France-La "marche" de Macron suscite intérêt et crispations

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    * Le ministre de l'Economie brouille les lignes 
    * Une initiative qui a l'appui de François Hollande 
    * Une manoeuvre pour élargir le spectre de soutiens de 
Hollande ? 
    * Manuel Valls n'a "pas de temps à perdre avec ça" 
 
    par Elizabeth Pineau 
    METZ, Moselle, 7 avril (Reuters) - En lançant, avec l'aval 
de François Hollande, un mouvement politique affranchi des 
partis traditionnels, Emmanuel Macron trouble le jeu à un an de 
l'élection présidentielle française et suscite autant de 
crispations que de réactions favorables. 
    L'ancien banquier de 38 ans a porté mercredi sur les fonts 
baptismaux "En marche !", avec l'intention proclamée de 
travailler avec des gens de gauche comme de droite pour faire 
sauter les "blocages" de la société française.   
    "Je suis d'un gouvernement de gauche et je l'assume 
totalement avec les valeurs auxquelles je crois et ce qui me 
caractérise. Mais je veux travailler avec des gens qui se 
sentent aujourd'hui à droite, aussi", a-t-il dit à Amiens. 
    Il s'est défendu d'entretenir des ambitions élyséennes au 
moment où la cote du chef de l'Etat est au plus bas et la sienne 
au plus haut, loin devant celle du Premier ministre. 
    François Hollande avait été informé de cette initiative, 
lancée avec un clip digne d'un candidat présidentiel américain. 
    "Cela ne lui pose aucun problème, il sait qu'Emmanuel Macron 
sera loyal", assure un proche du président.  
    Manuel Valls, qui est souvent apparu irrité par le 
franc-parler de son ministre, est loin d'être aussi positif, 
même si son entourage affirme qu'il a aussi été prévenu. 
    Interrogé par des journalistes en marge du conseil des 
ministres franco-allemand qui s'est tenu jeudi à Metz, il a 
répondu : "Je n'ai pas de temps à perdre avec ça". 
    A la question de savoir si le clivage droite-gauche était 
dépassé, il a ajouté : "C'est un beau clivage". 
     
    BROUILLAGE DES LIGNES POLITIQUES 
    Le brouillage des lignes politiques est la marque de 
fabrique de François Hollande, qui tente d'élargir la palette de 
ses soutiens en vue de la présidentielle de 2017, comme il l'a 
fait après la première moitié de son quinquennat. 
    Son virage social-démocrate, avec le pacte de responsabilité 
de baisse des charges pour les entreprises considéré comme une 
trahison par une partie de la gauche, a déjà été inspiré par 
Emmanuel Macron, qui était à l'époque son conseiller. 
    La "loi Macron" qui prévoit la libéralisation de l'économie 
dans toute une série de domaines et la réforme très controversée 
du Code du Travail, sont de la même veine. 
    Le président français juge donc que l'offre politique 
d'Emmanuel Macron peut servir ses intérêts pour 2017. 
    "Si le président de la République souhaite être à nouveau 
candidat à sa réélection, Emmanuel Macron, évidemment, 
l'accompagnera, notamment dans ce qui doit être un projet 
politique porteur d'avenir", a déclaré le député socialiste 
Pascal Terrasse sur iTELE. 
    L'initiative a été très diversement accueillie. 
    A droite, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, de 
sensibilité centriste parmi Les Républicains, se félicite d'un 
mouvement qui "va plutôt dans la bonne direction" et estime que 
le jeune ministre pourrait travailler avec son champion pour la 
présidentielle de 2017, Alain Juppé. 
    "Je ne vois aucune incompatibilité entre Emmanuel Macron et 
Alain Juppé. Là, il y a peut-être pour l'avenir des signaux 
intéressants", a jugé le sénateur sur France 2, évoquant l'idée 
d'avoir "des partenariats", un peu comme la grande coalition en 
vigueur en Allemagne entre chrétiens et sociaux-démocrates. 
     
    CRISPATIONS A GAUCHE 
    Même son de cloche chez le président du Medef, Pierre 
Gattaz, qui "aime bien l'initiative d'Emmanuel Macron" et qui, 
a-t-il dit sur France Inter, peut permettre de "lancer un grand 
débat en France à un an d'une échéance extrêmement importante". 
    C'est à gauche, dont Emmanuel Macron est la bête noire, que 
les crispations sont les plus fortes. 
    Pour le cofondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, 
la ficelle tirée par François Hollande est un peu grosse. 
    "Vous et moi, on ne sait pas très bien qui manoeuvre pour 
qui dans cette histoire, mais on voit bien qu'ils sont en pleine 
préparation de la campagne présidentielle de François Hollande", 
a-t-il déclaré sur France Info. 
    Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, a 
estimé qu'Emmanuel Macron et, par ricochet, François Hollande, 
montraient leur vrai visage à travers cette initiative. 
    "Le ni droite ni gauche est le masque de ceux qui finiront à 
droite", a-t-il dit sur BFM TV. 
    Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui 
tente d'apaiser un parti au bord de l'explosion, est quant à lui 
réservé face à un ovni politique qu'il a souvent critiqué. 
    "S'il contribue à élargir la majorité, son apport est 
positif. S'il provoque crispation et réduction son action l'est 
moins. Il a le choix des armes. S'il veut changer le centre de 
gravité de la gauche, il fait fausse route." 
    "Actuellement c'est plutôt Eric Cantona que Didier 
Deschamps", a-t-il dit dans Les Echos.  
    Le premier était un joueur génial mais individualiste, le 
second était un porteur d'eau qui se mettait au service du 
collectif et qui est devenu l'entraîneur des Bleus. 
 
 (Avec Service France, édité par Yves Clarisse) 
 
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