FRANCE 2017-Les enjeux pour les candidats avant le premier tour

le
0
 (Pour l'agrégateur Reuters des sondages http://tmsnrt.rs) 
    PARIS, 21 avril (Reuters) - Au terme de la campagne la plus 
folle de la Ve République, perturbée ces derniers jours par la 
menace terroriste, onze candidats solliciteront les voix de 47 
millions d'électeurs français dimanche au premier tour de 
l'élection présidentielle,  mais seuls quatre ont une chance 
d'être finalistes le 7 mai. 
    L'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron et la 
présidente du Front national, Marine Le Pen, conservent un 
avantage dans les sondages sur leurs adversaires de droite, 
François Fillon, et de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. 
    Mais les marges d'erreur, le tassement des écarts et l'effet 
de la fusillade dans laquelle un policier a été tué jeudi soir à 
Paris, revendiquée par l'Etat islamique, rendent hasardeux tout 
pari sur les deux noms qui sortiront des urnes.  
    Cette incertitude affole les marchés et inquiète les 
partenaires de la France, qui redoutent l'arrivée au pouvoir en 
France d'un candidat populiste et anti-européen, 
d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, dans la foulée du Brexit 
au Royaume- Uni et de l'élection de Donald Trump aux 
Etats-Unis.  
    "Ce qui exacerbe l'incertitude, ce sont des conditions 
jamais vues en France", résume Frédéric Dabi, dirigeant de 
l'Ifop : un président sortant jetant l'éponge, deux générations 
de dirigeants balayées par les primaires (Manuel Valls, Nicolas 
Sarkozy, Alain Juppé), un candidat de droite mis en examen et un 
PS à la dérive faute de prétendants capable de le rassembler.  
    A contrario, deux candidats hors parti jouent un rôle de 
premier plan : Jean-Luc Mélenchon à la gauche de la gauche, et 
Emmanuel Macron, décidé à sortir du clivage droite-gauche. 
         
    EMMANUEL MACRON 
    L'homme que personne n'a vu venir, ex-protégé du président 
sortant François Hollande, paraît, si les sondages disent vrai, 
en passe de réussir le pari le plus fou de cette élection : se 
qualifier pour le second tour et s'ouvrir alors le chemin de 
l'Elysée, un an après la création de son mouvement En Marche ! 
    Il y a un an, ses adversaires d'aujourd'hui et la plupart 
des analystes n'auraient pas parié un euro sur lui, tant il 
souffrait à leurs yeux d'au moins trois handicaps : n'avoir 
jamais été élu, être "hors parti" et afficher une jeunesse 
synonyme pour beaucoup d'inexpérience. 
    L'ex-banquier de 39 ans, entouré d'un noyau dur de quadras 
et de trentenaires sur lequel se sont greffés quelques hommes 
politiques, économistes et membres de la société civile plus 
âgés et plus expérimentés, a bouleversé les pronostics, au terme 
d'une campagne menée tambour battant et presque sans faute. 
    Au point que la présidente du Front national, Marine Le Pen, 
et le candidat de la droite, François Fillon, face à qui il 
incarne avant tout un électorat à l'aise dans l'Europe et la 
mondialisation, en font désormais leur principal adversaire.  
    Quel que soit le résultat dimanche soir, la campagne de 
l'ex-ministre de l'Economie aura au moins déjà eu pour effet 
d'accélérer la recomposition du paysage politique français, en 
répondant à un désir de renouvellement, en dynamitant le PS et 
en donnant un coup de vieux à la droite classique.  
    En témoigne la cascade de ralliements sous la bannière d'En 
Marche ! ces derniers mois, de libéraux comme Alain Madelin à 
des communistes repentis comme Robert Hue en passant par des 
socialistes comme le ministre de le Défense Jean-Yves Le Drian 
ou des centristes comme le président du MoDem, François Bayrou. 
    La dynamique des intentions de vote en sa faveur s'est 
cependant quelque peu tassée ces derniers temps, signe qu'il 
peine sans doute encore à convaincre dans une France périurbaine 
et rurale, où le vote une percée. 
     
    MARINE LE PEN 
    La premier tour a valeur de test pour la présidente du Front 
national, qui se dit certaine de virer en tête dimanche soir.  
    Si sa prédiction se vérifie et qu'elle obtient un score 
frôlant, voire dépassant les 25%, cette élection aura des airs 
de consécration pour Marine Le Pen, qui a réussi à élargir la 
base électorale du FN depuis 2012, scrutin après scrutin. 
    A l'inverse, une élimination s'apparenterait à une débâcle, 
dont pourrait difficilement se remettre la fille de Jean-Marie 
Le Pen, chef de file incontestée du parti d'extrême droite - 
pour l'instant. 
    Les enquêtes d'opinion lui attribuent depuis des mois une 
place dans le duo de tête mais le surgissement de Jean-Luc 
Mélenchon parmi les favoris et la résistance de François Fillon 
en dépit des affaires ont récemment rebattu les cartes. 
    A tel point que Marine Le Pen, qui vantait auparavant "la 
France apaisée", a récemment réorienté sa campagne en optant 
pour la tactique du coup d'éclat, sur l'immigration ou 
l'histoire de France, afin de mobiliser le noyau dur frontiste.  
    
    "Il me faut dimanche le plus haut score possible, c'est la 
condition de notre victoire au second tour. Pas d'abstention, 
pas de dispersion", a-t-elle lancé mercredi, lors de son dernier 
meeting d'avant-premier tour, à Marseille. 
    En cas de qualification, se profile un deuxième tour qui 
s'annoncerait bien plus ardu pour le FN, toujours isolé sur 
l'échiquier politique et en butte à un rejet massif dans 
l'opinion.   
     
    FRANÇOIS FILLON 
    Malgré les "vents contraires" et des sondages défavorables, 
François Fillon est convaincu d'être au second tour. "Tout est 
allé tellement loin que cela va conduire un certain nombre de 
Français à voter pour moi", assure-t-il dans Le Parisien. 
    Après des semaines de désordre et de doutes liés aux ennuis 
judiciaires du candidat, la droite se reprend à envisager une 
qualification, voire une victoire le 7 mai, sous peine d'une 
implosion post-électorale. 
    Les soutiens de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy 
estiment qu'une partie des électeurs déçus qui se sont tournés 
vers Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou Nicolas Dupont-Aignan 
auront dans l'isoloir le réflexe du "vote utile", l'étai qui 
manque à un socle électoral inaltérable d'environ 18%. 
    Le directeur de campagne du candidat, Vincent Chriqui, table 
sur "un sursaut partisan", malgré la réprobation morale. Un 
"vote caché" que l'on évoquait jusqu'à présent à propos du Front 
national ; les sondeurs ne croient guère à sa sous-évaluation. 
    Dans le duo de tête qui lui barre pour l'instant l'accès au 
second tour, François Fillon pilonne en priorité Emmanuel 
Macron, "l'héritier" présumé du hollandisme, le "marketing du 
vide", dont l'électorat est jugé le plus friable. En 
comparaison, Marine Le Pen serait presque épargnée : des 
soutiens expliquent à demi-mot qu'elle serait l'adversaire la 
plus facile dans l'hypothèse d'un affrontement au second tour. 
    La brusque crispation du climat international - tensions 
entre Washington et Moscou, incertitudes européennes, crise 
syrienne, menace terroriste dont François Fillon serait lui-même 
l'objet... - serait également pour le vainqueur de la primaire 
un atout déterminant dans la dernière ligne droite. 
    "Dans ce contexte, on ne confie pas les rênes du pays à un 
homme inexpérimenté, un bateleur ou une candidate qui veut 
fermer les portes et les fenêtres", juge un proche du candidat, 
évoquant Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. 
    Dans l'hypothèse contraire, l'élimination de François Fillon 
précipiterait la droite dans le gouffre : Les Républicains 
éclateraient en chapelles qui se sont affrontées durant la 
primaire, ouvrant la possibilité pour Marine Le Pen, si elle 
accède au second tour, de prendre le leadership de l'opposition 
et d'influer sur le résultat des élections législatives de juin. 
     
    JEAN-LUC MELENCHON 
    A 65 ans, Jean-Luc Mélenchon, qui dispute sa deuxième 
présidentielle, juge la victoire à portée de main dans un 
paysage politique bouleversé et face à un nombre inédit 
d'électeurs encore indécis à ce stade. De quoi, selon lui,  
remettre en cause tous les scénarios écrits d'avance.  
    Parti tôt en campagne, il y a plus d'un an, le leader de La 
France insoumise a dû attendre la mi-mars pour réaliser une 
percée dans les intentions de vote et venir perturber le trio de 
tête - Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. 
    Marche réunissant des dizaines de milliers de personnes à 
Paris, meetings multiples en hologramme, chaîne Youtube et 
journée en péniche : l'eurodéputé a fait la campagne la plus 
innovante, multiplié les démonstrations de force ces derniers 
mois et dominé les débats par ses talents d'orateur.  
    Profitant d'une campagne marquée par les affaires 
judiciaires qui ont éclaboussé plusieurs candidats, il est 
parvenu à mettre en avant la VIe République qu'il appelle de ses 
voeux face à un système qu'il juge "à bout de souffle". 
    Connu pour son caractère entier et ses sorties virulentes 
contre la presse, Jean-Luc Mélenchon, personnalité politique 
préférée des Français selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris 
Match, s'est efforcé depuis cinq ans de lisser son image afin 
d'apparaître comme une alternative crédible et solide.  
    L'ex-sénateur de l'Essonne qui, selon un autre sondage, 
incarne le mieux les valeurs de la gauche, a désormais un 
objectif : s'imposer comme un acteur incontournable de la 
recomposition politique à l'issue de l'élection.  
    Une forme de revanche pour celui qui a claqué la porte du PS 
en 2008 afin de co-fonder le Parti de Gauche, un mouvement qu'il 
voulait "sans concession face à la droite" et offrant une 
alternative à la "dérive libérale" de la rue de Solferino.  
     
    BENOÎT HAMON 
    Mal aimé des sondages, où il n'a cessé de reculer depuis sa 
victoire à la primaire fin janvier, Benoît Hamon aborde un 
premier tour cruel pour le Parti socialiste, quasi certain 
d'être mis hors course dès dimanche soir. 
   "Réveillez-vous", a demandé l'ancien "frondeur" mercredi 
place de la République à Paris, où l'avaient rejoint certaines 
des rares figures du PS l'ayant appuyé sans bémol depuis le 
départ comme la maire de Lille, Martine Aubry.   
    Conscient de la puissance du "vote utile" anti-extrême 
droite, qui favorise Emmanuel Macron, vers lequel nombre de 
socialistes se tournent, et Jean-Luc Mélenchon, il met en garde 
la gauche contre un vote dicté par des "tactiques".   
    Convaincu d'avoir "remis la gauche sur son axe historique", 
il prononcera ce vendredi soir à Carmaux, ville de Jean Jaurès, 
le dernier discours d'une campagne qu'il qualifie lui-même de 
"difficile", dans un pays en crise et un parti fracturé au point 
d'avoir conduit François Hollande à renoncer à un second mandat. 
    Le président prendra la parole dans l'entre-deux-tours, 
période stratégique pour un PS déterminé à limiter la casse aux 
élections législatives au sortir d'un quinquennat où il 
bénéficiait de la majorité absolue à l'Assemblée nationale.   
 
 (Sophie Louet, Emmanuel Jarry, Simon Carraud, Elizabeth Pineau 
et Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant