FRANCE 2017-Santé-Les candidats rivalisent sur les remboursements

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    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 21 février (Reuters) - Les principaux candidats à 
l'élection présidentielle rivalisent de propositions pour 
améliorer les remboursements de soins et comptent sur la 
prévention et une rationalisation du système de santé français 
pour réduire le déficit de la Sécurité sociale. 
    Une convergence qui colle aux souhaits des Français révélés 
par un sondage publié à l'occasion d'une audition de cinq 
candidats organisée mardi par la Mutualité Française. 
    Selon cette enquête, les Français font de l'accès aux soins 
pour tous et du financement de la protection sociale deux enjeux 
majeurs de la campagne présidentielle. 
    Plus de huit sur dix jugent que la réduction du déficit de 
la Sécurité sociale passe d'abord par l'amélioration du système 
de santé (89%), le contrôle des abus (88%) et la prévention 
(83%), non par des restrictions de remboursement (25% à 37%). 
    Le candidat de la droite, François Fillon, a définitivement 
enterré lundi l'idée, décriée jusque dans son camp, de centrer 
l'assurance maladie sur les affections graves et de laisser 
mutuelles et assurances privées couvrir "les petits risques". 
    "J'ai voulu placer la santé au coeur de mon projet. Ça m'a 
valu d'être caricaturé, d'être dénoncé comme le chantre de la 
privatisation de la Sécurité sociale et le faux nez des 
assureurs privés", s'est-il encore plaint lors de son audition. 
    Son projet révisé, également exposé dans Le Parisien 
( ), ressemble désormais sur nombre de points à celui 
d'Emmanuel Macron et sur d'autres aux propositions de la 
présidente du Front national, Marine Le Pen. 
    L'ex-ministre de l'Economie de François Hollande n'a 
d'ailleurs pas manqué d'ironiser : "Parfois on dit que vous 
n'avez pas de programme, mais on peut le recopier." 
     
    FILLON : 20 MILLIARDS D'EUROS D'ÉCONOMIES EN CINQ ANS 
    François Fillon veut ramener l'assurance maladie à 
l'équilibre d'ici à 2022 en faisant 20 milliards d'euros 
d'économies en cinq ans et en maintenant l'objectif annuel 
d'évolution des dépenses (Ondam) sous 2%. 
    Il mise notamment sur la chasse aux soins inutiles, au 
"recours excessif à l'hôpital", aux fraudes et abus, à la 
"bureaucratie excessive", notamment dans les établissements 
hospitaliers, ainsi que sur le développement du numérique. 
    Comme Marine Le Pen, il promet de supprimer l'aide médicale 
d'Etat (AME) "pour mettre fin à la pression de l'immigration 
irrégulière" sur le système de santé. 
    Il propose en revanche que l'Assurance maladie rembourse à 
100% le coût de "lunettes de qualité" pour les enfants. 
    Il vise un remboursement le "plus proche possible" de 100% 
d'ici 2022 pour les dépenses les plus coûteuses, dont l'optique, 
les prothèses dentaires et audio, les dépassements d'honoraire. 
    Cela suppose, a-t-il précisé, "un nouveau partenariat entre 
la Sécurité sociale et les complémentaires", sous la houlette 
d'une "Agence de garantie de la couverture solidaire", qui 
contrôlera l'évolution des cotisations des mutuelles. 
    Il promet en revanche d'abroger le tiers payant obligatoire 
et généralisé, mis en place pendant l'actuel quinquennat. 
    En matière de prévention, il promet un "grand plan santé à 
l'école" et une consultation approfondie et remboursée tous les 
deux ans pour tous les Français. 
    Contre les déserts médicaux, il propose de régionaliser le 
"numerus clausus" pour les études médicales, de développer les 
structures d'urgence pour les premiers soins, et d'inciter les 
médecins retraités à reprendre une activité à temps partiel.  
    Etablissements de santé privés et médecins libéraux auront 
pour leur part la possibilité d'exercer des missions de service 
public au sein de "groupements de santé de territoire". 
    L'entourage du candidat admet que la modernisation du 
système de santé aura un coût, qu'il ne chiffre pas. Il assure 
en revanche que rembourser à 100% les lunettes ne coûtera que 
"quelques centaines de millions d'euros" en plus. 
     
    MACRON : UN SERVICE SANITAIRE DE TROIS MOIS 
    Le candidat d'"En Marche !" propose de faire 15 milliards 
d'euros d'économies par rapport à la tendance spontanée de 
croissance des dépenses de santé pendant le quinquennat, tout en 
maintenant l'Ondam à 2,3% sur la période. 
    "On ne peut pas avoir un système de santé qui a une 
augmentation substantiellement et durablement supérieure à notre 
croissance", déclare-t-il, tout en assurant qu'"aucun soin utile 
ne doit être déremboursé", qu'il soit "petit ou gros". 
    Il mise sur la prévention, qu'il veut développer en jouant 
notamment sur la rémunération des professionnels de santé, dont 
les médecins libéraux.  
    Il propose aussi un "service sanitaire" de trois mois auquel 
seront astreints les 48.000 étudiants des professions de santé, 
pour faire du dépistage et de la prévention, en priorité dans 
les zones rurales et les quartiers difficiles. 
    Il souhaite plafonner à 50% la tarification à l'activité 
pour les hôpitaux, afin de permettre un financement équilibré 
"avec des rémunérations plus pertinentes". 
    Il s'engage par ailleurs à généraliser la vente des 
médicaments à l'unité, à développer la médecine ambulatoire 
"pour que les gens restent moins à l'hôpital" et à porter à 
2.000 le nombre de maisons de santé. 
    Il propose de revenir sur le tiers payant généralisé, pour 
le laisser "à la main des professionnels", afin de "permettre 
son augmentation régulière". 
    Il promet en revanche 100% de prise en charge des lunettes, 
des prothèses dentaires et audio à l'horizon 2022.  
    Une mesure assortie de la mise en concurrence des mutuelles 
et des assureurs d'une part, des fabricants d'autre part. 
    Emmanuel Macron propose enfin d'investir cinq milliards 
d'euros en cinq ans dans l'innovation technique médicale. 
     
    LE PEN : UNE NOUVELLE BRANCHE DE LA SÉCURITÉ SOCIALE 
    Marine Le Pen, qui n'a pas participé au débat organisé par 
la Mutualité française, propose de créer une nouvelle branche de 
la Sécurité sociale dédiée à la dépendance et plaide pour une 
prise en charge collective de son coût. 
    Pour assainir les finances du système de santé, la candidate 
du FN propose, outre la suppression de l'AME, de créer une 
nouvelle Carte vitale, biométrique et fusionnée avec la carte 
d'identité pour lutter contre la fraude. 
    Selon un document du FN, elle promet d'engager un "bras de 
fer avec l'industrie pharmaceutique pour faire baisser le prix 
des médicaments" tout en généralisant la vente à l'unité.  
    Elle s'engage à relever le numerus clausus, qui limite 
aujourd'hui l'accès aux études de santé, afin de remplacer les 
nombreux médecins partant à la retraite et d'éviter "le recours 
massif aux médecins étrangers", précise le document du FN. 
    Pour lutter contre les déserts médicaux, elle propose 
d'instaurer un stage d'internat dans les zones concernées, de 
maintenir "au maximum les hôpitaux de proximité" et d'augmenter 
les effectifs de la fonction publique hospitalière. 
     
    HAMON : PRIORITE A LA LUTTE CONTRE LES MALADIES CHRONIQUES 
    Le candidat socialiste, Benoît Hamon, veut donner la 
priorité à la lutte contre les maladies chroniques, dont 
souffrent selon lui 15 millions de personnes en France. 
    "Il s'agit de prendre le tournant de la santé 
environnementale", a-t-il expliqué. 
    Cela passe aussi, selon lui, par la lutte contre les 
addictions, notamment à l'alcool et au tabac, par un plan en 
faveur d'une alimentation équilibrée, par l'éradication des 
perturbateurs endocriniens, de la pollution aux particules 
fines, notamment des moteurs diesel. 
    Il propose le remboursement par la Sécurité sociale d'une 
activité physique adaptée pour tout patient souffrant d'une 
maladie chronique. 
    Il promet par ailleurs, pour faciliter l'accès aux soins des 
plus défavorisés, d'intégrer le régime de l'AME à la couverture 
maladie universelle et s'engage à faire en sorte que le prix des 
médicaments coûteux soit renégocié à la baisse. 
    Il souhaite enfin "faciliter la reconnaissance du burn out" 
en tant que maladie professionnelle et plaide pour une aide 
médicale à mourir dans la dignité en cas de maladie incurable. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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  • jpb222 il y a 12 mois

    Seul Dupont Aigna propose une revalorisation des actes medicaux ( C a 35 ..), tous les autre sont dans la continuité de la politique sanitaire actuelle qui est catastrophique ( Déserts medicaux , déconventionnement , expatriation , démissions , burn out , suicides des acteurs du soin ....)