France-Erdogan appelle les Turcs à voter "contre le terrorisme"

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par Gilbert Reilhac STRASBOURG, 4 octobre (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté dimanche les Turcs de l'étranger à voter "contre le terrorisme" et implicitement en faveur de son propre parti, l'AKP, aux élections législatives du 1er novembre. Chauffées pendant trois heures par les harangues et les chants patriotiques ou à la gloire d'Erdogan, plus de 10.000 personnes venues principalement de France et d'Allemagne, ont accueilli à Strasbourg le leader islamo-conservateur en agitant une mer de drapeaux rouges marqués du croissant et de l'étoile, la bannière nationale. Cette "rencontre citoyenne", intitulée "Des millions de voix unies contre le terrorisme", était organisée au zénith par une "Union des Organisations non gouvernementales (turques) d'Europe", le président de la République étant supposé, de par la Constitution, ne pas s'immiscer dans le processus électoral. "Je vous demande d'aller nombreux aux urnes, le 1er novembre. C'est à vous d'éradiquer le terrorisme le 1er novembre", a déclaré Recep Tayyip Erdogan. Le président turc avait auparavant fait comprendre qui étaient selon lui "les terroristes", "ces gens qui menacent notre pays avec des armes, avec des bombes", qui ont "rompu le lien avec leur pays" et font "des attentats contre l'unité du pays". La trêve qui perdurait depuis deux ans et demi entre les forces turques et les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a volé en éclats en juillet dernier, chaque partie rejetant sur l'autre la responsabilité de la reprise des hostilités. L'AKP, Parti de la justice et du développement, a fait du combat contre le terrorisme son principal cheval de bataille pour reconquérir la majorité absolue qu'il a perdue lors des législatives du 7 juin dernier. MANIFESTATION D'OPPOSANTS À L'AKP Le scrutin a privé Recep Tayyip Erdogan de la capacité de réformer la Constitution pour faire passer la Turquie d'un régime parlementaire à un régime présidentiel. Dans son programme pour les prochaines législatives, publié dimanche en Turquie, l'AKP promet toutefois de mener à bien cette réforme. Il propose en outre de porter le salaire minimum à 1.300 livres (387 euros), de relever le montant des retraites et d'alléger la fiscalité des petites entreprises. Le revers électoral du parti islamo-conservateur s'explique principalement par la percée du HDP, formation historiquement pro-kurde que le gouvernement accuse d'avoir des liens avec le PKK. Le président Erdogan a appelé dimanche les cinq millions de Turcs vivant dans différents pays européens, dont 650.000 en France, à voter contre "l'instabilité" qui a empêché la formation d'un gouvernement et conduit à de nouvelles élections. "L'organisation terroriste voulait depuis longtemps se servir de cette insécurité", a-t-il expliqué, avant de vanter le développement connu par la Turquie depuis son arrivée au pouvoir, en 2003, d'abord comme Premier ministre puis, à partir de 2014, comme président. Quelques 1.500 opposants à l'AKP, dont des Kurdes, ont manifesté en milieu de journée au centre de Strasbourg avec des slogans tels que "Erdogan assassin" et "Tu ne seras pas le Sultan". "Normalement, un président devrait rester neutre par rapport au processus électoral. Malheureusement, Erdogan agit comme président de l'AKP", a dit à Reuters Fayik Yagizay, représentant du HDP auprès des institutions européennes. "Tous ses efforts visent à nous faire passer sous le seuil des 10%", a-t-il ajouté, ce qui suffirait d'après lui au parti majoritaire pour récupérer les 80 parlementaires acquis par son parti. (édité par Chine Labbé)

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