France-Gauche et droite jaugent les termes d'un rapprochement

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    * 68% des Français pour transcender les clivages 
    * Valls veut une coopération gauche-droite 
    * Des "sarkozystes" pour un recentrage 
    * Moscovici évoque l'hypothèse d'une coalition 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 16 décembre (Reuters) - La recomposition politique 
que les Français appellent de leurs voeux après les soubresauts 
des élections régionales trouve un écho favorable à gauche, où 
Manuel Valls veut travailler avec l'opposition, et à droite, où 
des sarkozystes historiques comme Christian Estrosi prônent une 
"cohésion solide" avec le centre. 
    Près de sept Français sur dix (68%) souhaitent un 
rapprochement entre la gauche, la droite et le centre pour 
formuler des propositions communes, contre 31% qui estiment que 
les partis "perdraient leur identité", selon un sondage Odoxa 
réalisé après la percée du Front national aux régionales. 
    Alain Juppé, qui oppose sa ligne centriste à la stratégie 
"droitière" de Nicolas Sarkozy, reste en tête du palmarès Ifop 
des personnalités préférées des Français en décembre (68%) 
devant François Bayrou (60%), lui-même avocat du rassemblement. 
    La tripolarisation qui caractérise désormais le paysage 
politique français change la donne, à droite et à gauche, pour 
la présidentielle de 2017. 
    "Si la situation politique l'exigeait, une coalition large 
ne doit pas selon moi être exclue par principe en France", 
déclare même dans Les Echos le commissaire européen Pierre 
Moscovici, ancien ministre de l'Economie de François Hollande. 
    "Tous les raisonnements d'avant les régionales tombent. Si 
les électeurs avaient adopté la ligne du 'ni ni' (ni 
désistement, ni fusion des listes pour contrer le FN-NDLR), 
Xavier Bertrand et moi-même n'aurions pas été élus", renchérit 
dans Paris Match Christian Estrosi, élu à la tête de la région 
Provence-Alpes-Côte d'Azur avec des voix de gauche face au FN. 
     
    "DÉCANTATION" 
    L'analyse détonne de la part de ce proche de Nicolas 
Sarkozy, figure de la droite dure, qui n'avait pas exclu une 
entente avec Jean-Marie le Pen en PACA lors du scrutin de 1998. 
    "La droite modérée et le centre doivent se rassembler", 
estime le député-maire de Nice. 
    Comme Christian Estrosi, Xavier Bertrand, élu en 
Nord-Pas-de-Calais-Picardie face à Marine Le Pen grâce à un 
"front républicain" socialiste, plaide pour une gestion 
transpartisane face à la désormais seule opposition régionale -- 
le FN. 
    "On a l'impression qu'il y a une partie de la droite qui est 
en train de se libérer du surmoi extrémiste et du surmoi 
sarkozyste", a réagi mercredi Jean-Marie Le Guen, secrétaire 
d'Etat aux Relations avec le parlement. 
    "Je pense aussi qu'il y a une décantation à faire chez des 
responsables de gauche, qui n'arrêtent pas de projeter une image 
de la société française qui n'est pas la réalité", a-t-il ajouté 
sur Radio classique. 
    Pour Manuel Valls, qui milite de longue date pour un 
rapprochement avec le centre, "il faut que chacun réfléchisse à 
la manière dont la droite et la gauche peuvent se parler". 
    Le Premier ministre regrette l'occasion manquée de 2012, 
quand le PS a refusé de tendre la main au président du MoDem, 
François Bayrou, qui avait voté François Hollande au second tour 
de la présidentielle. "Nous n'en avons pas tiré les 
conséquences, hélas", regrette-t-on dans son entourage. 
    "Le Premier ministre est bien conscient des limites de 
l'exercice dans une année qui va être marquée à droite par la 
primaire et par l'élection présidentielle", ajoute-t-on. 
    En pratique, Manuel Valls s'est dit "ouvert" mardi à 
l'Assemblée aux propositions de la droite sur l'emploi et 
prendra une initiative en janvier avec les présidents de région 
pour voir "comment on peut travailler ensemble sur les questions 
de formation, d'apprentissage, de jeunesse de développement 
économique...", indique-t-on dans son entourage. 
     
    "EXPLORER DES ALLIANCES NOUVELLES" 
    L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, représentant 
de l'aile modérée des Républicains, a plaidé dès dimanche soir 
pour un pacte républicain. 
    "Il ne s'agit pas de faire un gouvernement d'union 
nationale, LR et le PS sont définitivement rivaux. Mais si l'on 
veut éviter que le FN soit la clé de l'élection de 2017, il faut 
engager de manière prioritaire une action contre le chômage, 
première source du vote FN", dit-il mercredi dans Le Monde. 
    Dans Le Parisien, mercredi, François Bayrou, qui réclame     
un rapprochement des centristes de LR, de l'UDI et du MoDem,  
juge nécessaire d'"explorer des voies et des alliances nouvelles 
qui entraînent des actes et plus seulement des intentions". 
    "François Hollande a désormais le choix entre 
(Jean-Christophe) Cambadélis qui appelle à un coup de barre à 
gauche et...70% des Français qui veulent un travail commun", 
dit-il. 
    Le premier secrétaire du Parti socialiste a ravivé mardi 
l'idée d'une "alliance populaire" transcendant les clivages dans 
la majorité  , au moment où l'ancienne ministre 
écologiste Cécile Duflot plaide pour un "bloc majoritaire de 
transformation" rassemblant PS, écologistes et communistes. 
 
 (avec Jean-Baptiste Vey et Simon Carraud, édité par Yves 
Clarisse) 
 
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