France-La bombe à retardement des prisons illustrée à Fresnes

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    * Des détenus de droit commun radicalisés aux projets flous 
    * La DGSI donne un coup d'arrêt à leur libération imminente 
    * Les syndicats de la pénitentiaire en appellent au 
gouvernement 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 10 octobre (Reuters) - La mise en examen de deux 
détenus de la prison de Fresnes, soupçonnés de vouloir commettre 
des attentats après leur libération imminente, a mis de nouveau 
l'accent sur la bombe à retardement que sont devenues les 
prisons françaises.  
    L'un des deux détenus, âgé de 28 ans, est né au Cameroun et 
semble être le meneur. L'autre est né en France il y a 22 ans. 
Tous deux ont été condamnés pour des faits de droit commun, dont 
vol avec arme, et repérés pour radicalisation islamiste.  
    Le premier devait sortir de prison ce mardi et le second la 
semaine prochaine, dit-on de sources pénitentiaires. 
    Selon ces sources, une clef USB contenant des documents 
faisant l'apologie du terrorisme et appelant au djihad avait été 
trouvée sur le plus âgé lors d'une fouille au retour du parloir 
il y a environ deux ans. Il avait été mis à l'isolement pendant 
six mois, puis replacé en détention classique. 
    Lors d'une perquisition de sa cellule, la semaine passée, 
des agents de la Direction générale de la sécurité intérieure 
(DGSI) ont notamment saisi un couteau en céramique et un 
téléphone portable. L'enquête a montré qu'il avait été en 
contact avec une personne présente en zone syro-irakienne mais 
sans qu'il soit établi qu'elle ait joué un rôle. 
    La surveillance des deux hommes a révélé qu'ils évoquaient 
dans leurs échanges des projets d'action contre plusieurs types 
de cibles, notamment des agents pénitentiaires et des policiers, 
"sans que l'on puisse définir le contour d'un projet précis", 
dit-on de sources proches de l'enquête. Ils évoquaient également 
des projets de braquage, notamment contre des bijouteries. 
     
    SIGNAUX D'ALARME 
    Ils étaient par ailleurs en contact téléphonique avec des 
détenus radicalisés dans d'autres prisons. Selon Cédric Boyer, 
responsable du syndicat SNP-FO à Fresnes, ils voulaient "former 
un groupe de combattants".  
    Ils ont été mis en examen pour association de malfaiteurs 
terroriste criminelle. 
    "Ce qui a été révélé témoigne de l'urgence de cette 
situation", a déclaré à Europe 1 la ministre de la Justice, 
Nicole Belloubet, selon qui les surveillants sont "les premiers 
agents de la lutte contre la radicalisation". 
    "Nous faisons un effort tout à fait considérable sur le 
renseignement pénitentiaire", a-t-elle ajouté. "Il y a des 
quartiers d'évaluation de la radicalisation. Quand un détenu 
arrive, nous passons quatre mois à évaluer son degré de 
dangerosité." 
    Pour les syndicats de l'administration pénitentiaire, des 
experts, des magistrats et des avocats, cet effort reste très 
insuffisant et la France est en train de fabriquer une 
génération de djihadistes en puissance dans ses prisons.  
    L'attaque à l'arme blanche, le 4 septembre 2016, d'un 
surveillant de la maison d'arrêt d'Osny (Val d'Oise) par un 
détenu de l'unité de prévention de la radicalisation avait déjà 
été un sérieux signal d'alarme.   
    Selon le secrétaire général de l'UFAP-Unsa, premier syndicat 
de l'administration pénitentiaire, Jean-François Forget, huit 
autres projets d'attaque contre des surveillants ont été déjoués 
à la même époque : "Nous sommes des cibles à part entière."  
     
    IMPUISSANCE POLITIQUE 
    Selon des sources pénitentiaires, l'homme qui a tué deux 
policiers le 13 juin 2016 à Magnanville (Yvelines), assassinat 
revendiqué par l'Etat islamique, était lui-même en contact avec 
des détenus, dont l'auteur de l'attaque du 4 septembre 2016 à la 
maison d'arrêt d'Osny. 
    Les syndicats de l'administration pénitentiaire dénoncent, 
au-delà d'un manque chronique de moyens, avec dans les maisons 
d'arrêt un surveillant pour 150 détenus en moyenne, une forme 
d'impuissance politique face à ce phénomène.         
    Jean-François Forget chiffre à environ 500 le nombre de 
détenus pour faits liés au terrorisme islamique et à quatre fois 
plus celui des détenus de droit commun radicalisés en France. 
    "Ce qui nous préoccupe, c'est leur prise en charge, qui 
n'avance pas depuis des années", a-t-il déclaré à Reuters. "Nous 
réclamons depuis des années des structures spéciales hautement 
sécurisées pour les détenus pour faits de terrorisme."  
    "Il faut mettre en quarantaine tous ces détenus d'un côté, 
tous les détenus radicalisés de l'autre et les séparer très vite 
du reste de la population carcérale, parce qu'ils sont en train 
de polluer l'ensemble de la détention et ils gagnent fortement 
du terrain", ajoute ce syndicaliste.  
    Un point de vue partagé aujourd'hui par son homologue du 
SNP-FO, Emmanuel Baudin. 
    "On voit bien que le problème de la radicalisation ne fait 
que s'amplifier dans nos prisons, parce qu'il n'y a pas eu de 
vraies décisions politiques", a-t-il dit à Reuters. 
 
 (Avec Service France, édité par Yves Clarisse) 
 
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