France-L'Etat acte le stockage à vie des déchets de Stocamine

le
0
    * Une partie des déchets pourra rester dans la mine 
    * Les associations de défense de l'environnement protestent 
 
    par Gilbert Reilhac 
    COLMAR, Haut-Rhin, 24 mars (Reuters) - Le préfet du 
Haut-Rhin a annoncé vendredi qu'il autorisait le stockage "pour 
une durée illimitée" des déchets toxiques entreposés dans les 
galeries de Stocamine, une ancienne mine des Potasses d'Alsace, 
moyennant le retrait d'une partie des produits les plus 
dangereux. 
    Les associations locales ont annoncé leur intention 
d'attaquer cette décision devant le tribunal administratif, 
craignant, à l'instar des collectivités locales, qu'elle 
entraîne une pollution de la nappe phréatique. 
    Créée en 1997 sur le carreau de mine désaffecté de 
Wittelsheim (Haut-Rhin), l'entreprise Stocamine, appelée à 
devenir le seul centre français de stockage de déchets de classe 
"0", a cessé son activité en 2002 après un incendie dans des 
résidus chimiques et amiantés qu'elle n'aurait pas dû accepter. 
     "J'ai décidé d'autoriser la société Mines de potasse 
d'Alsace (MDPA, entreprise publique) à stocker de manière 
illimitée une partie des déchets qui se trouvent au fond de la 
mine Stocamine", a dit le préfet, Laurent Touvet, à la presse.  
    Quelque 44.000 tonnes de déchets restent entreposés à 500 
mètres de profondeur, dont la moitié seulement sont de classe 0, 
le reste étant constitué de résidus de fumées d'usine 
d'incinération d'ordures ménagère que Stocamine avait acceptés 
pour des raisons de rentabilité. 
    Sur l'avis d'une majorité d'experts, l'Etat avait autorisé 
les MDPA, successeur de Stocamine, à laisser au fond la majeure 
partie des déchets à condition de retirer 53% des produits 
mercuriels et arséniés considérés comme les plus toxiques. 
    Devant les levées de boucliers suscitées par cette décision, 
la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a accepté de porter ce 
pourcentage à 93% et de lancer une nouvelle enquête publique 
dont les conclusions sont ajourd'hui actées par l'Etat. 
    Selon l'arrêté préfectoral pris le 23 mars, 93% des 2.200 
tonnes de déchets de mercure devront être retirés "avec un 
minimum de 56% en cas de difficulté technique". 
    L'ensemble des préconisations des commissaires enquêteurs 
seront par ailleurs mises en œuvre, a assuré le préfet. 
    La remontée de l'eau dans les puits et les galeries de mines 
fera l'objet d'un suivi à long terme et les zones de stockage 
seront confinées au moyen de plusieurs barrages pour retarder le 
contact des déchets avec l'eau, saumurée au contact de la 
potasse. 
    Le resserrement progressif autour de la zone devrait 
lui-même limiter l'ennoyage des zones de stockage et une 
possibilité de drainage, par pompage, y sera ménagée. 
    "Il est possible que dans quelques centaines ou milliers 
d'années, une partie infime de cette saumure entre en contact 
avec des déchets qui contiennent du mercure", a dit Laurent 
Touvet. 
    Le coût des opérations, qui devraient durer jusqu'en 2019, 
s'élève à 100 millions d'euros qui doublera le montant déjà 
dépensé par l'Etat pour gérer l'après Stocamine. Les déchets 
extraits du sous-sol partiront dans la mine allemande de 
Sondershausen, en Thuringe. 
    Les membres de l'association Déstocamine, qui demande un 
déstockage total, se sont dits "très en colère". 
    "Deux jours après la journée mondiale de l'eau, le préfet 
autorise l'enfouissement de déchets toxiques qui vont polluer la 
nappe phréatique, c'est scandaleux", a déclaré à la presse l'un 
de leurs porte-parole, Yann Flory. 
    L'exploitant de la mine affirme que certaines zones ne 
peuvent plus être vidées du fait du risque d'effondrement des 
galeries, ce que d'anciens mineurs membres de l'association 
contestent. 
    "J'étais 32 ans au fond. Ils ont le matériel et le personnel 
compétent", affirme Etienne Chamik. L'association rappelle qu'en 
1997, l'autorisation d'exploiter prescrivait la réversibilité du 
stockage. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant