France-La fracture de la gauche s'élargit dangereusement

le
0
    * Nouveau passage en force du gouvernement sur un texte 
important 
    * Une crise pour rien qui affaiblit la majorité 
    * Geste pour le patronat sur la surcotisation, pour les 
salariés sur le périmètre 
 
 (Actualisé avec mesures du texte final §12) 
    PARIS, 10 mai (Reuters) - Le passage en force du 
gouvernement sur la loi Travail élargit la fracture au sein de 
la gauche mais laisse peu d'options aux "frondeurs" socialistes, 
à un an d'élections présidentielle et législatives compliquées 
pour la majorité sortante. 
    En refusant les compromis proposés par le gouvernement sur 
ce texte contesté mais déjà largement modifié pour amadouer les 
syndicats réformistes, une quarantaine de députés PS ont 
contraint le Premier ministre à engager sa responsabilité. 
    Les mêmes avaient déjà obligé le gouvernement à recourir à 
l'article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote 
la loi Macron sur la croissance et l'activité début 2015. 
    Les tentatives de réconciliation du congrès du PS, en juin 
dernier à Poitiers, sont oubliées, tant certains paraissent au 
bord de la rupture et tentés par le vote d'une motion de censure 
avec le Front de gauche, des écologistes et la droite. 
    Selon un ministre proche de François Hollande, ils ne  
seraient cependant que moins d'une dizaine vraiment prêts à 
sauter le pas, pas assez pour faire tomber le gouvernement qui 
peut compter sur l'appui des radicaux de gauche et d'écologistes 
en rupture de ban avec Europe Ecologie-Les Verts.  
    Ils s'exposeraient alors à être exclus du groupe socialiste. 
Il leur serait en outre difficile de justifier de joindre leur 
voix à une motion de censure déposée par la droite. 
    "Il peut y avoir une course contre la montre pour que ce 
soit une motion de censure de gauche. Mais là, ce n'est plus le 
Rubicon, on passera à une autre échelle", souligne ce ministre.  
    Le président du groupe Front de Gauche, le communiste André 
Chassaigne, et l'écologiste Noël Mamère ont confirmé chacun de 
leur côté que leurs amis réfléchissaient avec des socialistes au 
dépôt d'une telle motion de censure. Il faut cependant au moins 
58 députés pour ce faire, ce qui paraît hors de leur portée.  
     
    "LOGIQUE DE CHAOS" 
    En engageant la responsabilité de son gouvernement, le 
Premier ministre a déploré "le spectacle désolant de la division 
et des postures politiciennes dû à une minorité de blocage". 
    Selon une ministre, "tout le gouvernement est d'accord avec 
l'idée d'utiliser le 49-3" car "personne ne pense qu'il faut se 
traîner à genoux" pour traiter les 5.000 amendements déposés 
"jusqu'à ce que mort s'ensuive".  
    Le rapporteur du texte, Christophe Sirugue, et le 
gouvernement estiment être allés au bout des concessions qu'ils 
pouvaient faire pour tenter de convaincre les frondeurs. 
    Le gouvernement a finalement choisi dans l'après-midi de 
faire un geste en direction du patronat en renonçant à imposer 
la modulation des cotisations sociales pour renchérir les 
contrats courts et un geste en direction des syndicats en 
renonçant à restreindre au niveau national le périmètre 
d'appréciation des difficultés des entreprises.   
    "Ce qui est important c'est que la CFDT soit derrière le 
texte. Ce texte est au maximum de ce que la CFDT peut accepter", 
soulignait un membre du gouvernement avant que les arbitrages 
finaux soient connus. 
    Les frondeurs du PS prennent le risque d'une crise pour 
rien, estime le même responsable gouvernemental, qui dénonce une 
"logique de chaos", voire "nihiliste". 
    "Si la démarche est de tout faire pour que François Hollande 
ne soit pas candidat (à l'élection présidentielle de 2017), je 
ne pense pas que ce soit la bonne solution", ajoute ce proche du 
chef de l'Etat. "Il sera candidat et ne se laissera pas dicter 
sa conduite par une minorité." 
    Cette nouvelle épreuve de force entre le gouvernement et ses 
opposants de l'intérieur que sont devenus les frondeurs du PS 
n'en a pas moins suscité un vif malaise au sein de la majorité. 
     
    RECOMPOSITION 
    Le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Bruno Le 
Roux, a dit son courroux devant cette nouvelle preuve du fossé 
qui sépare les différents courants du principal parti de la 
majorité. 
    L'atmosphère de la réunion du groupe, mardi matin, "n'était 
pas bonne", confirme un participant. "Il y avait des 
crispations, des postures." 
    Selon le député PS Christophe Caresche, favorable au texte, 
"une partie du Parti socialiste est en train de basculer dans 
une opposition systématique radicale". 
    "Je pense que cette stratégie ne mène nulle part. Je pense 
qu'elle est autodestructrice", a-t-il ajouté sur iTELE.  
    Pour d'autres, cette nouvelle crise est plutôt annonciatrice 
d'une accélération de la recomposition de la gauche et un 
nouveau signe de la nécessité d'un "dépassement" du PS, 
souhaités par Manuel Valls et le premier secrétaire du parti, 
Jean-Christophe Cambadélis. 
    "Il va falloir être capable d'expliquer que oui, sur 
certains sujets, nous avons changé, que ça ne correspond pas 
forcément à tel ou tel engagement", expliquait en avril le 
premier dans une interview au magazine Society.   
    "On arrive à une sorte d'impasse politique", renchérit un 
ministre proche de François Hollande, selon qui "la question de 
l'évolution du PS se pose depuis quelque temps". 
    "Je suis de plus en plus certain qu'il y a une différence 
culturelle entre ceux qui sont prêts à assumer le pouvoir sur la 
durée et les autres", analyse ce haut responsable. 
 
 (Jean-Baptiste Vey, Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, avec 
Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant