France-Ajaccio reste sous tension après deux jours d'incidents

le
0
    * Le préfet a pris un arrêté d'interdiction de manifester 
    * Les "Jardins de l'Empereur" sous surveillance policière 
    * Deux enquêtes ouvertes 
 
    AJACCIO-PARIS, 27 décembre (Reuters) - Les forces de l'ordre 
restaient mobilisées dimanche à Ajaccio où les manifestations 
sont désormais interdites dans un quartier populaire de la ville 
à la suite de deux journées de tensions consécutives à 
l'agression de deux pompiers et d'un policier. 
    Le préfet de Corse a annoncé samedi soir avoir pris un 
arrêté pour interdire les rassemblements dans le périmètre des 
Jardins de l'Empereur, une cité des hauteurs d'Ajaccio où les 
violences sont survenues. 
    A la suite du "guet-apens", selon la préfecture, dont ont 
été victimes des pompiers et policiers intervenus durant le 
réveillon de Noël pour un incendie allumé à dessein dans ce 
quartier, des manifestants ont saccagé dans la nuit de vendredi 
à samedi une salle de prière musulmane. 
    Lors de rassemblements sous tension vendredi et samedi, les 
manifestants ont scandé pour certains "Arabi fora!" ("Les Arabes 
dehors!") ou "On est chez nous!", encadrés par des gendarmes 
mobiles et des CRS. Des manifestants expliquaient vouloir 
identifier et retrouver les auteurs de l'agression. 
    Une délégation a été reçue samedi soir par le préfet de 
Corse, Christophe Mirmand. 
    "Nous, on a fait ce que l'on avait à faire dans les 
quartiers. Maintenant, on a donné le bébé au préfet. On attend 
les résultats. S'il n'y en a pas, on sera toujours là", a 
déclaré sur France 3 Corse l'un des membres de la délégation,  
Antoine Carlotti. 
     
    LA LDH INQUIÈTE 
    Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet d'Ajaccio, 
l'une pour identifier les agresseurs présumés des pompiers, 
l'autre pour identifier les auteurs des dégradations dans le 
quartier des Jardins de l'Empereur. 
    Christophe Mirmand a souhaité dimanche que l'arrêté 
préfectoral d'interdiction de manifester, pris dans le cadre du 
régime national de l'état d'urgence, soit "suivi d'effets".     
    "Je souhaite (...) qu'il n'y ait pas d'autres manifestations 
comme elles se sont déroulées dans les deux derniers jours parce 
que les propos qu'on y a entendus, (...) les menaces qui ont été 
proférées à l'encontre d'une partie de la population ne sont pas 
acceptables", a-t-il dit sur BFM TV. 
    "Il faut que la police nationale soit mobilisée sur ses 
missions. Celle d'assurer la tranquillité publique, dans ce 
quartier comme dans les autres quartiers d'Ajaccio, parce qu'il 
est important qu'elle puisse travailler normalement", a-t-il 
ajouté. 
    La Ligue des droits de l'Homme a exprimé samedi "sa 
solidarité envers les victimes de ces différentes agressions." 
    "Dans un cas comme dans l'autre, il revient à la justice 
d'établir la responsabilité de ceux qui ont commis ces actes", 
souligne-t-elle dans un communiqué. "La LDH veut également dire 
son inquiétude devant la répétition d'agitations à caractère 
raciste et xénophobe. Elle en appelle à la vigilance des forces 
démocratiques." 
     
    JACOB S'INTERROGE SUR LA "HIÉRARCHIE DES ORDRES" 
    Le nouveau président de l'Assemblée de Corse, le 
nationaliste Jean-Guy Talamoni, s'est alarmé dimanche sur BFM TV 
de la situation de quartiers "en déshérence" sur l'île, comme en 
métropole. 
    "C'est une évolution qui nous inquiète considérablement", 
a-t-il commenté. 
    La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a assuré 
samedi sur Twitter que "la lumière sera it  faite" sur 
l'ensemble des faits. "Les auteurs en répondront, ainsi sont nos 
règles de droit et de vie commune, partout", écrit-elle. 
    Le Premier ministre, Manuel Valls, et le ministre de 
l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, avaient dénoncé vendredi des 
faits "intolérables". 
    "Quand les citoyens ont le sentiment légitime que l'Etat ne 
fait plus régner l'ordre républicain, quand ils voient des 
pompiers et des policiers pris en embuscade dans un des 
innombrables ghettos que compte la France, il y a le risque 
évident qu'ils veuillent se faire justice eux-mêmes", a jugé 
pour sa part le Front national dans un communiqué. 
    Le chef de file des députés Les Républicains, Christian 
Jacob, a demandé dimanche au ministre de l'Intérieur de "faire 
la transparence sur la hiérarchie des ordres qui ont été donnés" 
lors des incidents. 
    "Qui a donné des instructions au préfet? A quel moment? De 
quelle façon se sont passées les choses?" s'est-il interrogé 
dans le cadre du "Grand Rendez-Vous" Europe 1-Le Monde-iTELE. 
    "En Corse, on est en République française, et à partir de 
là, les quartiers de non-droit ne doivent pas exister, et c'est 
l'autorité de l'Etat qui doit être réaffirmée le plus rapidement 
possible", a-t-il dit, regrettant que les forces de l'ordre ne 
soient pas intervenues "plus tôt". 
 
 (Sophie Louet avec Roger Nicoli à Ajaccio) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant