France-Juppé veut rassembler contre les surenchères

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    * Juppé se pose en candidat du rassemblement 
    * Il se donne pour objectif l'identité heureuse 
    * Il assure ne pas être en campagne contre Nicolas Sarkozy 
    * Il propose un accord solennel avec l'islam de France 
 
    par Ingrid Melander 
    CHATOU, Yvelines, 27 août (Reuters) - Alain Juppé s'est posé 
samedi en candidat du "rassemblement" qui refuse 
"d'instrumentaliser les peurs", prenant clairement le 
contre-pied de Nicolas Sarkozy, son principal rival dans la 
course à l'investiture de la droite.  
    Lors de son premier meeting de campagne, l'ancien Premier 
ministre, qui caracole toujours en tête des sondages pour la 
primaire des 20 et 27 novembre, a toutefois exclu de faire 
campagne contre les autres candidats, assurant que ses seuls 
adversaires étaient le Front national et le Parti socialiste. 
    "Je refuserai toujours d'instrumentaliser les peurs, de 
flatter les bas instincts", a déclaré Alain Juppé devant environ 
1.500 militants rassemblés sur l'île des Impressionnistes, à 
Chatou, dans les Yvelines. 
    "Le chemin sur lequel je veux vous conduire (...) c'est 
d'abord celui du rassemblement. C'est, j'en suis convaincu, la 
bonne réponse aux inquiétudes des Français", a-t-il ajouté.  
    "Rassembler plutôt que chercher à cliver, rassembler plutôt 
que de vouloir exclure ou stigmatiser, rassembler plutôt que 
d'exciter les surenchères : c'est, depuis toujours, conforme à 
mes convictions et à mon tempérament", a-t-il poursuivi, 
promettant une campagne "de vérité, de sobriété, d'espérance". 
     
    "MA CAMPAGNE, ET PAS CELLE D'UN AUTRE" 
    Nicolas Sarkozy, qui a officialisé sa candidature lundi, 
s'est de son côté engagé cette semaine à ne pas être le candidat 
"de l'eau tiède" et "des demi-solutions", plaçant la sécurité et 
l'identité au coeur de sa campagne.  ID:nL8N1B65F0  
    Dénonçant "la brutalité de ses propositions", le Premier 
ministre socialiste, Manuel Valls, a dit craindre qu'il 
"embarque" vers l'extrême droite le reste de la droite 
républicaine, "y compris Alain Juppé". 
    "Je ne vais pas commencer à jouer un rôle, je vais 
poursuivre la campagne que j'ai entamée il y a deux ans", a 
rétorqué samedi le favori des sondages à droite. "Ma campagne. 
et pas celle d'un autre", a-t-il ajouté. 
    Et de revendiquer une fois de plus son objectif "d'identité 
heureuse", moqué par certains sarkozystes qui lui reprochent sa 
présumée naïveté.  
    "Ne vous laissez pas abattre par le défaitisme des prophètes 
de malheur", a-t-il ainsi lancé à l'adresse des jeunes. "Soyez 
les pionniers d'une France qui va, je persiste et je signe, 
retrouver le chemin d'une identité heureuse", a-t-il ajouté. 
    Malgré un contraste assumé avec la tonalité du discours de 
Nicolas Sarkozy, et plusieurs références à certaines de ses 
propositions qu'il désapprouve, Alain Juppé, assailli de 
questions sur son principal compétiteur, a assuré ne pas être en 
campagne contre l'ex-chef de l'Etat.  
    Réaffirmant sa filiation gaulliste, l'ex-Premier ministre de 
71 ans, qui promet de ne faire qu'un seul mandat, a décliné son 
programme pendant près d'une heure, en s'abstenant de prononcer 
le nom de Nicolas Sarkozy. 
     
    ACCORD SOLENNEL AVEC LE CULTE MUSULMAN 
    Entre autres mesures, Alain Juppé a proposé de conditionner 
le regroupement familial à l'exercice d'un emploi, et non de le 
suspendre comme le suggère Nicolas Sarkozy, ou encore 
d'instaurer des quotas d'immigration par pays et par 
compétences.  
    Sans jamais faire explicitement référence à la polémique sur 
le "burkini", ce vêtement de bain couvrant qui divise la classe 
politique, il a proposé un accord solennel entre la République 
et les représentants du culte musulman, avec l'adhésion à une 
charte de la laïcité reprenant notamment le principe de 
l'égalité hommes-femmes.  
    Avec qui l'Etat signera-t-il cet accord, alors que le 
Conseil français du culte musulman n'est pas toujours considéré 
comme représentatif? "C'est le défi que doivent relever les 
Français musulmans pratiquants", a-t-il dit. "Se doter d'une 
organisation qui leur permette de dialoguer valablement et 
collectivement avec les pouvoirs publics." 
    Dans l'assistance, les propos d'Alain Juppé ont trouvé un 
écho parmi des militants qui disaient apprécier son sérieux et 
sa rigueur. "C'est quelqu'un que j'estime, quelqu'un qui a une 
certaine noblesse, pas comme d'autres candidats", a dit à 
Reuters Robert Tondre, 66 ans.  
    "Nicolas Sarkozy a eu sa chance, il a fait beaucoup de 
promesses qu'il n'a pas tenues. Alain Juppé me paraît plus 
sérieux", a renchéri Sarah Odoul, 28 ans.  
    A trois mois de la primaire à droite, Alain Juppé, porté par 
des sondages favorables, veut croire en ses chances de gagner. 
"Il va falloir se remuer", a-t-il toutefois lancé à ses 
supporteurs. "Il faut désormais nous lancer à corps perdu dans 
la compétition." 
 
 (avec Chine Labbé à Paris) 
 
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