France-La fronde socialiste devient guerre ouverte

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* L'exécutif fustige les députés "frondeurs" * "La gauche peut mourir", prévient Valls * Les votes à l'Assemblée de plus en plus serrés * Le risque de blocage reste limité, pensent les analystes par Elizabeth Pineau et Julien Ponthus PARIS, 22 octobre (Reuters) - Attaque en règle de Martine Aubry, sécession d'anciens ministres, vote de justesse sur le budget 2015 et banderilles du Premier ministre à sa gauche : la fronde socialiste fait tanguer un gouvernement amarré à une majorité plus fragile que jamais. Face à la rébellion d'une partie du PS, François Hollande et surtout Manuel Valls ont haussé le ton contre des "frondeurs", dont l'audace s'appuie sur la défiance de l'opinion. "Si la gauche ne se réinvente pas, oui, elle peut mourir", dramatise le Premier ministre dans un entretien musclé publié dans l'hebdomadaire L'Obs à paraître jeudi. Appelant à "en finir avec la gauche passéiste, celle qui s'attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses", il suggère même à sa famille politique de changer de nom. ID:nL6N0SH4E6 Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, lui a fait écho en rappelant devant la presse que le PS a lui-même été créé en 1971 sur les cendres de feu la SFIO. Olivier Faure, député et porte-parole du PS, a relativisé les attaques du Premier ministre contre son propre camp. "Dans ce débat-là, Manuel Valls s'exprime comme militant et non pas comme Premier ministre et donc il est un parmi d'autres. Son expression vaut celle de ceux qui disent le contraire", a-t-il considéré dans les couloirs de l'Assemblée. Lors d'une remise de décoration à Manuel Valls, François Hollande a quant à lui exprimé son agacement vis-à-vis des 39 députés PS, dont trois anciens ministres, qui ont refusé de voter mardi le volet recettes du budget 2015. ID:nL6N0SH2DG CAMBADÉLIS APPELLE AU CALME Débarqué du gouvernement fin août pour avoir en avoir critiqué la ligne, l'ancien ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon, a expliqué sur RFI son abstention par le refus d'une politique qui "réduit les capacités d'intervention de la puissance publique (et) menace la République". Chef d'un parti au bord de la crise de nerfs, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a déclaré sur RTL "faire en sorte que tout le monde redescende sur terre, se calme un peu et soit en capacité de converger parce que le pays en a besoin". En faisant le détail du scrutin de mardi à l'Assemblée, le Parti socialiste n'aurait eu, sans les radicaux de gauche, qu'une voix d'avance sur l'opposition sur un texte plus que tout autre marqueur de l'appartenance à une majorité. Aux 39 abstentions socialistes s'est en effet ajoutée la mauvaise humeur de l'ensemble des élus Front de Gauche et d'une partie des écologistes et radicaux. Le risque d'un blocage semble donc réel, alors que le processus de vote sur le budget ne fait que commencer. Un ministre juge la situation "préoccupante, parce que les positions sont figées" mais pas forcément de mauvais augure. "La partie recettes, c'est les préliminaires. Dans les 39, certains ont marqué le coup pour ne pas avoir à le faire plus tard. Par exemple, je ne vois pas Benoît Hamon ne pas voter un budget qu'il a préparé", a-t-il analysé. Pour Jérôme Fourquet directeur du département Opinion de l'Ifop, le risque reste limité pour une majorité qui "ne rentre pas dans une zone dangereuse, parce qu'elle y était déjà". "A chaque vote confiance depuis quasiment un an des députés socialistes manquent à l'appel", a-t-il dit à Reuters. ZONE À RISQUE DE MINORITÉ Stéphane Rozès, président de Cap, pense lui aussi qu'une partie des "frondeurs" rentrera dans le rang pour un éviter de franchir la ligne rouge d'un recours à l'article 49-3 permettant de faire adopter un texte sans vote, voire d'une dissolution. "Tant que les députés pensent qu'ils peuvent sans frais exprimer un mécontentement ou essayer de poser sur les orientations ils le feront, mais plus on arrivera à la zone dite du risque minorité plus la logique des institutions et le fait d'éviter une dissolution sera fort", a-t-il dit à Reuters. Les turbulences ne sauraient toutefois cesser alors que semble se creuser le fossé entre la ligne sociale-démocrate choisie par l'exécutif et celle réclamée par la gauche du PS. Et si elle affirme vouloir simplement contribuer au débat, la maire de Lille Martine Aubry apparaît comme la chef de file, sinon des frondeurs, en tout cas de l'opposition interne du parti qu'elle a dirigé pendant quatre ans. "Plus ça va aller, car le gouvernement veut accélérer le rythme des réformes, plus on peut penser que la grogne et le mécontentement vont se faire entendre", pense Jérôme Fourquet. "La tendance est quand même à poursuite de l'érosion et donc à une instabilité et une incertitude une fragilisation de plus en plus importante de la situation du gouvernement". Un ministre relativise toutefois l'influence de l'ancienne première secrétaire. "Si l'apport d'Aubry et de ses attaques avec tambours et trompettes, c'est quatre ou cinq voix discordantes à l'Assemblée, ce n'est quand même pas terrible". (Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse)

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  • LeRaleur le mercredi 22 oct 2014 à 17:51

    Allez, une bonne dissolution et tout le monde sera calmé.

  • rodde12 le mercredi 22 oct 2014 à 17:45

    la France ce n'est pas la démocratie mais le centralisme démocratique. Autrement appelé le jacobinisme. Une faction s'érige en "bien pensant", prends le pouvoir et dicte ses volontés. Vous me direz que nous avons voté. Oui mais pour choisir le parti qui va nous gouverner. Et les règles de fonctionnement de ce parti sont tout, sauf légalement approuvées. L'élection du sénat est plus l'expression du peuple que celle de l'assemblée nationale. Ce parti explose, le RPR aussi virons les.