France-La CGT en crise se donne une nouvelle direction

le
0

PARIS, 3 février (Reuters) - La CGT s'est donné mardi un nouveau secrétaire général, Philippe Martinez, entouré d'un nouveau bureau confédéral constitué pour moitié de partisans d'une ligne radicale, pour tenter de sortir de la plus grave crise de son histoire. Le Comité confédéral national (CCN), "parlement" de la première organisation syndicale française, a adoubé cette nouvelle direction lors d'un vote qui n'était plus qu'une formalité. Philippe Martinez, jusqu'ici secrétaire général de la fédération de la métallurgie, et l'équipe qu'il a constituée étaient assurés d'obtenir les deux tiers des voix nécessaires. "Tout le monde a envie d'en sortir (...) quelles que soient les crispations sur tel ou tel nom", déclarait jeudi dernier un dirigeant de fédération, après la réunion de la commission exécutive (CE, "gouvernement de la CGT") qui a validé dans un premier temps la proposition du successeur de Thierry Lepaon. Philippe Martinez, 53 ans, visage barré par une épaisse moustache noire, avait d'ailleurs endossé le costume de secrétaire général dès la mi-janvier, visiblement sûr de son fait, avant même d'être investi officiellement. Il a ainsi pris soin, pour constituer le nouveau bureau confédéral, de consulter systématiquement les différentes organisations de la CGT. C'est également lui qui représentait la centrale depuis deux semaines dans les occasions officielles. Le ministère du Travail l'avait même sacré "secrétaire général" dans un communiqué annonçant des consultations du ministre, François Rebsamen, sur le dialogue social, bien avant son investiture officielle par le CCN. Cet homme inconnu du public, étiqueté CGT "canal historique" et encarté au Parti communiste mais également crédité d'un certain pragmatisme, est sorti de l'ombre en décembre, quand Thierry Lepaon, qui envisageait encore d'aller au bout de son mandat, a proposé d'en faire son successeur désigné. Thierry Lepaon a été poussé à démissionner début janvier par une fronde interne déclenchée par des révélations sur la rénovation de son domicile et de son bureau, ainsi que sur une indemnité reçue lorsqu'il a quitté ses précédentes fonctions. Le successeur de Bernard Thibault, qui n'a jamais vraiment réussi à imposer son autorité sur la confédération, a ensuite discrètement démissionné le 20 janvier de la CE et n'a donc plus de fonction dans les instances dirigeantes de la CGT. L'"affaire Lepaon" n'a cependant été que le révélateur d'un malaise plus profond, dans une CGT toujours pas remise des séquelles de la bataille interne pour la succession de Bernard Thibault, privée de cap et entravée par ses dissensions. (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant