France-Décision vendredi sur la vidéosurveillance d'Abdeslam

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    * Abdeslam n'a plus de vie privée, déplore son avocat 
    * Il réclame une loi, et la suspension de la 
vidéosurveillance 
    * Le tribunal se prononcera vendredi 
 
    VERSAILLES, Yvelines, 13 juillet (Reuters) - L'avocat de 
Salah Abdeslam a exhorté mercredi la justice française à faire 
"respecter" la vie privée de son client, en ordonnant la 
suspension de sa vidéosurveillance en prison, opérée selon lui 
en dehors d'un cadre légal satisfaisant. 
    Le tribunal administratif de Versailles, qui examinait un 
référé-liberté déposé par ce suspect-clé des attentats du 13 
novembre 2015, rendra sa décision vendredi.  
    "Depuis qu'il a été remis par la Belgique, Salah Abdeslam 
n'a plus de vie privée, il a une vie publique", a déploré son 
avocat Me Frank Berton à l'audience. 
    Et de rappeler que des détails sur son quotidien en 
détention - de son brossage de dents au nombre de djellabas en 
sa possession - ont été révélés par voie de presse, début 
juillet, après une visite à Fleury-Mérogis (Essonne) d'un député 
Les Républicains.  
    "Je ne suis pas là pour vous demander la liberté de Salah 
Abdeslam, il ne sortira jamais de prison", a poursuivi Frank 
Berton. "Je suis là pour vous demander le respect de sa vie 
privée." 
    Le représentant du ministère de la Justice a demandé le 
rejet de sa requête, estimant notamment qu'elle n'avait aucun 
caractère d'urgence exceptionnelle.  
    Salah Abdeslam est placé à l'isolement, sous 
vidéosurveillance permanente, dans la prison de Fleury-Mérogis 
(Essonne), où il est incarcéré depuis le 27 avril.  
    Ce système vise, d'après le gouvernement, à prévenir tout 
risque de suicide ou d'évasion. "On le surveille pour l'amener 
vivant à son procès dans quelques années", dit Frank Berton. 
    Mais ce faisant, "on le rend dingue, on l'isole", 
ajoute-t-il, récusant par ailleurs tout risque d'évasion de 
cette aile très sécurisée de la prison. 
    Devant le tribunal, l'avocat a par ailleurs contesté le 
régime juridique qui encadre la vidéosurveillance, un arrêté 
pris par le ministre de la Justice le 9 juin, après avis de la 
Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).  
    "Il n'y a pas de loi qui autorise ce système", a-t-il 
souligné. 
     
    VERS UNE NOUVELLE LOI ? 
    Le ministre de a Justice, Jean-Jacques Urvoas, a déjà 
prévenu qu'il présenterait un projet de loi permettant cette 
vidéosurveillance si le tribunal administratif donnait raison à 
Salah Abdeslam et ordonnait sa suspension.  ID:nL8N19Z18H  
    "Je ne demande pas autre chose qu'une loi", a réagi Me Frank 
Berton. "Au moins pour faire taire tous ceux qui disent qu'on 
peut faire tout et n'importe quoi." 
    La vidéosurveillance opérée dans la cellule de Salah 
Abdeslam fonctionne 24 heures sur 24. Elle "permet un contrôle 
en temps réel de l'intéressé", mais "un pare-vue fixé dans la 
cellule garantit l'intimité de la personne tout en permettant la 
restitution d'images opacifiées", précise l'arrêté du 
gouvernement.  
    Deux caméras sont placées dans sa cellule et d'autres dans 
les cours de promenade qu'il fréquente, a précisé mercredi le 
sous-directeur des affaires juridiques, Fabrice Verrièle.  
    Le 20 mai dernier, Salah Abdeslam avait refusé de s'exprimer 
devant les juges, en se plaignant d'être "épié 24h sur 24". 
    "Il n'arrête pas de dire à tout le monde qu'il ne veut plus 
de caméras dans sa cellule", a insisté mercredi le défenseur. 
"C'est son acrimonie la pire." 
    Le 29 juin, le député Les Républicains Thierry Solère a pu 
visionner, lors d'une visite à Fleury-Mérogis, certaines images 
de sa vidéosurveillance.  
    Des détails sur ses conditions de détention ont alors été 
relayés dans la presse, notamment concernant une cellule 
transformée en "salle de sport" pour son usage exclusif.  
    "Il est loisible de baptiser ainsi un espace de huit mètres 
carré, où le lit a été remplacé par un rameur, et de présenter 
cela comme un avantage", a répliqué le ministre de la Justice 
dans un courrier daté du 5 juillet.  
    L'organisation d'un espace de sport réservé a été décidée 
pour éviter qu'il entre en relation avec d'autres détenus, 
expliquait-il encore, précisant que quatre cellules proches de 
la sienne avaient été "neutralisées" à cette fin.  
    Salah Abdeslam n'est jamais allé dans cette salle de sport, 
a fait savoir mercredi Frank Berton. 
 
 (Chine Labbé, édité par Emmanuel Jarry) 
 
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