France-Des organisations veulent la levée de l'état d'urgence

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    * Une centaine d'organisations dénoncent des dérives 
    * Des syndicalistes et des écologistes sont ciblés 
    * Les mêmes mesures possibles dans un cadre judiciaire 
 
    par Gérard Bon 
    PARIS, 17 décembre (Reuters) - Une centaine d'organisations 
ont réclamé jeudi la levée immédiate de l'état d'urgence 
instauré par le gouvernement après les attentats du 13 novembre, 
jugeant que ce régime d'exception entraîne des dérives sans 
répondre à la menace terroriste. 
    La Ligue des droits de l'homme (LDH), la CGT, et le Syndicat 
de la magistrature (SM), notamment, dénoncent un "détournement" 
du dispositif qui viserait aussi des personnes sans lien avec le 
terrorisme, syndicalistes ou écologistes. 
    "L'état d'urgence doit cesser alors qu'on nous parle de 
reconduction et même de l'inscrire dans la Constitution", a 
déclaré Françoise Dumont, la présidente de la LDH, lors d'une 
conférence de presse.  
    "Pour nous, ce sont les libertés qui garantissent la 
sécurité et non l'inverse", a-t-elle ajouté.   
    Des responsables politiques, syndicaux et associatifs 
critiquent la logique et la portée des perquisitions 
administratives, sous le contrôle d'un préfet, ainsi que des 
assignations à résidence prononcées. 
    Seules deux enquêtes préliminaires en lien avec le 
djihadisme ont été ouvertes jusqu'à présent sur le fondement de 
ces perquisitions, a-t-on appris de source judiciaire. 
    Au total, 354 personnes ont été assignées à résidence depuis 
la mise en place de l'état d'urgence, selon une synthèse publiée 
vendredi dernier sur le site de l'Assemblée nationale. 
    La commission des Lois de l'Assemblée nationale, qui a 
décidé d'exercer un contrôle de l'état d'urgence, a estimé 
mercredi que "des interrogations manifestes" existaient sur la 
justification de certaines mesures individuelles ou générales, 
comme les interdictions de manifester. 
     
    "CLIMAT DE DÉLATION" 
    Au nom de la CGT, Céline Verzeletti a souligné que des 
rassemblements syndicaux avaient été interdits et que des 
militants qui y avaient participé avaient été condamnés. 
    "Dans les entreprises, nous avons noté un climat de 
suspicion et de délation", a-t-elle ajouté. 
    La présidente du SM, Laurence Blisson, a dénoncé "les 
illusions de l'état d'urgence", jugeant que les perquisitions de 
nuit et le placement de suspects sous contrôle judiciaire 
étaient "parfaitement possibles dans le cadre judiciaire". 
    "Ce qui est dangereux, c'est de confier des pouvoirs 
exorbitants au ministre de l'Intérieur et aux préfets dans un 
cadre flou, qui se base sur la suspicion", a-t-elle dit. 
    Le Conseil d'Etat saisi par des écologistes a décidé le 11 
décembre de transmettre au Conseil constitutionnel une question 
prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la conformité de 
l'assignation à résidence à la Loi fondamentale. 
    Il a ainsi contredit les tribunaux administratifs qui 
avaient rejeté les référés libertés des plaignants.  
    Le Conseil constitutionnel a annoncé jeudi après l'examen du 
texte qu'il rendrait sa décision le 22 décembre.   
    Laurence Blisson a toutefois déploré que dans le même arrêt, 
le Conseil d'Etat ait accepté que l'état d'urgence "puisse être 
déconnecté du terrorisme" en visant par exemple des écologistes 
et admis qu'on puisse baser la suspicion sur des notes blanches, 
non signées et non siglées. 
    "Cette logique d'un principe de précaution est extrêmement 
préoccupante", a-t-elle dit. 
 
 (Edité par Sophie Louet) 
 
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