France : la fiscalité imprévisible plombe la croissance

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L'investissement en France serait pénalisé par l'incertitude fiscale, au détriment de la croissance.
L'investissement en France serait pénalisé par l'incertitude fiscale, au détriment de la croissance.

Le PIB français est ressorti en hausse de 0,3% au T3 2014 selon les chiffres publiés vendredi dernier. Une faible progression qui révèle surtout, à y regarder de près, une forte baisse de l'investissement privé, synonyme d'une méfiance envers le cadre économique et fiscal de court terme.

Quels enseignements peut-on tirer de la progression de 0,3% du PIB français au troisième trimestre ? La presse a jusqu'ici particulièrement souligné le « trompe-l'½il » de ce chiffre, surtout soutenu par la croissance des dépenses publiques de nature non-structurelle. Mais le véritable enseignement à en tirer concernerait la chute de l'investissement.

Dépenses publiques : l'astuce de calcul

Un premier décryptage s'impose vis-à-vis de la croissance due aux dépenses publiques. Certains se demanderont pourquoi le fait de dépenser plus d'argent du contribuable améliore statistiquement le PIB français. La réponse est simple : l'une des manières de calculer le PIB d'un pays est d'additionner la consommation des ménages et des entreprises (C), l'investissement (I), les dépenses gouvernementales (G) et l'excédent commercial (exportations - importations). C'est la fameuse équation : PIB=C+I+G+(X-M) de la théorie keynésienne.

Dépenser plus d'argent du contribuable permet donc de faire monter le niveau du PIB. L'explication logique est la suivante : une dépense de l'Etat se traduit par de l'injection de liquidités dans l'économie et entraine en conséquence davantage d'activité économique. D'où une augmentation du PIB.

Ainsi, avec une augmentation des dépenses publiques de 0,8% au cours du T3 2014 par rapport au T2, la France retrouve le chemin de la croissance au détriment de l'assainissement de ses finances. Les 0,3% de croissance globale s'expliquent ainsi en grande partie par l'augmentation de cette variable.

La fiscalité changeante provoque la chute des investissements

Mais pour les analystes, l'intérêt des chiffres publiés vendredi se trouve surtout dans la baisse des investissements. En effet, l'investissement des ménages et des entreprises a reculé de 0,6% au dernier trimestre et fait suite à une précédente baisse de 0,8% au T2.

L'investissement est toujours la variable la plus volatile du PIB à cause de sa réactivité face aux événements économiques de court terme. C'est aussi pour cette raison qu'elle est intéressante à analyser. La prudence qui ressort de ces baisses serait due à une méfiance vis-à-vis du cycle économique actuel, mais serait également attribuable à l'imprévisibilité de la fiscalité.

En effet, la France a pour caractéristique de modifier régulièrement ses règles fiscales, aussi bien en faveur qu'en défaveur de la relance économique désormais prônée par le gouvernement. Or, l'incertitude fiscale est un frein majeur pour l'investissement, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers. Les récentes voltefaces du gouvernement vis-à-vis de la fiscalité de l'année 2015 devraient donc à leur tour créer la méfiance et donc impacter le niveau des investissements pour le dernier trimestre de l'année.

Solution : supprimer l'ISF ?

Le T4 risque donc de souffrir des mêmes maux que le T3. La croissance du T4 est attendue en hausse de 0,1% à 0,2%, un chiffre toujours aussi bas que les précédents.

Une solution radicale à ce problème est venue lundi matin de la bouche de Pierre Gattaz, président du Medef, qui a évoqué l'idée de supprimer l'ISF pour provoquer un regain de pouvoir d'achat des catégories sociales les plus aisées. Cet allègement fiscal provoquerait une hausse durable de l'investissement des ménages les plus aisés, susceptible de faire repartir à la hausse cette variable du PIB. Cette proposition suscite déjà de fortes réactions alors qu'une telle réforme semble particulièrement improbable à cause de ses implications politiques et sociales.

Xavier Bargue

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  • RaDiuM69 le mercredi 19 nov 2014 à 18:32

    Supprimons l'ISF pas de soucis, mais suppression les paradis fiscaux ! La au moins on commencerait à faire les choses correctement ...Ensuite il faudrait qu'on se rapproche d'un équilibre mondiale et que les différents pays s'accordent pour avoir un politique plus proche ... On éviterait bien des abus en tout genre .. Utopie me diront certains ? Pas si sûr ! Les choses changent et elles changeront encore ...

  • gacher le mercredi 19 nov 2014 à 17:35

    l'isf est une énorme stupidité et les jaloux fond de commerce des crétins élus, sont à l'origine de la fuite de beuacoup de grande fortune. Les implications sociales c'est quoi, la maladie du crétinisme

  • ljay1 le mercredi 19 nov 2014 à 16:48

    S'il n'y avait pas eût d'optimisation fiscale, il n'y aurait pas eût d'ISF ... alors il faut savoir si les entreprises en France utilisent les routes de France ou du Luxembourg ???? ou de la Suisse et bien d'autres????

  • M1608998 le mercredi 19 nov 2014 à 16:28

    Il faut supprimer l'ISF quand les caisses sont pleines, pas vides. Gattaz serait-il un incompétent? De plus...S'il gère ainsi son entreprise, je comprends qu'il ait préféré devenir patron des patrons... C'est nettement plus confortable.

  • M4314275 le mercredi 19 nov 2014 à 14:04

    C'est passer la brosse dans le sens du poil. Tout le monde est d'accord pour payer moins d'impôt et tout le monde est d'accord pour voir leurs revenus augmenter, surtout en payant moins d'impôt.

  • M802641 le mercredi 19 nov 2014 à 13:26

    @M5805986 Il ne faut pas tout mélanger, même si vous avez raison que la démographie galopante pose problème. L'ISF est un impôt confiscatoire à double peine ayant déjà été taxé sur le revenu avant d'épargner. Les droits de succession sont également confiscatoires en aliénant une partie du capital familial au moment où la prochaine génération en a besoin. Il faut trouver d'autres voies pour sauver le monde.

  • fabandri le mercredi 19 nov 2014 à 11:34

    En 2008, 2009 ils ne pouvaient pas investir y avait la crise ,en 2010 et 2011 l'euro était trop haut , en 2012 le droit du travail et trop compliqué on peut pas investir car on peut pas licencier 2013 trop d'impôt et la nouvelle pour 2015 c'est :LA FISCALITE IMPREVISIBLE les patrons ont toujours une bonne raison à porté de main.

  • M5805986 le mercredi 19 nov 2014 à 11:13

    Ma position sur ce [faux]débat franco-français: je suis contre l'ISF, par contre je pense qu'il faut augmenter sensiblement les droits de succession. Ensuite, il me semble que la problématique est : comment faire vivre "décemment" les humains de plus en plus nombreux sur une planète finie où tout est assis sur la croissance de la consommation. Les progrès techniques permettent de produire de plus en plus avec de moins en moins de personnes ce qui conduit inexorablement à un chômage de masse.

  • M6437502 le mercredi 19 nov 2014 à 08:49

    Pour faire repartir l'investissement il faut donner à ceux qui ont les moyens intellectuels et aussi financiers de gagner sans être spoliés.Et durablement.Et non distribuer par saupoudrage à tous les incapables des sommes qui ne changeront rien.Organiser des distributions de repas si nécéssaire,mais ne pas créer de postes de fonctionnaires et faire travailler ceux quui sont en place,surtout dans les collectivités locales ,départementales et régionales.Et supprimer l'embauche locale.

  • M4189758 le mercredi 19 nov 2014 à 08:37

    JPi - Investissez en vous, prenez sur vous, votez FN ça remettra tout à plat et nous devrons repartir de zéro...mais sans eux