France-Echanges de piques au procès civil de Jérôme Kerviel

le
0
    * 4,9 milliards d'euros en jeu à Versailles 
    * La responsabilité de la Société générale en question 
    * Une bataille de procédures entre avocats 
 
    VERSAILLES, Yvelines, 15 juin (Reuters) - Le procès civil de 
Jérôme Kerviel s'est ouvert mercredi à la cour d'appel de 
Versailles sur une nouvelle bataille procédurale, qui a parfois 
tourné à l'échange de piques entre les avocats de l'ex-trader et 
ceux de la Société générale.  
    Les deux parties ont attendu l'après-midi pour entrer dans 
le vif du sujet, à savoir les responsabilités éventuelles des 
uns et des autres dans la perte de 4,9 milliards d'euros subie 
par la banque  SOGN.PA  en 2008. 
    Auparavant, David Koubbi, qui mène la défense de Jérôme 
Kerviel, a demandé à entendre comme témoins trois des quatre 
avocats assis face à lui, un statut qui les aurait contraints de 
quitter la salle en attendant d'être appelés à la barre. 
    L'avocat de la Société générale Jean Veil a répliqué en 
accusant son confrère de pratiquer l'intimidation et menacé de 
déposer une plainte contre lui. Avant d'invoquer le secret 
professionnel pour rejeter cette demande. 
    Dans les échanges parfois vifs qui ont suivi, on a entendu 
un autre avocat de la Société générale, Jean Reinhart, demander 
à David Koubbi de se taire et promettre à son tour d'engager des 
poursuites. 
    Le président Patrick Wyon a finalement pris acte du refus 
des trois avocats de la banque et les débats ont ensuite porté 
sur l'opportunité d'écouter l'intégralité de l'enregistrement 
clandestin d'une ancienne magistrate du parquet de Paris, dans 
lequel celle-ci met en cause sa hiérarchie et la banque. 
    Déplorant la tournure des débats, l'avocat général a 
plusieurs fois pris la parole pour tenter de revenir au fond de 
cette affaire, vieille de huit ans. 
    "Il est temps d'avancer et de régler cette question", a-t-il 
dit. 
    Voilà toute la question soumise à la cour d'appel de 
Versailles: dans quelle mesure la banque est-elle, ou non, 
responsable du trou géant dans ses comptes ? Autrement dit, 
doit-elle régler au moins une partie de la note ? 
     
    AFFAIRE À TIROIRS 
    Jérôme Kerviel soutient que la banque avait connaissance de 
ses prises de risque sur les marchés - plusieurs dizaines de 
milliards d'euros - et les a couvertes pour finalement le 
présenter à l'opinion publique comme un coupable idéal. 
    La défense du géant bancaire affirme au contraire que les 
mécanismes de contrôle ont peut-être été pris en défaut mais que 
son ex-employé a agi seul, au mépris de toutes les règles, et 
doit donc en assumer les conséquences. 
    En première instance puis en appel, l'ancien opérateur de 
marché a été condamné à cinq ans de prison dont trois fermes et 
à verser à la Société Générale l'équivalent de la totalité des 
pertes en guise de dommages-intérêts. 
    La Cour de cassation a confirmé en 2014 le volet pénal - la 
peine de prison - mais rejeté la somme demandée par la Société 
Générale, en lui reprochant d'avoir failli dans ses mécanismes 
de contrôle. D'où le procès de Versailles. 
    Le Conseil des prud'hommes de Paris a condamné la semaine 
dernière la Société générale à verser plus de 450.000 euros à 
son ex-courtier, licencié d'après lui "sans cause réelle ni 
sérieuse". 
    En janvier, le site Mediapart et le journal 20 Minutes ont 
publié l'enregistrement clandestin des propos de l'ancienne 
magistrate du parquet de Paris qui a suivi l'affaire Kerviel. 
    Selon des extraits de retranscriptions que David Koubbi a 
versés mercredi au dossier, Chantal de Leiris affirme que la 
Société générale connaissait les agissements de son ex-trader et 
qu'elle a "manipulé" l'enquête. 
    Se fondant sur des faits qu'elle présente comme nouveaux, la 
défense de Jérôme Kerviel réclame, dans une procédure distincte, 
une reprise du procès à zéro - la Cour de révision a décidé en 
mars dernier de reporter sa décision sur la question. 
 
 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 

Valeur associée
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant