et favorise les mobilités 
professionnelles" et la France "parvient moins bien que d'autres 
pays à retenir ses étudiants étrangers après obtention de leur 
diplôme", peut-on lire dans cette étude.  
    En 2013, la France se situait au quatrième rang des pays 
d'accueil des étudiants en mobilité internationale (6% de 
l'effectif total), derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et 
l'Australie.  
    Mais l'augmentation des effectifs d'étudiants étrangers 
depuis les années 1990 s'y est avérée bien inférieure à la 
progression constatée parallèlement en Suisse, au Royaume-Uni et 
surtout en Italie.  
    Malgré la difficulté à quantifier précisément ces phénomènes 
sur le plan statistique, ces déséquilibres conduisent les 
auteurs à dresser "un constat en demi-teinte" de la situation 
française, même s'ils appellent à relativiser les craintes sur 
la "fuite des cerveaux" en rappelant que les départs contribuent 
au développement des échanges intellectuels et commerciaux et 
que "les retours éventuels seront très bénéfiques". 
    Les auteurs invitent donc à "maintenir et renforcer le lien 
social" avec la population française à l'étranger, décrite comme 
"un vivier de hautes qualifications dont la probabilité de 
retour en France n'est pas négligeable". 
    Ils suggèrent à cet effet d'améliorer dans un premier temps 
le suivi statistique des nationaux Français non-résidents, avant 
d'envisager à plus long terme "un système de droits et de 
devoirs renforcés", avec par exemple des cotisations 
facultatives leur offrant des facilités en matière d'inscription 
et de tarifs dans les établissements scolaires français à 
l'étranger et dans les universités françaises.                   
 
 (Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse) 
 
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