France-La CGT tentée par le radicalisme pour enrayer son déclin

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    * Martinez attaque la politique gouvernementale 
    * Il tente d'apaiser les dissensions internes 
    * La CGT redoute d'être dépassée par la CFDT 
 
    par Jean-François Rosnoblet 
    MARSEILLE, 18 avril (Reuters) - La CGT a entamé lundi à 
Marseille un congrès crucial pour son avenir, un an après 
l'éviction du secrétaire général Thierry Lepaon et face à une 
CFDT qui menace de lui ravir la première place des organisations 
syndicales françaises. 
    Philippe Martinez, qui a remplacé dans la douleur Thierry 
Lepaon en février 2015, a résolument placé la confédération sous 
le signe de l'opposition à la politique du gouvernement, dont la 
CGT rejette notamment le projet de réforme du Code du travail 
contre laquelle elle a co-organisé plusieurs journées d'action. 
    "Finies les promesses du candidat (François) Hollande qui 
voulait s'attaquer au monde de la finance et aux inégalités", 
a-t-il lancé lors de son discours d'ouverture. 
    "La finance, elle rigole, elle sabre le champagne (...) 
Jamais les inégalités n'ont été aussi importantes", a ajouté 
l'ancien métallo à l'épaisse moustache. 
    Pour la CGT, ce 51e congrès a un double enjeu : solder la 
succession ratée de Bernard Thibault, qui a culminé fin 
2014-début 2015 avec l'affaire de la rénovation du logement de 
fonction et du bureau de Thierry Lepaon ; mais surtout enrayer 
la perte d'influence de la première centrale syndicale française 
désormais talonnée par le premier syndicat réformiste, la CFDT. 
    Philippe Martinez, assuré d'être reconduit à la tête de 
l'organisation, s'est employé à apaiser les tensions internes, 
attisées par le départ mouvementé de son prédécesseur. 
    "Si cette période a été difficile, nous avons réussi à la 
surmonter, nous n'avons rien cédé à ceux qui rêvaient d'une CGT 
qui rentre dans le moule, voire qui disparaisse", a-t-il dit. 
    Thierry Lepaon est pressenti aujourd'hui pour diriger une 
nouvelle "Agence française pour la cohésion sociale" mais est 
resté payé, en attendant, par la CGT.  
     
    ÉROSION 
    Sa présence a été conspuée par les militants, qui ont aussi 
réservé une bronca à une délégation du Parti socialiste. 
    Mais c'est l'avenir de la confédération qui sera surtout au 
coeur des débats des quatre prochains jours. 
    "La CGT est bien présente dans le paysage social français, 
c'est la première centrale syndicale de notre pays et elle 
compte bien le rester", a lancé Philippe Martinez. 
    "On nous traite de dinosaure, de dernier des soviets. Ces 
insultes nous montrent au contraire qu'on est bien vivant, car 
on ne tire pas sur les morts", a-t-il dit. 
    La crainte de perdre la première place des organisations 
syndicales lors de la prochaine mesure de leur représentativité 
en mars 2017 est dans l'esprit des délégués. Philippe Philippe 
Martinez l'a lui-même reconnu lors d'une récente rencontre avec 
l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis). 
    "On constate (...) qu'il y a un différentiel de 300.000 
électeurs entre la CFDT et nous", avait-il alors expliqué. "Cela 
pose la question de notre implantation dans les entreprises." 
    En 2013, la CGT, qui revendique près de 700.000 adhérents, 
est arrivée juste en tête des élections professionnelles avec 
26,77% des suffrages, devant la CFDT (26%), Force ouvrière 
(15,94%), la CFE-CGC (9,43%) et la CFTC (9,30%). 
    Depuis, la CGT a continué à perdre du terrain dans ses 
bastions historiques comme l'automobile, Airbus, La Poste, EDF, 
la SNCF, Air France, ainsi que dans la fonction publique. 
     
    "TRAVAUX PRATIQUES" 
    Pour Olivier Matteu, dirigeant de l'union départementale des 
Bouches-du-Rhône, où la CGT règne presque sans partage dans la 
manutention portuaire ou l'industrie pétro-chimique, "il est 
toujours possible d'inverser le cours des choses".  
    Toute la question est de savoir sur quelle base stratégique 
la CGT va vouloir regagner le terrain perdu. 
    "Nous ne pouvons pas nous cantonner à la seule 
contestation", a déclaré Philippe Martinez. "Oui, nous avons des 
propositions modernes, n'en déplaise à tous ceux qui voudraient 
nous isoler dans la seule contestation." 
    Il n'en a pas moins estimé que la mobilisation contre la 
réforme du Code du travail constituait une forme de "travaux 
pratiques" dans la perspective d'une "convergence des luttes". 
    Si Philippe Martinez est assuré d'être reconduit, la 
composition de sa future équipe reste encore pour une bonne part 
incertaine. Et c'est elle qui donnera une idée plus précise de 
l'orientation choisie. 
    "J'ai peur que la constestation systématique l'emporte parce 
que c'est la voie la plus facile", confie un spécialiste des 
questions syndicales. Mais si c'est le cas, "on peut penser que 
l'affaiblissement (de la CGT) va se poursuivre parce qu'il y a 
un décalage assez profond entre le ressenti des salariés  et  la 
direction confédérale", ajoute cet ancien syndicaliste. 
 
 (Avec Emmanuel Jarry à Paris, édité par Yves Clarisse) 
 
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