France-Aubry veut une réorientation de la politique économique

le
0

* Aubry dénonce une politique contraire à la croissance * Elle apporte son soutien aux frondeurs du PS * La maire de Lille stigmatise les réformes envisagées PARIS, 18 octobre (Reuters) - Martine Aubry réclame une réorientation de la politique économique de la France dans un sens plus favorable à la croissance, ce qui passe selon elle par un soutien au pouvoir d'achat des ménages et des aides aux entreprises réservées uniquement à celles qui investissent. Dans une interview au Journal du Dimanche, la maire socialiste de Lille se livre à une critique en règle des réformes engagées par le gouvernement et apporte son soutien aux "frondeurs" du Parti socialiste, qui comptent dans leurs rangs plusieurs de ses proches. "La politique menée depuis deux ans en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance", dit-elle, "les déficits ne se sont pas résorbés et le chômage augmente". "Je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance. Je demande qu'on réoriente la politique économique", ajoute-t-elle en évoquant sa contribution aux états généraux lancés par le Parti socialiste. Selon l'ancienne ministre du Travail, la raison profonde du malaise des Français est l'absence de cap. "On ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière, on doit donner la destination du voyage", déclare-t-elle. Elle reproche à François Hollande, dont elle ne cite jamais le nom, sa politique de l'offre, qui repose sur des baisses de charges et de fiscalité des entreprises, alors qu'il faut aussi à ses yeux soutenir la demande, celle des ménages et des collectivités locales. Elle propose ainsi de cibler les aides uniquement sur les entreprises exposées à la concurrence internationale ou qui investissent et embauchent, ce qui doit permettre de libérer 20 milliards d'euros sur les 41 milliards prévus par le Pacte de responsabilité. VIEILLES RECETTES LIBÉRALES Ce montant servirait à soutenir l'investissement des collectivités locales, menacé par la baisse programmée des dotations de l'Etat, et le pouvoir d'achat des ménages. Pour cela, Martine Aubry propose d'agir sur les loyers avec la loi Duflot sur l'immobilier, que le gouvernement de Manuel Valls a entrepris d'édulcorer, la politique familiale, et des tarifs pour l'eau et l'énergie plus faibles pour les besoins essentiels. Elle juge encore nécessaire de créer davantage d'emplois aidés en attendant le retour de la croissance. La fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG permettrait aussi de distribuer du pouvoir d'achat aux plus modestes, en l'accompagnant d'un prélèvement à la source qui "permettrait d'éviter de se retrouver dans la difficulté quand votre revenu baisse brutalement." A l'inverse, la maire de Lille n'a pas de mots assez durs pour dénoncer les dernières réformes envisagées par le gouvernement. Croire qu'il y a un gisement d'emplois dans l'extension du travail dominical "est un mirage". "Le pouvoir d'achat ne va pas s'accroître par miracle parce que l'on consomme un jour de plus", dit-elle, et toute réforme en ce sens se ferait "au détriment du petit commerce (...) et donc, in fine, aussi de l'emploi." Elle s'oppose de même à toute modification des règles de l'assurance chômage, un autre thème évoqué ces derniers jours par le gouvernement, "au moment où il y a tant de chômeurs". "Pour moi, la réforme doit être synonyme de progrès. Il faut en finir avec les vieilles recettes libérales", conclut-elle. A la question de savoir quel rôle elle entend jouer dans la seconde moitié du quinquennat de François Hollande, elle répond : "Je suis candidate... au débat d'idées." (Yann Le Guernigou, édité par Tangi Salaün)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux