France-Altéo confiant malgré la polémique sur les boues rouges

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    * Un différend entre Ségolène Royal et Manuel Valls 
    * Altéo dit avoir cessé ses rejets de boues rouges 
    * 20 millions de tonnes de boues rouges déversées depuis 
1966 
 
    par Jean-François Rosnoblet 
    GARDANNE, Bouches-du-Rhône, 12 septembre (Reuters) - Pointé 
du doigt pour avoir déversé pendant des années des boues rouges 
dans la Méditerranée, le groupe Altéo s'est déclaré lundi 
confiant dans sa capacité à respecter d'ici 2021 les normes 
environnementales pour le rejet de ses effluents, objet d'une 
récente polémique entre Manuel Valls et Ségolène Royal. 
   La direction ne s'inquiète pas davantage de la 
restructuration du groupe qui pourrait se séparer d'ici la fin 
de l'année de trois sites de production d'alumine, en France et 
en Allemagne, pour ne conserver que l'usine de Gardanne. 
    Le site des Bouches-du-Rhône, qui représente 440 emplois 
directs et 300 indirects, a obtenu en décembre 2015 
l'autorisation de poursuivre le rejet en mer des effluents 
liquides, au coeur du Parc national des Calanques.  
    "L'objectif est d'épurer encore les effluents pour les 
rendre compatibles avec les seuils demandés pour 2021", a dit à 
la presse le directeur des opérations du site, Eric Duchenne. 
    Il a présenté lundi un pilote industriel pour améliorer la 
qualité des effluents, le second en six mois, une recherche pour 
un coût estimé à 500.000 euros pour 2016.  
    "On a une responsabilité, on fait ce qu'on peut pour réduire 
notre impact environnement, même si on aimerait parfois aller 
plus vite", a-t-il indiqué.  
    Selon l'industriel, une nouvelle station de traitement des 
eaux a déjà permis depuis novembre de cesser définitivement le 
rejet de boues rouges en mer. 
    Altéo a par ailleurs lancé au début de l'été une campagne de 
suivi des rejets pour "répondre aux interrogations sur l'impact 
écologique et sanitaire" de ses rejets liquides. Une étude que 
le groupe dit financer à hauteur de 1,5 million d'euros. 
    Lors de la Commission de suivi de site (CSS), qui doit tenir 
le 26 septembre à Marseille sa troisième réunion pour évaluer 
l'impact de l'usine d'alumine, l'industriel devra présenter une 
feuille de route sur les solutions envisagées pour atteindre les 
objectifs de 2021, mais aussi détailler les financements 
nécessaires à sa mise en oeuvre. 
         
    CHANTAGE A L'EMPLOI ? 
    Or le fonds d'investissement américain HIG, propriétaire 
d'Altéo depuis 2012, envisage de céder au groupe industriel 
français Imerys trois de ses quatre unités de production 
d'alumine, une annonce qui renforce l'inquiétude dans l'ancienne 
ville minière de 20.000 habitants. 
    "Tout le monde a des craintes, mais c'est vrai que 
l'industrie du bassin a déjà été durement touchée", a dit à 
Reuters le maire communiste de la ville depuis 1977, Roger Méï. 
    La vente des sites de Beyrède (Hautes-Pyrénées), de La 
Bâthie (Savoie) et de Teutschenthal en Allemagne pourrait être 
effective d'ici la fin de l'année, Altéo ne conservant que le 
site de Gardanne. 
    "Cela n'aura qu'un impact très limité sur l'usine. On 
travaille énormément sur la partie environnement mais on 
recentre aussi notre activité sur l'alumine de spécialité qui 
est un pôle de croissance stratégique, notamment sur les marchés 
asiatiques", souligne Eric Duchenne. 
        
    DIVERGENCES AU GOUVERNEMENT 
    La vente de ses filiales par Altéo est pourtant un nouveau 
signal négatif pour les détracteurs du groupe qui accusent 
l'industriel de se livrer à un "chantage à l'emploi" pour 
pouvoir poursuivre ses rejets liquides. 
    "Le chantage à l'emploi est illusoire", dénonce Europe 
Ecologie-Les Verts (EELV) dans un communiqué. "Le gouvernement 
se montre encore une fois bien trop sensible aux arguments des 
industriels et incapable de privilégier la santé publique et 
l'intérêt général". 
    La polémique divise jusque dans les rangs du gouvernement où 
la ministre de l'Environnement Ségolène Royal a exprimé des 
divergences avec le Premier ministre.   
    La ministre a publiquement désapprouvé la décision du chef 
du gouvernement, prise fin 2015, de prolonger l'activité d'Altéo 
et, pour six ans, le rejet dans la mer d'effluents aqueux 
dépassant les seuils réglementaires. Une décision confortée fin 
février par le tribunal administratif de Marseille. 
    Dans un communiqué, Manuel Valls rappelle que l'autorisation 
d'exploitation a été accordée à Altéo "à l'issue d'un programme 
d'investissement engagé par l'entreprise pour un montant de 30 
millions d'euros qui a permis de diminuer massivement la teneur 
des rejets." 
    L'usine d'alumine bénéficiait depuis 1966 du droit de 
rejeter les résidus solides du traitement de la bauxite à une 
profondeur de 320 mètres dans un canyon marin au coeur du parc 
national. Quelque 20 millions de tonnes de boues rouges ont 
depuis été déversées sur plus de 2.000 km2 de fonds marins. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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