France-L'opposition dénonce un discours "creux" de Macron

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    * Macron veut transformer les pratiques politiques 
    * LR promet une opposition "libre et constructive" 
    * L'extrême gauche boycotte et manifeste 
 
    par Elizabeth Pineau 
    VERSAILLES, Yvelines, 3 juillet (Reuters) - Un mélange de 
satisfaction, de circonspection et d'ironie a accueilli lundi le 
discours de Versailles d'Emmanuel Macron, qui a présenté aux 
parlementaires sa vision d'une action dictée par "l'impatience 
d'agir" et l'"amour de la patrie".    
    En l'absence des communistes, des députés de la France 
insoumise et de quelques autres élus en désaccord avec ce 
rendez-vous désormais annuel, environ 850 députés et sénateurs 
ont écouté la première grande allocution politique du président 
élu le 7 mai dans la salle du Midi du château de Versailles. 
    Dans son intervention d'une heure trente sagement applaudie 
à la fin et précédée par une minute de silence à la mémoire de 
l'ancienne ministre Simone Veil, décédée vendredi, le chef de 
l'Etat a prôné la réduction d'un tiers du nombre de 
parlementaires et la nécessité de "retrouver le souffle premier" 
de l'engagement européen.   et   
    A Versailles comme sur les réseaux sociaux, des élus ont 
déploré le ton de cette allocution riche en principes mais 
pauvre en annonces, dans l'attente du discours de politique 
générale du Premier ministre, mardi à l'Assemblée.      
    Le député Les Républicains (LR) Eric Ciotti a ainsi déploré 
un monologue "tout sauf concret" au contenu "creux, passablement 
pompeux et quelque part assez ennuyeux". 
    "Mi-harangue politique, mi-prêche philosophique, l'étrange 
discours impérial plane au-delà du réel", a commenté son 
collègue Guillaume Larrivé. 
    Invitant son auditoire à "une transformation résolue et 
profonde" des pratiques politiques, Emmanuel Macron n'a pas 
épargné ses prédécesseurs, prônant la rupture avec "les années 
immobiles" de François Hollande et "les années agitées" de 
Nicolas Sarkozy, "toutes aux résultats également décevants".  
    Une façon de justifier la posture régalienne adoptée par le 
nouveau chef d'Etat de 39 ans, qui séduit autant qu'elle agace. 
     
    MÉLENCHON DÉNONCE UNE "PLUIE DE TRUISMES"  
    Absent de Versailles, le chef de file des "Insoumis", 
Jean-Luc Mélenchon, a été cinglant. "Interminable pluie de 
truismes à Versailles. Faux marbre, bonapartisme surjoué, 
européisme bêlant, ennui mortel", a-t-il dénoncé sur Facebook.  
    Lors du débat qui a suivi le discours présidentiel, Bruno 
Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, 
a mis en garde contre toute "tentation hégémonique" tout en se 
posant en acteur d'une "opposition libre et vigilante".  
    "Refusez cette tentation hégémonique qui ne serait pas 
bonne, ni pour votre gouvernement ni d'ailleurs votre majorité", 
a-t-il dit, alors que la République en marche contrôle désormais 
l'Assemblée nationale et ne cache pas ses visées sur le Sénat, 
qui sera renouvelé pour moitié en septembre.   
    "Nous refusons de vous donner un blanc-seing", a renchéri 
Virginie Duby-Muller, membre du groupe LR à l'Assemblée. 
    "Méfiez-vous de vous-mêmes", a conseillé pour sa part le 
député socialiste Olivier Faure, citant l'ancien Premier 
ministre Michel Rocard : "'Ce qui est accepté a infiniment plus 
de force que ce qui est imposé'".  
    "Nous vous jugerons sur vos actes", a-t-il ajouté.  
    Richard Ferrand, chef de file des députés La République en 
marche majoritaires au Palais-Bourbon, a donné le "la" à ses 
troupes, où figurent nombre de novices en politique.    
    "Libérer, protéger, réconcilier seront les points cardinaux 
de notre action", a dit l'élu breton. "Chaque fois qu'une idée 
nous paraîtra bénéficier à la France, nous la soutiendrons sans 
en contrôler l'appellation d'origine." 
    Assis au Premier rang, Edouard Philippe a écouté le débat en 
prévision de son discours de mardi au Palais-Bourbon, qui sera 
suivi d'un vote de confiance. L'occasion de répondre à ceux qui 
ont reproché au président d'affaiblir, par son discours de 
Versailles, le "grand oral" du chef du gouvernement.       
    "Le discours sera différent. Le Premier ministre sera très 
concret", promet-on à Matignon.  
    Une centaine de militants communistes ont manifesté aux 
abords du palais leur hostilité au chef de l'Etat sur le thème 
de la Révolution française.  
    "Monsieur Macron fait un défi à la démocratie. Pour lui, ce 
n'est pas le Parlement qui gouverne, ce n'est pas le peuple, 
c'est lui, Jupiter", a dit à Reuters Nicole Coulbaut, retraitée 
de l'éducation nationale de 65 ans, un bonnet phrygien sur la 
tête.  
 
 (Elizabeth Pineau, avec Sophie Louet, Myriam Rivet, édité par 
Yves Clarisse) 
 
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