France-Emmanuel Macron "prend la mer", cap sur 2017

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    * Macron veut prendre des risques mais reste ambigu 
    * Sapin dit regretter son départ de Bercy 
    * Le gouvernement tente d'atténuer le choc de son départ 
 
    PARIS, 31 août (Reuters) - Emmanuel Macron sera candidat à 
l'élection présidentielle de 2017 s'il rencontre un "écho" au 
sein de la population française au cours des prochaines 
semaines, a déclaré mercredi le maire socialiste de Lyon, Gérard 
Collomb, proche de l'ex-ministre. 
    Le ministre de l'Economie démissionnaire, qui a lancé son 
propre mouvement, "En Marche !" et quitté le gouvernement mardi, 
entretient depuis des mois l'ambiguïté sur ses intentions. 
    "Je suis convaincu que les choix que j'ai pu faire, les 
circonstances que nous vivons aujourd'hui, imposent aussi de 
prendre des risques et (...) de prendre la mer", s'est-il borné 
à dire lors de la passation de pouvoir avec Michel Sapin, qui 
reprend son portefeuille en plus de celui des Finances. 
    Emmanuel Macron, qui aime citer les classiques, a recouru à 
Marcel Pagnol et Antoine de Saint-Exupéry pour justifier un 
départ qui accentue l'isolement de son mentor le chef de l'Etat, 
François Hollande, à huit mois de l'élection.   
    De l'auteur de "Fanny", il a retenu l'idée que "si vous 
voulez aller en mer sans aucun risque de chavirer, alors 
n'achetez pas un bateau, achetez une île". 
    "Bercy est une île formidable (...) mais je me devais de 
prendre la mer dans une embarcation résolument plus frêle mais 
avec un cap et une volonté de prendre ce risque", a-t-il dit. 
    De l'auteur de "Vol de nuit", il a retenu l'idée que "dans 
la vie, il n'y a pas de solution, il y a des forces en marche, 
il faut les créer et les solutions suivent". 
    Après les remerciements d'usage, Emmanuel Macron a adressé 
un message politique à l'administration qu'il laisse aux mains 
de Michel Sapin, homme de confiance de François Hollande. 
    "Gardez cette loyauté des services (...) qui est le ciment 
de cette administration", a-t-il déclaré. "Et en même temps, 
conservez l'indispensable insolence, la volonté de toujours 
proposer, le goût irréductible pour la liberté des idées." 
     
    "PAS D'ACTION SANS CONFLIT" 
    Une insolence et une liberté qui avait fini par agacer, chez 
Emmanuel Macron, nombre de ses collègues du gouvernement, dont 
le Premier ministre, Manuel Valls, et le chef de l'Etat. 
    Dans sa réponse, Michel Sapin s'est employé à démentir les 
rumeurs faisant état de relations tendues avec l'ex-ministre, 
dont il a salué le talent et regretté le départ, mais a laissé 
échapper des indices de ce qu'ont pu être leurs relations. 
    "Je veux dire combien ton travail (...) au-delà de tes 
engagements, au-delà de ta fougue à parler de tous les sujets, 
dans tous les domaines (...) a été un travail profondément 
utile", a-t-il déclaré. Un travail qui a aussi été "parfois 
conflictuel" car "il n'y a pas d'action sans conflit". 
    Désormais libre de sa parole, Emmanuel Macron présentera le 
20 septembre un bilan de la France, avant la parution en octobre 
d'un livre et l'annonce de ses propositions, a déclaré Gérard 
Collomb sur BFM TV et RMC. "Emmanuel Macron sera candidat si 
jamais il rencontre un écho dans les Français", a-t-il ajouté.  
    Selon lui, une cinquantaine de parlementaires de gauche 
soutiennent déjà l'ex-ministre, qui a promis mardi de "tout 
faire" pour transformer la France dès 2017, et des élus de 
droite s'apprêteraient à se déclarer. 
    "Vous allez être surpris par les noms qui vont apparaître", 
a souligné le maire de Lyon.  
    Le président de l'Union des démocrates et indépendants 
(UDI), Jean-Christophe Lagarde, a pour sa part déjà tendu la 
main mercredi à l'ex-banquier d'affaires, jugeant que son parti 
avait "vocation" à parler avec lui. 
     
    HOLLANDE "DÉÇU" 
    "(Emmanuel) Macron, comme nous, veut une recomposition 
politique", dit-il dans Le Parisien. "Il est au centre gauche, 
nous au centre droit, nous avons vocation à nous parler (...) 
Nous en discuterons avec lui et avec nos amis." 
    Du côté du gouvernement, des ministres ont tenté de 
minimiser le choc du départ d'un des rares membres de l'équipe 
gouvernementale pouvant se vanter d'une certaine popularité. 
    Selon le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, 
François Hollande a été "déçu" par la décision de son ministre.  
    "Ce n'est pas un coup dur, au fond. Il y a des moments 
difficiles en politique. Mais il y a aussi des déceptions 
humaines. Ça se surmonte", a-t-il dit sur Europe 1. 
    Mais pour lui, il ne fait pas de doute que l'ancien protégé 
de François Hollande "veut être candidat" : "Je ne suis pas 
naïf, je sais très bien vers quoi conduit ce processus." 
    Sur RTL, la ministre de l'Education nationale, Najat 
Vallaud-Belkacem, s'est dite "dubitative" : "Avoir suffisamment 
de certitude pour s'imaginer plus utile hors de l'exercice des 
responsabilités, je trouve que c'est gonflé." 
    Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, 
Bruno Le Roux, a pour sa part estimé que le pays avait "besoin 
de cohésion, pas d'un nouveau candidat, pas d'un nouveau parti, 
pas d'une confusion supplémentaire". 
    Selon Gérard Collomb, Emmanuel Macron avait pris sa décision 
avant l'été et devait initialement démissionner après le meeting 
d'"En Marche !" à la Mutualité, le 12 juillet, mais son départ a 
été repoussé en raison de l'attaque du 14 juillet à Nice. 
 
 (Chine Labbé et Myriam Rivet, édité par Emmanuel Jarry) 
 
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