France-L'islam ravive les tensions chez Les Républicains

le , mis à jour à 15:37
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* Un débat à huis clos critiqué en interne * Sarkozy dit vouloir "apaiser" * Juppé appelle au "sang-froid" * Un enjeu de la primaire de 2016 par Sophie Louet PARIS, 4 juin (Reuters) - Nicolas Sarkozy a affiché jeudi sa volonté d'"apaiser" sur les questions liées à l'islam en France alors qu'un débat des Républicains sur les religions et la République ravive les fractures idéologiques entre les prétendants à la primaire. Voulue en février par l'ancien chef de l'Etat à la suite des attentats de janvier, cette "journée de travail", d'abord destinée à être une convention thématique et plusieurs fois reportée, a finalement abouti à des échanges à huis clos face aux critiques et réserves des cadres de l'ex-UMP, qui réprouvent tour à tour une "stigmatisation", une "hystérisation laïcarde" ou des "emballements électoralistes" sur le terrain du FN. La vice-présidente déléguée Nathalie Kosciusko-Morizet, maintenue à son poste en dépit d'une liberté de ton qui hérisse les sarkozystes, a dénoncé une "mauvaise idée". Après un congrès terni par les huées visant Alain Juppé et François Fillon, Nicolas Sarkozy s'est défendu d'un nouveau faux pas dans la mise en orbite présidentielle des Républicains. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a dit mercredi porter "un regard extrêmement inquiet" sur la réunion. "Ce qui serait étonnant, c'est qu'on n'en parle pas. Qu'est-ce qu'il y a de choquant à ce qu'un parti dit 'républicain' discute au fond de ces questions, sans insulter personne?", a déclaré le président de l'ex-UMP mercredi soir, lors d'une réunion publique à Asnières (Hauts-de-Seine). Jeudi, il a persisté lors d'une déclaration impromptue aux côtés du président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, venu malgré les menaces de boycott de l'instance. "UNE DOUBLE INQUIÉTUDE" "Il y a une double inquiétude", a-t-il argumenté devant des journalistes. "L'inquiétude d'un certain nombre de musulmans de France qui ne veulent pas être assimilés au djihad, qui veulent vivre dans la paix leur religion", a-t-il expliqué. L'autre inquiétude, a-t-il ajouté, c'est celle "d'une partie de la communauté nationale qui se dit : est-ce que l'islam est compatible avec la République, et comment pouvons-nous poser les bases d'une règle qui permettra d'apaiser?". A son arrivée au siège des LR, où il n'a pas assisté à l'intégralité des débats, Dalil Boubakeur avait expliqué sa présence par la volonté de "défendre" les musulmans et son refus de les considérer "comme seulement définissables par le djihadisme, les caricatures, la stigmatisation, les amalgames". Abdallah Zekri, membre du bureau exécutif du CFCM et proche du recteur de la grande mosquée de Paris, s'est élevé sur iTELE contre l'entreprise de "stigmatisation" de Nicolas Sarkozy, rappelant notamment les propos du député-maire LR de Nice, Christian Estrosi, sur l'"islamo-fascisme" et les "cinquièmes colonnes" islamistes. Selon lui, Dalil Boubakeur a subi des pressions pour assister à la réunion de jeudi. Les principaux rivaux de Nicolas Sarkozy pour la primaire de 2016 ont manifesté leur désaccord par leur absence. Alain Juppé, qui ne retient plus ses critiques et sarcasmes contre le président des Républicains, n'a de cesse de souligner la nécessité d'une société "apaisée". Dans une interview au Figaro, samedi dernier, il appelait sa famille politique à garder son "sang-froid" et à ne pas tomber "dans l'extrémisme" en prônant, par exemple, l'exclusion des enfants qui ne veulent pas manger de porc dans les cantines scolaires ou des étudiantes portant un foulard à l'université. MARINE LE PEN IRONISE Durant la campagne pour les élections départementales, Nicolas Sarkozy n'a pas reculé devant la surenchère sur la défense de la laïcité en réclamant l'interdiction des repas de substitution dans les cantines, l'interdiction du voile à l'université ou lors des sorties scolaires. Lors d'un déplacement à Tunis, en mai dernier, François Fillon avait mis en garde contre "des coups sans lendemain". Quant à Bruno Le Maire, il juge que l'islam n'est pas "une question prioritaire". La première partie de la journée a été consacrée à la place des religions dans la République, en présence notamment du secrétaire général de la Conférence des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, et de Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France. Les échanges de l'après-midi portaient sur "l'islam de France" à travers, notamment, des témoignages d'élus locaux. "Il n'y a pas de sujet avec les gens qui prient dans des caves et les maires qui ont du mal à construire des mosquées parce que la population est divisée?", s'est interrogé sur Europe 1 Henri Guaino, chargé de la question de l'islam au sein de LR avec le député-maire de Tourcoing Gérald Darmanin. La présidente du Front national, Marine Le Pen, a raillé le choix du huis clos, qui traduit selon elle une approche "honteuse du bilan de Nicolas Sarkozy en la matière". Henri Guaino et Gérald Darmanin, qui n'ont pas toujours été tendres avec les prises de position de Nicolas Sarkozy, ont précisé que le parti ne ferait "aucune communication sur le contenu des échanges, ni sur les enseignements auxquels ils pourraient conduire". Un rapport sera transmis au président de LR "dans les prochaines semaines". (Edité par Yves Clarisse)

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