France-L'évacuation de la "jungle" de Calais a commencé

le , mis à jour à 14:18
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    * Le début de l'opération s'est déroulé sans encombre 
    * La moitié environ des migrants devrait être partie lundi 
    * L'après-démantèlement reste toutefois peu clair 
 
 (Actualisé avec chiffres) 
    par Pierre Savary 
    CALAIS, Pas-de-Calais, 24 octobre (Reuters) - L'évacuation 
de la "jungle" de Calais a commencé lundi dans le calme et les 
autorités espèrent que la moitié des quelque 6.000 migrants 
présents aura été évacuée au terme de la première journée de 
cette opération à haut risque pour le gouvernement. 
    La grille bloquant l'accès à un vaste hangar, sorte de gare 
routière où se déroule la répartition des migrants, a été 
ouverte à 08h00 pour accueillir les centaines de candidats à 
l'acheminement vers des Centres d'accueil et d'orientation (CAO) 
qui faisaient la queue, parfois depuis des heures. 
    "Nous ferons tout pour que cette opération soit à la hauteur 
de ce qu'est notre pays, de ce qu'est son attachement au droit 
d'asile", a déclaré le ministre de l'Intérieur Bernard 
Cazeneuve, en marge d'un congrès à Paris. 
    A la différence des précédentes opérations, cette fois 
l'objectif est de "démanteler totalement la lande", d'où une 
présence importante des forces de l'ordre qui se maintiendra 
pour "éviter que des gens ne viennent réinvestir la lande ou 
pour que des squats se multiplient ça et là", a expliqué le 
représentant du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet.  
    "Il n'y a pas de moyens coercitifs employés à  l'  encontre" 
des migrants et le dispositif policier conséquent est là 
"simplement pour sécuriser la lande", a-t-il ajouté. 
    Le démantèlement proprement dit - destruction des tentes, 
des abris, etc -, doit commencer mardi. 
    Peu avant 8 heures, des bus sont venus stationner aux abords 
du hangar de départ et les forces de l'ordre ont pris place pour 
permettre l'accès aux migrants répartis entre quatre groupes 
--mineurs isolés, personnes vulnérables, familles et adultes. 
     
    7.500 PLACES RÉSERVÉES DANS DES CENTRES D'ACCUEIL 
    Les premiers migrants qui ont pénétré à l'intérieur du 
hangar ont eu le choix entre deux régions d'accueil, la Bretagne 
et Auvergne-Rhônes-Alpes. Devant une carte de France, ils ont 
choisi l'une de ces deux régions et un bracelet de couleur 
correspondant leur a été distribué. 
    Le premier bus est parti en direction de la Bourgogne suivi 
rapidement de plusieurs autres, direction le Morbihan, la 
Haute-Saône, la Haute-Loire et la Drôme. 
    "Je voulais partir depuis un moment mais il n'y avait pas de 
place, maintenant c'est possible", dit Idriss, la vingtaine, 
parti avec un petit groupe de Soudanais. 
    Amadou Diallo, 17 ans, qui dit avoir fui la Guinée Conakry, 
espère pouvoir débuter des études en France. 
    "Mes parents sont morts et je suis seul, je dois essayer de 
m'en sortir", a-t-il expliqué." Peu importe où on va. Je m'en 
fiche. Ce n'est pas le plus important." 
    La préfecture prévoyait pour lundi le départ de 60 bus, soit 
environ 2.500 personnes, puis 45 mardi et 40 mercredi. Ils se 
rendront dans l'un des 450 CAO français dans lesquels 7.500 
places ont été réservées pour les migrants. 
    A la mi-journée, la préfecture annonçait qu'une vingtaine de 
cars avec un peu moins de mille personnes étaient partis. 
Environ 1.500 migrants continuaient à se presser devant le 
hangar où se faisait la répartition vers les régions. 
    Le sort des 1.300 mineurs isolés du bidonville est toujours 
incertain, mais les négociations avec les autorités 
britanniques, qui ont accepté d'en accueillir un certain nombre, 
"progressent", assure-t-on au ministère de l'Intérieur.  
    Pierre-Henry Brandet a indiqué que 200 d'entre eux avaient 
pris le chemin du Royaume-Uni la semaine dernière. 
     
    ET APRES ? 
    Le climat de relative sérénité observé lundi matin 
s'explique par le fait que les migrants désireux de quitter 
Calais et ses conditions de vie très précaires ont été les 
premiers à se rendre au point de rassemblement. 
    "Nous allons vivre une forme de phénomène d'entraînement, 
les départs vont en provoquer d'autres, les choses se mettent en 
place", a dit Fabienne Buccio, la préfète du Pas-de-Calais). 
    Les ONG qui viennent en aide depuis des années aux migrants 
présents à Calais ont elles aussi exprimé leur satisfaction 
initiale mais sont plus perplexes sur la suite des opérations. 
    "Il va falloir ensuite décider les autres qui sont soit 
interrogatifs, soit rétifs au départ", dit Christian Salomé, de 
l'Auberge des migrants. "L'Etat a ouvert des centres de 
rétention, qui sont des prisons. Ces migrants qui iront en CRA 
seront ensuite libérés et reviendront."  
    Même son de cloche chez Fabrice Durieux, de l'ONG Salam. 
    "Pour l'instant, ça se passe bien et plutôt dans le calme. 
C'est ce que nous avions anticipé : tous ces gens sont 
volontaires. Ça risque d'être plus dur dans la semaine parce 
qu'à un moment il va falloir entrer avec les bulldozers et là il 
n'y aura pas d'états d'âme", a-t-il expliqué. 
    Les risques de débordements existent donc, notamment avec 
les militants altermondialistes du mouvement "No border" 
présents sur le site, et quelque 1.250 policiers et gendarmes 
sont prévus pour encadrer cette opération.     
 
 (Avec Matthias Blamont et Myriam Rivet, édité par Yves 
Clarisse) 
 
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