France-Juppé et Sarkozy s'affrontent sur la parade face au FN

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    * Vifs échanges lors du second débat de la primaire 
    * Sarkozy, sur le gril, réplique à ses ex-ministres 
    * François Bayrou au coeur des divergences 
    * Juppé met en garde contre le menace du FN face aux 
divisions 
 
    par Sophie Louet et Simon Carraud 
    PARIS, 4 novembre (Reuters) - Le duel entre Alain Juppé et 
Nicolas Sarkozy pour l'investiture présidentielle à droite a 
dominé jeudi soir le second débat de la primaire, malgré les 
escarmouches des candidats de la nouvelle génération, les deux 
hommes s'affrontant sur la stratégie électorale face à la menace 
du Front national. 
    Face aux divisions qui ont resurgi lors des échanges, 
notamment sur le rôle du centriste François Bayrou dans une 
éventuelle alternance, le maire de Bordeaux, favori des 
sondages, a prôné à l'inverse de son rival le plus large 
rassemblement, jusqu'aux "déçus du hollandisme", jugeant 
"suicidaire" d'envisager une majorité monolithique.   
    A 17 jours du premier tour, les sept prétendants se sont 
livrés à un exercice plus vif et plus mordant, où les joutes ont 
succédé aux monologues didactiques du premier débat sans 
fondamentalement modifier le rapport de forces. 
    Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, lequel dispute 
à François Fillon la place de "troisième homme", ont tenté de 
ravir à Jean-François Copé le rôle d'aiguillon qu'il avait tenu 
aux dépens de Nicolas Sarkozy le 13 octobre en taraudant pour 
l'une l'ancien président et pour l'autre les deux favoris. 
    Alain Juppé et François Fillon, d'une austère réserve pour 
défendre son programme face aux chicayas "politiciennes", se 
sont gardés de rejoindre la mêlée, alors que Nicolas Sarkozy, 
sourire impavide, était contraint de riposter aux mises en cause 
de ses anciens alliés qui lui imputent la défaite de 2012. 
    Réaffirmant avoir "appris" de ses échecs, il a fait valoir 
son expérience de la fonction "très violente" de président. "Je 
n'aurai pas besoin de période probatoire", a-t-il souligné. 
    Nathalie Kosciusko-Morizet, 43 ans, son ancienne ministre de 
l'Ecologie et porte-parole lors de la campagne de 2012, l'a 
bousculé sans retenue, lui reprochant d'"enterrer" le Grenelle 
de l'environnement ou lui rappelant sans le nommer la 
fréquentation du sulfureux conseiller Patrick Buisson. 
    "Tu as été une très bonne porte-parole", lui a répondu 
Nicolas Sarkozy qui, comme le 13 octobre, a renvoyé au rang de 
subalternes "NKM", Bruno Le Maire ou Jean-François Copé. 
"Justement, j'ai vu de près et maintenant je suis candidate 
contre toi", a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet. 
    "Je ne suis pas candidat pour prendre une revanche sur qui 
que ce soit ou rajouter un dernier titre à une longue carrière 
ministérielle ou politique", a dit pour sa part Bruno Le Maire,  
47 ans, qui s'est montré plus incisif après être "passé à côté" 
du premier débat de son propre aveu. 
     
    PIQUE SUR L'ÂGE DE JUPPÉ 
    L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui n'a eu de cesse de 
renvoyer les duellistes aux annales de la Ve République, a 
plaidé pour une présidence "honnête", rappelant qu'Alain Juppé 
avait promis de "se consacrer entièrement" à Bordeaux et 
l'ancien président "de ne pas se représenter s'il était battu". 
    "Commence d'abord par essayer d'être élu", a asséné Nicolas 
Sarkozy. 
    Le candidat du "renouveau" s'est en outre étonné de la 
proposition "très singulière" d'un mandat unique du maire de 
Bordeaux et de Nicolas Sarkozy, qui pour la première fois s'est 
engagé ouvertement en ce sens pour glisser une pique à son 
rival, 71 ans, sur son âge : "J'aurai 67 ans à la fin de ce 
second mandat, si par hypothèse les Français me le confiaient, 
ce sera le temps de remercier la France". 
    La confrontation entre les deux hommes -- policée au début, 
voire même complice dans l'évocation de leurs efforts 
diplomatiques passés pour marquer l'inexpérience présumée de 
leurs adversaires -- s'est envenimée lorsque le "cas" Bayrou a 
été soulevé.   
    Nicolas Sarkozy, qui pense tenir là la faille de son rival, 
a de nouveau lancé une mise en garde contre "une alternance de 
compromis" au service d'une "identité heureuse", à laquelle il a 
redit ne pas croire.  
    Le maire de Bordeaux, qui a assuré face aux "mensonges" 
n'avoir rien promis au président du MoDem, a jugé "suicidaire" 
la tactique de Nicolas Sarkozy, qui revient selon lui à "offrir 
sur un plateau à Mme (Marine) Le Pen la première place au 
premier tour de l'élection présidentielle" de 2017. 
    Il a brandi la menace d'un second tour Hollande-Le Pen en 
2017 "si nous faisons les imbéciles et si nous ne réalisons pas 
une large union de la droite et des centres".  
    Nathalie Kosciusko-Morizet, pugnace jusqu'au bout, a dénoncé 
les dangers de la "droitisation". "On a eu le burkini, les 
Gaulois, on nous fait le coup de l'invasion centriste", a-t-elle 
déploré. 
    "Je n'accepterai jamais que Mme Le Pen s'installe dans le 
fauteuil du président de la République (...), puisse même 
l'envisager", a répondu Nicolas Sarkozy. 
    De retour auprès de ses partisans dans un bar parisien, 
Alain Juppé a lâché : "Je vous le dis à l'oreille, on va 
gagner". 
 
 
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