France-A droite, la campagne se tend sous l'effet du "Brexit"

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    * Une majorité de Français pour un référendum sur l'UE 
    * Les concurrents à droite tentent de se différencier du FN 
    * Nicolas Sarkozy cible des critiques de ses rivaux 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 27 juin (Reuters) - Le débat sur l'Europe tourne à la 
bataille rangée entre les prétendants à la primaire 
présidentielle au sein de la droite française, qui multiplient 
les appels au référendum et les plaidoyers pour un nouveau 
traité. 
    Lancée le 9 mai par l'ancien ministre des Affaires 
européennes Bruno Le Maire, l'idée d'une consultation a été 
reprise par Alain Juppé, François Fillon et Nicolas Sarkozy 
après le "choc" du référendum sur le "Brexit" au Royaume-Uni 
alors qu'ils y étaient jusqu'alors réticents. 
    Les concurrents, qui s'affrontent moins sur le fond que sur 
les modalités de la procédure, se voient contraints de marquer 
leur différence avec le référendum sur un "Frexit" réclamé par 
le Front national, qui veut en faire un thème dominant de la 
campagne pour la présidentielle de 2017. 
    Selon un sondage OpinionWay diffusé lundi pour Etat d'esprit 
Stratis et Public Sénat, 52% des Français (contre 48%) sont 
favorables à l'organisation d'un référendum sur la sortie de la 
France de l'Union européenne. 
    Mais 53% se prononceraient pour le maintien de la France, 
contre 31% qui voteraient pour le "Frexit", 16% ne sachant pour 
quelle option voter.  
    "Organiser un référendum aujourd'hui en France serait 
totalement irresponsable", souligne Alain Juppé, favori des 
sondages pour 2017, dans un entretien publié lundi dans Le 
Monde. "En France, si on additionne les extrêmes, on pourrait 
avoir une majorité antieuropéenne." 
     
    "GIROUETTES" 
    Pour l'ancien chef de la diplomatie française, "si la France 
et l'Allemagne se mettent d'accord sur un accord de 
reconstruction de l'UE, et que des partenaires y sont associés, 
on pourra alors proposer aux peuples de l'approuver." 
    "Je ne suis pas contre un référendum - ce serait paradoxal 
pour un gaulliste - mais je pense qu'une telle consultation 
populaire se prépare." 
    L'avertissement vise en creux Nicolas Sarkozy, rival le plus 
sérieux d'Alain Juppé pour l'investiture ( ), 
fraîchement converti à l'hypothèse d'un référendum alors qu'il 
en écartait l'idée le mois dernier dans Le Monde au motif que 
les questions européennes "sont de la compétence de la 
représentation parlementaire".   
    L'ancien chef de l'Etat plaide pour un traité "d'ici la fin 
de l'année", un calendrier jugé irréaliste par ses rivaux.  
    "Il y a des moments historiques où les hommes d'Etat ne sont 
pas faits pour suivre l'opinion. Ils sont là pour la guider", 
réplique Alain Juppé. 
    François Fillon a visé directement le président des 
Républicains dimanche, lors du "Grand Rendez-vous" Europe 1-Le 
Monde-iTELE, en dénonçant les "girouettes" et les responsables 
politiques qui s'"agitent sur leurs chaises". 
    Jean-François Copé, qui manifeste sa singularité en se 
disant "résolument opposé et à l'idée d'un nouveau traité et à 
l'idée d'un référendum", a pour sa part rappelé lundi le 
précédent de 2005 où le vote contre le traité établissant une 
Constitution européenne a selon lui été "détourné". 
     
    "IRRESPONSABLE" 
    Une critique là encore adressée à Nicolas Sarkozy qui ne 
jugea pas nécessaire de convoquer un référendum après la 
reformulation des principaux éléments de la Constitution dans le 
traité de Lisbonne. 
    La charge la plus vive envers Nicolas Sarkozy est venue de 
Bruno Le Maire qui a estimé sur iTELE que plaider pour un traité 
d'ici la fin de l'année était "totalement irréaliste" et 
"irresponsable". 
    "C'est irresponsable parce que ça veut dire qu'on va bâcler 
le travail : vous ne pouvez pas entre juin 2016 et décembre 2016 
redéfinir l'orientation du premier continent en termes de 
puissance économique au monde", a-t-il dit. 
    "Cela prendra des années, pas mois. Et à la fin de ce 
processus, uniquement à la fin, quand nous aurons un nouveau 
traité qui relancera la construction européenne, à ce moment-là 
et seulement à ce moment-là, ce traité sera soumis par 
référendum au peuple français", a-t-il dit. 
    L'ancien ministre en a profité pour égratigner au passage la 
proposition d'Alain Juppé d'un référendum pluri-européen : 
"C'est une drôle d'idée de décider à la place des autres Etats 
européens." 
 
 (avec Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse) 
 
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