France-Deux policiers devant la justice, dix ans après Clichy

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par Pierre-Henri Allain RENNES, 16 mars (Reuters) - Le procès des deux policiers accusés de non-assistance à personne en danger après la mort accidentelle de deux adolescents à Clichy-sous-bois en 2005, qui avait embrasé les banlieues françaises, a débuté lundi à Rennes. "Nous n'allons pas faire le procès de la police nationale dans son ensemble, ni des émeutes, ni des interventions politiques des uns et des autres", a déclaré le président du tribunal correctionnel de Rennes, Nicolas Léger. Avant l'audience, prévue pour durer une semaine, certains proches des victimes ont exprimé leur attente. "Dix ans après, on a besoin de savoir ce qui s'est passé, d'écouter les policiers. On n'a pas oublié, la peine est toujours là", a déclaré à Reuters Mariam Cissé, cousine de Bouna Traoré, l'une des victimes. Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, avaient péri électrocutés et leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, avait été grièvement blessé le 27 octobre 2005 dans un transformateur où ils s'étaient réfugiés après avoir été poursuivis par la police. Cette dernière avait été dans un premier temps blanchie par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Trois semaines de violences avaient suivi dans les banlieues, avec un bilan de 300 bâtiments et 10.000 véhicules incendiés, 130 policiers et émeutiers blessés, ce qui avait mené à l'instauration de l'état d'urgence pour la première fois depuis la guerre d'Algérie. "Ce n'est pas le procès de la police en général, l'Inspection générale des services a fait un travail remarquable. Ce que cherchent les familles, c'est la vérité, la responsabilité. Elles ont toujours fait confiance à la loi", a dit Me Jean-Pierre Mignard, avocat des familles. MARATHON JUDICIAIRE Il a toutefois estimé qu'il y avait des "éléments accablants" dans le dossier", évoquant le message radio d'un policier faisant état du danger encouru par les adolescents réfugiés dans un transformateur d'EDF. Les enregistrements des conversations de policiers, saisis pendant l'enquête, font apparaître une phrase prononcée à la radio par un troisième homme : "En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau." A la barre, témoins et membres des familles sont venus dresser des portraits élogieux des deux victimes. L'un des policiers, 41 ans, qui se trouvait sur le terrain au moment des faits, est décrit par ses collègues comme un fonctionnaire "motivé et sérieux". Les deux prévenus, qui se voient reprocher de n'avoir pas tenté de porter assistance aux adolescents en appelant les secours encourent une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. L'avocat des prévenus, Me Daniel Merchat, qui plaidera la relaxe, assure que "les éléments constitutifs de l'infraction ne sont pas réunis". Ce procès intervient après un long marathon judiciaire et le renvoi de l'affaire devant un tribunal décidé en 2013 par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes, malgré l'opposition du parquet qui demandait un non-lieu. (Edité par Yves Clarisse, édité par Yves Clarisse)

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