France-La CGT, sans numéro un, s'enfonce dans la crise

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* Martinez, pas élu, reste cependant "pressenti" * Il devra proposer un bureau confédéral début février * En attendant la CGT est guettée par l'inertie (Avec détails, contexte) par Emmanuel Jarry PARIS, 13 janvier (Reuters) - Le secrétaire général démissionnaire de la CGT a échoué mardi dans sa tentative d'imposer une nouvelle équipe dirigeante, rejetée par le "parlement" de la centrale syndicale, le comité confédéral national (CCN). Le numéro un de la fédération CGT de la métallurgie, Philippe Martinez, et neuf autres dirigeants, proposés par Thierry Lepaon pour lui succéder à la tête de la centrale syndicale et constituer un nouveau bureau confédéral, n'ont pas obtenu la majorité des deux tiers requise. Selon la CGT, ils ont recueilli 57,5% voix pour, 41,5% voix contre et 1,0% d'abstentions. Le CCN a cependant donné une deuxième chance à Philippe Martinez, qui reste "pressenti pour être le futur secrétaire général", précise un communiqué : il lui a été demandé de piloter un groupe de travail chargé de présenter une nouvelle proposition au CCN les 3 et 4 février. La CGT s'enfonce ainsi un peu plus dans la crise déclenchée fin 2014 par les révélations sur la rénovation du domicile de fonction et du bureau de Thierry Lepaon et sur l'indemnité qu'il a perçue quand il a quitté ses précédentes responsabilités. Ces "fuites", vraisemblablement orchestrées de l'intérieur de la CGT, ont constitué le révélateur d'un profond malaise de la première organisation syndicale française. Après avoir tenté de résister aux appels à la démission, Thierry Lepaon a finalement annoncé son départ et celui des autres membres du bureau confédéral le 7 janvier. GUERRES DE CLANS Il a toutefois obtenu de la commission exécutive (CE) de la CGT, qui constitue en quelque sorte son gouvernement, de garder la main sur la constitution d'une nouvelle équipe. Le CCN, qui a le dernier mot, avait déjà montré ses velléités d'indépendance en rejetant le 31 mai 2012 la candidature de Nadine Prigent, proposée par Bernard Thibault, pour lui succéder à la tête de la CGT. Ce rejet avait abouti à la désignation de Thierry Lepaon, secrétaire général par défaut, qui n'a jamais pu s'imposer à une CGT divisée, en recul aux élections professionnelles, minée par des guerres de clans et sans véritable cap. Choisi par le numéro un démissionnaire pour postuler à son tour au poste de secrétaire général, Philippe Martinez est un quinquagénaire inconnu du grand public, même s'il était depuis le début de la crise le nom le plus fréquemment avancé. Ancien dirigeant syndical du constructeur automobile Renault, il est réputé proche du Parti communiste et partisan jusqu'ici d'une ligne revendicative plus que réformiste. "Il est sur une logique de syndicalisme de lutte de classe", souligne Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail. Il est loin de faire l'unanimité au sein de la CGT. Ses détracteurs critiquent un manque de charisme et lui reprochent de ne pas être assez rassembleur. L'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Raymond Soubie, aujourd'hui président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo, en dresse un portrait plus nuancé. "PAS COMMODE" En tant que numéro un de la première fédération CGT du secteur privé depuis 2008, "c'est quelqu'un de très important dans le système", explique à Reuters ce fin connaisseur des mouvements syndicaux. "Il a toujours été très ferme dans ses positions, il n'est pas commode. Mais c'est quelqu'un avec qui on peut discuter, avec un certain sens du dialogue", ajoute Raymond Soubie. "Il a contribué à démêler des situations compliquées, comme le conflit de l'usine PSA d'Aulnay. C'est un vieux routier et un malin." Contrairement à Bernard Thibault avant son arrivé à la tête de la CGT, Philippe Martinez a peu fréquenté les médias. Sa conjointe n'est autre que la secrétaire générale de la deuxième fédération CGT, celle de la santé, Nathalie Gamiochipi. Plus encore que sa personne, c'est cependant la méthode que le CNN semble avoir sanctionnée, et la façon dont Thierry Lepaon a tenté d'imposer une équipe composée pour l'essentiel de proches, sans débat dans les organisations de la CGT. Selon un ancien membre de la commission exécutive, le risque est désormais pour la CGT de s'enfoncer dans l'"inertie". "Plus les débats sont difficiles, plus les marges de manoeuvre du futur secrétaire général seront étroites et plus il devra consacrer d'énergie à rassembler l'appareil au lieu d'aller de l'avant, alors qu'on a besoin d'une CGT qui soit une force de proposition et de négociation", a-t-il dit à Reuters. (Edité par Yves Clarisse)

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