France-L'AFT défend sa politique d'émission de dettes

le
1
    * Le record de primes d'émission pas délibéré 
    * Une inflexion entamée en 2007-2008 
    * Un impact positif qui s'annule dans le temps 
 
    PARIS, 21 juin (Reuters) - L'agence France Trésor (AFT) 
s'est défendue mardi de toute manipulation de la dette française 
pour freiner sa progression en proposant aux investisseurs des 
obligations (OAT) anciennes avec des coupons nettement 
supérieurs aux taux de marché actuels, avec pour conséquence de 
réduire leur prix d'émission. 
    Mise en cause par le président LR de la commission des 
Finances de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, l'agence 
chargée de la gestion de la dette de la France a indiqué qu'il 
n'y avait de sa part "aucune volonté d'embellir" la situation. 
    Il s'agit, selon son directeur général Anthony Requin, "d'un 
phénomène purement technique qui répond à des considérations de 
marché", à savoir proposer aux investisseurs l'éventail le plus 
large possible de titres très liquides dans un environnement de 
taux bas. 
    Pour l'AFT, les rachats de dettes opérés depuis début 2015 
par la Banque centrale européenne ont accentué cette nécessité.  
    Tout est parti du rapport de la Cour des comptes sur 
l'exécution du budget de l'Etat en 2015, qui a constaté que la 
dette de l'Etat avait moins progressé (+48 milliards d'euros) 
l'an passé que son déficit (70,5 milliards) du seul fait de la 
politique d'émission de l'AFT. 
    Celle-ci a enregistré un record de 22,7 milliards d'euros de 
"primes d'émission" - la différence entre le prix payé par les 
investisseurs pour acquérir des OAT émises et la valeur nominale 
de celles-ci quand le coupon est plus élevé que les taux de 
marché - lors de ses adjudications mensuelles, soit l'équivalent 
d'un peu plus d'un point de PIB. 
    Ce gain a servi à réduire la dette à court terme de la 
France, plus sensible à une remontée des taux, mais son impact 
sera annulé dans la durée par le versement de coupons plus chers 
(jusqu'à 6% pour une souche 2025 abondée en février 2015 avec un 
taux de 0,62% à l'émission). 
     
    2016 SERA MOINS FASTE 
    "Le gouvernement maintient artificiellement le niveau de la 
dette en jouant sur les primes d'émission", a déclaré Gilles 
Carré, le Canard Enchaîné parlant de son côté de "manip 
comptable pour camoufler le gonflement de la dette". 
    La Cour des Comptes a parlé pour sa part d'un résultat 
obtenu par une "inflexion" de la politique d'émission, ce que 
conteste l'AFT en indiquant que celle-ci n'a pas changé depuis 
le début de la crise en 2007-2008. 
    La part des souches anciennes dans les émissions mensuelles 
de l'AFT a représenté 33% en 2015 alors qu'elle se situait 
autour de 10% en 2007. Elle est montée jusqu'à 40% en 2011. 
    Le montant record des primes d'émission enregistrée l'an 
passé, le plus haut précédent - 9,6 milliards - remontant à 
2012, s'explique pour l'essentiel par la baisse des taux.  
    Pour 2016, elles atteignent déjà 8 milliards d'euros mais le 
total sera plus faible qu'en 2015 à la fin de l'année "parce que 
la dynamique de baisse des taux est moins forte", prédit l'AFT. 
    L'Agence souligne que l'abondement plus fréquent des souches 
anciennes d'OAT s'est imposé depuis la crise face à une demande 
plus versatile des marchés dans un contexte où la capacité des 
banques à porter des titres sur leur bilan n'est plus la même. 
    L'impératif de la liquidité des titres émis est plus 
pressant encore depuis la mise en oeuvre du programme de rachat 
de dettes de la BCE qui, soucieuse d'éviter les distorsions, 
"intervient sur un maximum de points de la courbe" dans la 
limite expresse de 25% de l'encours de chaque souche. 
    Le rachat, à des prix nettement supérieurs au pair, 
d'obligations à coupon élevé lui permet aussi d'atteindre plus 
facilement ses objectifs en valeur, fait-on valoir à l'AFT. 
    La France n'a pas été le seul pays à en profiter l'an passé, 
le montant des primes d'émission atteignant 1,2 point de PIB en 
Espagne et 0,9 au Royaume-Uni, selon l'AFT. 
     "Avec des taux négatifs sur la zone 0-7 ans, on ne peut pas 
ne pas générer de primes d'émission", résume Anthony Requin.   
 
 (Yann Le Guernigou, édité par Marc Joanny) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • bsdm il y a 6 mois

    le résultat est de transférer sur les années futures une partie de la charge de la dette en la faisant comptablement moins augmenter dans les années de gestion socialiste :cela s'appelle de la cavalerie et de la dissimulation de dette

Partenaires Taux