France-Amnesty s'inquiète de la réponse sécuritaire

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    PARIS, 24 février (Reuters) - Amnesty International s'alarme 
mercredi des atteintes aux droits fondamentaux dans de nombreux 
pays, dont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au nom 
d'une nécessaire riposte à la menace d'attentats sur leur sol. 
    Dans son rapport annuel, l'organisation estime que de 
nombreux gouvernements "se sont fourvoyés dans leur réponse aux 
menaces sécuritaires pesant sur les Nations". 
    "Ils ont étouffé la société civile, s'en sont pris au droit 
au respect de la vie privée et au droit à la liberté 
d'expression, et ont cherché carrément à rendre les droits 
humains indésirables, en les présentant comme contraires à la 
sécurité nationale, à l'ordre public et aux 'valeurs 
nationales'", déclare son secrétaire général Sali Shetty. 
    Parmi les pays ayant porté des "coups aux droits humains", 
l'ONG cite la France, qui a musclé à plusieurs reprises son 
arsenal législatif après les attentats de janvier et de novembre 
2015, qui ont fait au total 147 morts. 
    Amnesty International égrène les mesures visant à compléter 
la législation anti-terroriste mise en place depuis 2012 et la 
loi visant à prolonger de 3 mois, à partir du 26 février, l'état 
d'urgence décrété au lendemain des attentats du 13 novembre.  
    Celui-ci prévoit des mesures s'écartant du régime judiciaire 
ordinaire "avec des perquisitions à domicile sans mandat, des 
assignations à résidence, et le pouvoir de dissoudre des 
associations ou groupements vaguement décrits comme participant 
à des actes portant atteinte à l'ordre public", rappelle-t-elle. 
    Amnesty International avait appelé en vain, début février, 
le gouvernement français à renoncer à la prolongation de l'état 
d'urgence, dont l'ONG juge l'impact disproportionné et dont la 
mise en oeuvre a donné lieu, selon elle, à des "dérives". 
    "On entend que les droits pourraient être une menace pour la 
sécurité. C'est une tendance dangereuse", a déclaré mardi 
Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France, 
lors d'une conférence de presse. 
    Elle a insisté sur le caractère "trop vague, sur la base de 
suspicions" des critères retenus pour certaines mesures, comme 
le fait pour une personne d'être en voie de radicalisation. 
    L'ONG cite le cas du décret du 5 février 2015 réglementant 
le blocage administratif des sites internet, notamment ceux 
accusés d'incitation ou d'apologie du terrorisme. 
    Elle souligne que 700 personnes environ ont fait l'objet de 
poursuites pour ces chefs en vertu d'une nouvelle disposition 
qui avait été introduite dans la loi antiterroriste de 2014.    
    "Compte tenu de la définition très vague de cette 
infraction, les autorités ont souvent poursuivi des personnes 
pour des déclarations qui ne constituaient pas des incitations à 
la violence et relevaient de l'exercice légitime de la liberté 
d'expression", estime l'ONG. 
 
 (Gérard Bon, édité par Yves Clarisse) 
 
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