France-L'affaire Baupin libère la parole sur le harcèlement

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    * Un appel d'élus dans Libération 
    * Une ex-ministre révèle un cas de 1979 
    * Pas d'omerta, selon Christian Jacob 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 10 mai (Reuters) - Les témoignages mettant en cause 
le député écologiste Denis Baupin, accusé de harcèlement sexuel, 
ont suscité depuis lundi des appels à briser la loi du silence 
qui règnerait, à ce sujet, dans un monde politique français 
encore très masculin. 
    Cinq ans après le début du feuilleton Dominique 
Strauss-Kahn, certaines élues voient dans cette nouvelle affaire 
le révélateur de pratiques qu'elles présentent comme courantes 
et une occasion de libérer la parole des femmes. 
    Avant les révélations de Mediapart et de France Inter, 
jamais des élues ou des collaboratrices n'avaient dénoncé ainsi 
à visage découvert un responsable politique, en l'occurrence le 
député de Paris Denis Baupin. 
    Elles l'accusent d'avoir eu des gestes pouvant s'apparenter 
à des agressions et d'avoir envoyé des dizaines de messages 
d'incitation sexuelle voire, pour l'une d'elles, de l'avoir 
menacée de mesures de rétorsion. 
    Les faits rapportés, que conteste l'ex-vice président de 
l'Assemblée nationale, remontent toutefois à plusieurs années.  
    Ce long silence a conduit certains responsables politiques à 
poser la question de la possibilité offertes aux femmes de 
s'exprimer et de trouver auprès de leurs collègues une écoute. 
    Ancienne secrétaire d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et 
épouse de Denis Baupin, Emmanuelle Cosse a dit elle-même n'avoir 
rien su jusque-là et découvert lundi les soupçons pesant sur son 
mari.   
    "C'est révélateur de la difficulté de parler et de l'omerta 
dans laquelle baigne ce genre de sujet", a réagi mardi la 
députée Les Républicains Nathalie Kosciusko-Morizet.   
    "C'est révélateur de tout un ensemble de structures mentales 
assez sexistes qui permettent ça", a ajouté la candidate à la 
primaire de droite en vue de la présidentielle de 2017, selon 
qui "le sexisme" et "la parole dégradante" ne sont pas rares.  
    "Quand vous faites de la politique, vous finissez par vous 
habiller de manière très sobre sinon vous vous trouvez 
perpétuellement confrontée à des commentaires", a-t-elle 
poursuivi sur BFM TV. 
     
    DEMANDE D'EXCUSES 
    Il y a un an, une quarantaine de femmes journalistes 
publiaient pourtant dans Libération une tribune dans laquelle 
elles disaient subir régulièrement les remarques déplacées et 
sexistes de leurs interlocuteurs. Mais sans donner de nom. 
    Mardi, le même journal met en Une un appel qui lui fait 
écho, signé par des "élues, militantes et responsables de tous 
bords" demandant la fin du silence et de l'impunité protégeant 
d'après eux les agresseurs. 
    "Pour que la culpabilité change de camp, il faut parler", 
selon les signataires, parmi lesquels les anciennes ministres 
UMP (droite) Chantal Jouanno et Roselyne Bachelot ou les 
écologistes Cécile Duflot et Julien Bayou. 
    La socialiste Delphine Batho est allée jusqu'à demander des 
excuses au ministre des Finances, Michel Sapin, récemment mis en 
cause dans un ouvrage pour avoir, selon ses auteurs, eu un 
comportement inconvenant en présence d'une journaliste - 
allégations auxquelles il a apporté un "démenti catégorique".    
    "Aucun comportement de maltraitance à l'égard des femmes, 
qu'elles soient femmes politiques, femmes journalistes, qu'elles 
soient caissières de supermarché, qu'elles soient simples 
ouvrières, n'est acceptable", a jugé l'ancienne ministre. 
    Les révélations de Mediapart et France Inter ont par 
ailleurs incité une élue des Yvelines, Aurore Bergé, à rendre 
compte des remarques sexistes entendues lundi soir, en plein 
scandale Denis Baupin, lors d'une réunion de conseillers locaux. 
    L'affaire en cours a également réveillé les souvenirs de 
Monique Pelletier, ministre déléguée à la Condition féminine 
sous le gouvernement de Raymond Barre, qui a révélé mardi avoir 
été agressée en 1979 par un sénateur. 
    "Honte à moi de mon silence", a-t-elle écrit sur Twitter. 
    Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à 
l'Assemblée nationale, a toutefois estimé mardi que ce genre de 
pratique n'avait, à sa connaissance, pas cours dans sa famille 
politique. 
    "L'omerta, ce n'est pas dans la classe politique. C'est chez 
les Verts", a-t-il dit sur Europe 1.    
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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