France-L'évacuation de la "jungle" de Calais commence lundi

le , mis à jour à 18:00
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    * Une opération prévue sur au moins une semaine 
    * Le sort des mineurs dépendra des négociations avec Londres 
    * 60 bus prévus lundi pour acheminer des migrants en CAO 
    * Le ministère dit assumer cette opération "à risque" 
    * Les récalciltrants pourront être arrêtés 
    * L'après-Calais en discussion 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 21 octobre (Reuters) - L'évacuation de la "jungle" de 
Calais, une opération à risque que le ministère de l'Intérieur 
dit pleinement assumer dans une perspective "résolument 
humanitaire", commencera lundi matin, selon l'arrêté publié 
vendredi.  
    L'opération est prévue sur une semaine, mais elle pourrait 
être plus longue, aucun rythme n'étant imposé aux autorités, 
indique-t-on place Beauvau.  
    Le sort des 1.300 mineurs isolés du bidonville est toujours 
incertain, trois jours avant le début des opérations, mais les 
négociations avec les autorités britanniques, qui ont accepté 
d'en accueillir un certain nombre, "progressent", assure-t-on.  
    Pour ces jeunes, l'objectif de Paris est d'aller "au bout, 
et au-delà" des réunifications familiales déjà prévues par les 
textes européens, et donc d'en envoyer un maximum outre-Manche.  
    Quelque 6.486 personnes en quête d'un passage au Royaume-Uni 
vivent actuellement dans le campement de la lande de Calais, 
selon le décompte des autorités.  
    Parmi elles figurent 1.291 mineurs isolés et environ 300 
individus en famille. La grande majorité sont toutefois des 
hommes seuls et majeurs.  
    A partir de lundi, tous se verront proposer une offre de 
mise à l'abri "en fonction de leur profil" (familles, hommes 
seuls, mineurs et personnes vulnérables). Après une répartition 
dans un grand hangar organisé "comme une gare routière", les 
volontaires, qui pourront choisir entre deux régions, seront 
conduits, en bus, vers des Centres d'accueil et d'orientation 
(CAO). Quelque 7.500 places ont été mises à disposition dans 
environ 450 CAO à travers le pays.  
    Soixante bus sont prévus lundi, 45 mardi et 40 mercredi.  
     
    LES MINEURS ISOLES RESTERONT DANS UN CENTRE 
    Les mineurs isolés resteront, eux, dans un centre situé 
juste à côté du campement, en attendant que leur procédure 
aboutisse, que ce soit au Royaume-Uni ou en France.  
    Quant au démantèlement en tant que tel, il débutera mardi 
avec les premières opérations de nettoyage et de ramassage des 
déchets, puis se fera en parallèle des évacuations.  
    "C'est une opération à risque qu'on assume de faire", dit-on 
place Beauvau.  
    Dans une tribune publiée jeudi par Le Monde, les ministres 
de l'Intérieur et du Logement, Bernard Cazeneuve et Emmanuelle 
Cosse, ont assuré qu'ils réussiraient "ce défi humanitaire." 
    Les risques de débordements et de mouvements de foule 
existent toutefois - entre 150 et 200 militants 
altermondialistes du mouvement "No border" sont notamment déjà 
présents sur le site -, et quelque 1.250 policiers et gendarmes 
sont prévus pour encadrer cette opération.  
    Quant aux tensions dans les lieux d'arrivée des migrants, le 
ministère s'attend à ce qu'elles soient "très résiduelles". 
Soixante pour cent des CAO accueilleront moins de 20 personnes.  
    Reste surtout la grande inconnue du nombre d'exilés 
"récalcitrants" qui refuseront la proposition de relocalisation 
qui leur sera faite, et pourront être interpellés puis placés en 
Centres de rétention administrative (CRA).  
    Un très grand nombre de migrants sont prêts à partir ou "sur 
le point d'y venir", assure-t-on place Beauvau. 
     
    LA QUESTION DE L'APRÈS-CALAIS PAS ENCORE RÉGLÉE 
    Mais l'enthousiasme varie selon les nationalités. Alors que 
les Soudanais sont bien engagés dans cette démarche (ils 
représentent plus de la moitié de ceux qui ont déjà quitté 
volontairement Calais), les Erythréens sont plus méfiants, 
reconnaît-on. Quant aux rares Syriens présents sur la Lande (40 
à 50), ils sont très déterminés à passer en Grande-Bretagne.  
    Le placement en CRA "sera laissé à l'appréciation des forces 
de l'ordre", dit-on au ministère. Mais "ce que nous souhaitons, 
c'est de n'avoir recours à aucune interpellation lors de cette 
évacuation", ajoute-t-on, évoquant une "opération de main 
tendue".  
    L'autre grande inconnue est celle de "l'après-Calais", qui 
n'est pour l'instant pas réglée. "Calais restera toujours 
Calais, il faut donc imaginer la suite", reconnaît-on place 
Beauvau, où l'ont dit travailler sur cette question. "Il faut 
trouver le dispositif convenablement dimensionné (pour) éviter 
la reconstitution d'un campement." 
    Le coût du démantèlement de la "jungle" n'a pas été chiffré, 
le nombre définitif de bus et de forces de l'ordre déployés 
pouvant être réévalué à tout moment. Mais le plus cher est le 
placement en CAO, qui coûte 25 euros par jour et par personne, 
soit près de 190.000 euros par jour pour les 7.500 places 
ouvertes, indique-t-on. 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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