France-L'Etat reprend la main sur l'assurance chômage

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    * Le Medef est resté inflexible 
    * Le gouvernement doit trouver 1,6 milliard d'euros 
d'économie 
    * Myriam El Khomri assure que les chômeurs de seront pas 
pénalisés 
 
 (Avec informations et déclarations complémentaires, contexte) 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 16 juin (Reuters) - Le gouvernement a annoncé jeudi 
qu'il reprenait la main sur l'assurance chômage après l'échec 
des négociations des partenaires sociaux sur une nouvelle 
convention, imputé au Medef par les syndicats et la ministre du 
Travail. 
    L'Unedic indemnise 2,7 millions de demandeurs d'emploi. Elle 
sera en déficit de 4,2 milliards d'euros en 2016 et 3,6 en 2017, 
portant son endettement à 33,6 milliards fin 2017, si rien n'est 
fait pour y remédier, selon ses propres prévisions. 
    Le gouvernement a promis à la Commission européenne de 
trouver 1,6 milliard d'euros d'économies d'ici fin 2017. 
    Mais la huitième et dernière séance de négociation, au siège 
de l'organisation patronale, a duré à peine 45 minutes. 
    Le Medef, inflexible dans son refus de discuter d'une 
modulation des cotisations patronales sur les contrats de 
travail de courte durée, condition d'un accord pour les 
syndicats, a proposé dès le début de la réunion de prendre acte 
de "l'interruption" de la négociation.  
     Il n'a pas voulu discuter d'une prorogation de l'actuelle 
convention fixant les règles d'indemnisation du chômage, en 
vigueur depuis 2014 et qui arrive à échéance le 30 juin. 
    "Faire une demande de prorogation, c'était considérer que le 
système actuel est satisfaisant, ce qui n'est pas notre 
position", a expliqué son négociateur, Jean Cerutti.  
    Les syndicats ont pris acte de cet échec attendu après 
quatre mois de négociations, le premier concernant l'assurance 
chômage depuis 1982, lorsque le patronat avait refusé les 
augmentations de cotisations proposées par les syndicats.  
     
    L'ACCORD DES INTERMITTENTS APPLIQUÉ 
    La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a assuré dans un 
communiqué que les demandeurs d'emploi indemnisés actuels et 
futurs ne subiraient aucun "désagrément" puisque le gouvernement 
prorogera "dès demain" la convention au-delà du 30 juin. 
    La négociatrice de la CFDT, Véronique Descacq, a mis en 
garde le gouvernement contre la tentation de "diminuer les 
droits des demandeurs d'emploi" pour tenir son engagement de 1,6 
milliard d'euros d'économies. 
    Myriam El Khomri a regretté que des mesures visant à lutter 
contre le recours abusif aux contrats courts n'aient pas pu être 
discutées en raison, dit-elle, de "l'attitude du patronat". 
    Une position partagée par les syndicats, qui imputent cet 
échec aux divisions internes au Medef, dont l'aile la plus 
libérale l'a apparemment emporté, et à un début de guerre de 
succession à la tête de l'organisation, le mandat de son 
président Pierre Gattaz arrivant à échéance en 2018. 
    "Le patronat fait le choix aujourd'hui de l'échec (...) 
essentiellement pour des raisons de conflits internes au Medef", 
ont déclaré la CFDT et la CFTC dans un communiqué commun, dans 
lequel ces syndicats dénoncent un "jeu dangereux".  
    Le chef de la délégation de l'Union professionnelle 
artisanale (UPA), Patrick Liébus, pourtant membre du camp 
patronal, a lui aussi évoqué ces conflits. 
    "Il y avait des solutions", a-t-il dit. "Le Medef a des 
problèmes internes à gérer (...) L'Etat va reprendre la main 
puisque c'est ce que souhaite le Medef." 
    Le Medef a pour sa part accusé dans un communiqué les 
syndicats d'avoir adopté des "postures dogmatiques visant à 
punir les entreprises". 
    Le gouvernement souhaite que les partenaires sociaux 
puissent reprendre des négociations à la rentrée mais les 
négociateurs patronaux et syndicaux doutent que cela soit 
possible avant l'élection présidentielle de 2017. 
 
 (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse) 
 
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