France-L'armée réinvestit le Larzac dans un climat apaisé

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    * Quarante ans après un mouvement d'opposition paysanne 
    * 600 soldats actuellement, 1.300 en 2018 
    * Poches de résistance, enjeu économique 
 
    par Marine Pennetier 
    LA CAVALERIE, Aveyron, 21 octobre (Reuters) - Quarante-cinq 
ans après un mouvement d'opposition paysanne sans précédent 
contre l'extension d'une base militaire, l'armée revient 
durablement sur le plateau du Larzac (Aveyron), dans un climat 
apaisé malgré les réticences de quelques activistes.  
    Quelque 600 soldats de la 13e DBLE, la demi-brigade de 
Légion étrangère, ont rejoint le camp de 3.200 hectares de La 
Cavalerie, situé à une quinzaine de kilomètres de Millau, qui 
accueillait jusqu'à présent le centre d'entraînement de 
l'infanterie au tir opérationnel.  
    A terme, en 2018, ils seront 1.300 sur le site.  
    "Aujourd'hui il n'y a pas de revanche, il y a tout 
simplement à la fois une réconciliation et une clarification 
sans ambiguïté de la place de l'armée dans le périmètre actuel 
sur le Larzac", a souligné vendredi Alain Fauconnier, le 
président du parc naturel régional des Grands Causses, dont la 
zone de gestion comprend le camp.  
    En 1971, la décision par Michel Debré, le ministre de la 
Défense de l'époque, d'étendre le camp militaire du Larzac avait 
mis le feu aux poudres. Le projet a été combattu par les 
paysans, rejoints par des jeunes militants et pacifistes, 
jusqu'en 1981 et l'abandon du projet par François Mitterrand. 
    En 2013, le bail accordé par l'Etat à la société de gestion 
collective des paysans installés sur le plateau du Larzac a été 
prolongé de 2045 à 2083. 
    "Les hommes et les femmes du plateau du Larzac s'étaient 
battus il y a 40 ans, certes contre le mépris dans lequel ils 
étaient tenus en raison de l'extension du camp militaire, mais 
surtout parce qu'ils étaient porteurs d'un modèle de 
développement rural", estime Alain Fauconnier.  
    "Ce modèle aujourd'hui n'est en rien remis en cause par 
l'arrivée du contingent de légionnaires bien au contraire, tous 
les contacts entretenus avec l'ensemble des militaires arrivés 
sur le site montrent leur volonté d'encourager, d'accompagner ce 
modèle d'agriculture paysanne et en rien de le contrarier", 
assure-t-il.  
     
    ENJEU ECONOMIQUE ET SOCIAL 
    La convention signée vendredi intègre "la mise à disposition 
ou le transfert de certaines terres au profit de la profession 
agricole", souligne pour sa part le ministre de la Défense 
Jean-Yves Le Drian. "C'est la preuve de notre engagement en 
faveur de ceux qui vont fait vivre ce territoire". 
    "Les travaux d'infrastructure et l'exploitation de ce camp 
se veulent respectueux de l'environnement et de ses ressources." 
    Sur le terrain, l'arrivée d'un régiment permanent sur ce 
site emblématique ne s'est toutefois pas faite sans opposition.  
    En septembre 2015, une centaine de personnes ont manifesté 
devant la préfecture. Un collectif d'opposants, baptisé 
"Gardarem lo Larzac", a également vu le jour.  
    "Les forces armées sont celles du pays tout entier et il 
n'existe pas de zone d'exclusion pour elles, fut-ce le Larzac", 
souligne le président du département, Jean-Claude Luche.   
    A la clé, disent les défenseurs de l'arrivée du régiment, 
des retombées économiques pour l'ensemble de la région. Une 
centaine de familles sont déjà arrivées sur place et une 
centaine d'autres devraient s'installer dans l'année qui vient. 
    L'an dernier, José Bové, opposant historique au camp 
militaire, estimait dans Le Monde que l'arrivée du régiment 
était un simple "changement de locataires et pas une nouvelle 
occupation par les militaires".  
    Pour le maire de La Cavalerie, le quasi "consensus" autour 
du projet s'explique par une meilleure préparation en amont. 
    "Pour une fois, les politiques se sont réunis, ont montré 
qu'il y avait un intérêt à ce projet et ont laissé de côté leur 
politique politicienne", constate François Rodriguez.  
    "De la résistance il y en a toujours, on peut être 
antimilitariste, c'est un droit mais la résistance actuelle n'a 
rien à voir avec celle d'il y a quarante ans". 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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