France-Abdeslam entendu pour la première fois par les juges

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    * Le premier d'une longue série d'interrogatoires 
    * Abdeslam devrait parler, selon son avocat 
    * Les parties civiles n'en attendent pas grand-chose 
    * Elles seront reçues par les juges fin mai 
 
 (Actualisé avec contexte, détails) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 20 mai (Reuters) - Salah Abdeslam, seul rescapé 
présumé du commando djihadiste qui a fait 130 morts à Paris et 
Saint-Denis le 13 novembre dernier, est arrivé vendredi matin au 
palais de justice de Paris, où il devait être interrogé pour la 
première fois par un juge. 
    Il a pour cela été extrait de la prison de Fleury-Mérogis 
(Essonne), où il est à l'isolement et sous surveillance vidéo 
depuis le 27 avril, et conduit au palais de justice dans un 
convoi sous haute surveillance policière. 
    Si Salah Abdeslam, 26 ans, coopère et répond aux questions 
du juge d'instruction - un seul doit a priori l'interroger sur 
les six en charge du dossier -, son interrogatoire, le premier 
d'une longue série, pourrait durer toute la journée, selon une 
source proche du dossier. 
    Son avocat français, Me Frank Berton, a fait savoir qu'il ne 
communiquerait "ni avant, ni pendant, ni après". 
    Lors de son premier passage devant les magistrats, qui s'est 
soldé, le 27 avril dernier, par sa mise en examen et son 
incarcération, Salah Abdeslam avait indiqué qu'il refusait de 
s'exprimer dans l'immédiat, invoquant les conditions "musclées" 
de son transfert depuis la Belgique. 
    Mais il avait aussi promis de s'expliquer ultérieurement. Et 
depuis, Frank Berton répète à l'envi que son client souhaite 
"collaborer" avec la justice. 
    "Les conditions de mon engagement dans ce dossier ont été 
claires : je ne défends pas quelqu'un qui se tait, parce qu'il 
n'y a pas de prise pour moi. Si l'accusé est muet, la justice le 
devient aussi. Et ça, ça ne m'intéresse pas", expliquait-il 
ainsi le 7 mai dans L'Obs.     
     
    PROBABLEMENT PAS DE RÉVÉLATIONS FRACASSANTES 
    Les magistrats attendent de Salah Abdeslam, considéré au 
minimum comme le logisticien des attaques revendiquées par 
l'Etat islamique, qu'il précise son rôle dans leur préparation 
et leur déroulement. Il est le seul suspect clé entre les mains 
de la justice française, qui a mis en examen deux autres 
personnes dans ce dossier, le "logeur" de Saint-Denis, et 
l'intermédiaire entre ce dernier et la cousine d'Abdelhamid 
Abaaoud, commanditaire présumé des attaques.  
    Mais les magistrats espèrent aussi obtenir des informations 
qui pourraient permettre d'éviter d'autres attentats en Europe. 
    Quant aux parties civiles - 1.001 à ce jour, à qui les juges 
rendront compte de la procédure les 24, 25 et 26 mai prochain -, 
elles n'osent pas trop attendre de ce rendez-vous. 
    "Son cheval de bataille, c'est de se faire passer pour un 
comparse qui s'est laissé embobiner", rappelle Me Gérard Chemla, 
qui représente entre 70 et 80 parties civiles. "Il ne sera 
jamais à la hauteur des attentes". 
    "Il ne faut pas se dire qu'il y aura des révélations 
fracassantes lors de ce premier interrogatoire", abonde son 
collègue Jean Reinhart, qui représente 75 parties civiles. "Mais 
on est partis pour quelques mois, voire quelques années. Il faut 
laisser les juges travailler et instaurer un climat dans lequel 
Monsieur Abdeslam parlera tranquillement, sereinement". 
     
    "PETIT CON" OU ORGANISATEUR ? 
    Le rôle exact de ce Français d'origine marocaine reste à 
définir. 
    "Petit con" à l'intelligence "d'un cendrier vide", selon son 
avocat belge Sven Mary, il semble vouloir minimiser sa 
responsabilité dans les attentats. Mais pour les enquêteurs, il 
serait plutôt la cheville ouvrière de leur organisation. 
    C'est lui qui a convoyé des assaillants à travers l'Europe 
avant les attaques. Lui qui a loué deux des trois véhicules 
utilisés par les djihadistes le soir du 13 novembre. Et lui 
encore qui a déposé trois kamikazes devant le Stade de France, 
souligne une source proche du dossier. 
    Les enquêteurs s'interrogent par ailleurs sur son rôle dans 
un possible attentat avorté dans le XVIIIe arrondissement de 
Paris, où une voiture a été retrouvée. Son téléphone portable a 
en effet été "accroché" par une borne téléphonique dans cet 
arrondissement après les attaques, avant d'être localisé près de 
Montrouge (Hauts-de-Seine), où une ceinture d'explosifs a été 
retrouvée. 
    Devant les enquêteurs belges, Salah Abdeslam a déclaré avoir 
voulu se faire exploser au Stade de France, avant de renoncer à 
ce projet, d'abandonner sa ceinture et de rejoindre la Belgique. 
    Dans L'Obs, Franck Berton dit lui avoir demandé de réfléchir 
à "cinq points" en amont de son premier interrogatoire sur le 
sol français : "le Bataclan, le Stade de France, la ceinture 
d'explosifs, la voiture laissée dans le 18e arrondissement et 
son passage à Montrouge". 
    Pour reconstituer le puzzle, les juges français ont aussi 
demandé à leurs homologues belges qu'ils leur remettent quatre 
personnes inculpées à Bruxelles.  
    Trois d'entre elles sont soupçonnés d'avoir aidé Salah 
Abdeslam dans sa fuite, une fuite qui dura près de quatre mois, 
et fit de lui l'homme le plus recherché d'Europe, avant son 
arrestation le 18 mars à Molenbeek, quatre jours avant les 
attentats de Bruxelles. 
 
 (avec Pierre Savary à Lille, édité par Yves Clarisse) 
 
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