France-Cahuzac fixé sur son sort le 8 décembre

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    * Ses avocats demandent une "juste peine" 
    * La prison ferme, une "absurdité" selon Jean Veil 
    * Ils défendent la thèse rocardienne 
 
 (Actualisé avec plaidoiries de la défense) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 15 septembre (Reuters) - La défense de Jérôme Cahuzac 
a appelé jeudi le tribunal à prononcer une "juste" peine envers 
l'ex-ministre du Budget, un homme "fini", marqué du sceau 
"indélébile" de la "trahison" après les révélations sur son 
compte caché à l'étranger. 
    Le jugement sera rendu le 8 décembre prochain.  
    Jugé pour fraude fiscale, blanchiment et fausse déclaration 
de patrimoine, Jérôme Cahuzac a reconnu depuis 10 jours la 
"vérité accablante" sur son compte, mais réfuté l'idée d'un 
"système organisé", préférant parler de "fuite en avant".  
    "Est-il audacieux de dire qu'il a beaucoup payé? Est-il 
téméraire de dire qu'il a perdu tout ce qui faisait sa vie (...) 
même ses idéaux?" a lancé l'un de ses avocats, Me Jean-Alain 
Michel. "Reste la honte et la marque indélébile de la trahison." 
    Ce proche du ministre déchu, au coeur du plus grand scandale 
de la présidence de François Hollande, a tenté de mettre en 
lumière jeudi "l'autre Jérôme Cahuzac", celui qui a "travaillé 
pour le bien commun", a été "adoré par ses électeurs" et a, lui 
aussi, été "trahi" par son comportement délictueux. 
    Il a appelé le tribunal à prononcer à son endroit une "juste 
peine" : "celle qui n'accable pas plus que nécessaire un homme 
fini, cassé, fracassé (...) celle qui autorise un avenir, si 
difficile soit-il. "Et d'évoquer la possibilité que le 
chirurgien de formation, en larmes pendant cette plaidoirie, 
reprenne un cabinet médical en Corse. 
    Fustigeant la "trahison" d'un homme qui a "flétri l'honneur" 
de la France, le Parquet national financier (PNF) a requis 
mercredi sa condamnation à trois ans de prison ferme et une 
peine d'inéligibilité de cinq ans.   
    Une sanction "absurde", pour Me Jean Veil, son second 
avocat. "Au fond, c'est un banni, c'est un exilé de force, on 
n'en veut plus dans notre collectivité (...) Pour autant, est-ce 
que c'est fait pour ça la prison?" s'est-il interrogé. 
     
    LA THÈSE ROCARDIENNE VALIDÉE 
    Au premier jour de son procès, à la stupéfaction générale, 
le ministre déchu a assuré que son premier compte en Suisse 
avait vocation à financer de manière occulte le courant 
rocardien, en 1992-1993. Une thèse qui n'a pas convaincu le 
Parquet national financier, qui a souligné qu'il n'avait livré 
aucun nom ni élément permettant de la "corroborer."  
    Ces "révélations" ont par ailleurs suscité une autre 
interrogation : pourquoi ne pas avoir en parlé plus tôt, et 
ainsi évité d'"indirectement charger" un mort ?  
    Pour Jean Veil, la réponse est simple : il aurait été 
"indécent" de provoquer une confrontation avec l'ancien Premier 
ministre dans le bureau des juges d'instruction, alors même 
qu'il ignorait tout de ce présumé financement occulte. 
    "Il n'a pas cherché à s'exonérer de sa responsabilité en 
disant cela", a-t-il assuré jeudi.  
    Pour sa défense, l'historique du compte n'est toutefois pas 
anodin. "Ça explique le départ", a dit Me Veil. "Un verrou a 
sauté", a renchéri Me Michel.  
    Puis c'est l'engrenage, expliqué par la "peur" et 
l'incapacité à renoncer à un certain train de vie : un second 
compte en Suisse, transféré vers Singapour via des sociétés 
offshore, le dépôt de chèques sur le compte de sa mère, et la 
"spirale" du mensonge, jusque devant l'Assemblée nationale. 
    Aux côtés de Jérôme Cahuzac, sa femme, Patricia, avec qui il 
est en procédure de divorce, cache aussi des sommes, plus 
conséquentes. Sur l'Ile de Man d'abord, puis en Suisse, sur fond 
de brouille avec son mari : fin 2013, son compte est crédité de 
2,7 millions d'euros.  
    "Aujourd'hui, je suis plus que jamais consciente des fautes 
que j'ai commises", a déclaré jeudi celle dont le parquet a 
requis la condamnation à deux ans de prison ferme. "Troisième 
personnage du couple", sa fraude n'a jamais été structurée ni 
organisée, a assuré son avocat.  
    La banque suisse Reyl & Cie, son directeur et un avocat 
ayant organisé le transfert des avoirs de Jérôme Cahuzac vers 
Singapour étaient également poursuivis dans ce dossier. Ils ont 
plaidé l'incompétence du tribunal parisien dans des opérations 
ayant eu lieu hors de France, et réfuté tout blanchiment, 
opposant "confidentialité" à "opacité". 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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