France 2017-Le patronat attend de voir la droite au pied du mur

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    * Le patronat plutôt satisfait des promesses de la droite 
    * Il s'interroge cependant sur la méthode 
    * Le souvenir des grèves de 1995 reste vivace 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 26 octobre (Reuters) - Le patronat français, séduit 
par les propositions économiques et sociales des candidats à la 
primaire de la droite pour l'élection présidentielle de 2017, se 
montre prudent quant à leur capacité à le mettre en oeuvre s'ils 
accèdent au pouvoir. 
    Le Medef, lors de son université d'été fin août, et la 
CGPME, plus récemment, ont auditionné les postulants, d'Alain 
Juppé à Nicolas Sarkozy en passant par Bruno Le Maire, François 
Fillon ou Nathalie Kosciusko-Morizet. 
    Leurs programmes "reprennent les revendications que nous 
avons portées depuis plus de trois ans au Medef", se félicite 
Thibault Lanxade, vice-président de la première organisation 
patronale française, chargé des PME. 
    Il cite notamment la suppression de l'impôt sur la fortune 
(ISF), la remise en cause du compte pénibilité instauré par 
l'actuel gouvernement de gauche, la durée du temps de travail, 
la flexibilité de l'emploi et la fiscalité des entreprises. 
    "Maintenant, les promesses n'engagent que ceux qui les 
écoutent. Le programme est une chose mais la déclinaison de la 
méthode en est une autre (...) Les entreprises jugeront sur le 
résultat", ajoute Thibault Lanxade. 
    "Tout le monde trouve plutôt bien ces promesses mais on est 
un peu revenu des promesses", renchérit un autre responsable 
patronal pour qui le passage de la phase de la primaire à celle 
de la campagne présidentielle proprement dite sera déterminant.  
    "Une fois entrés dans la compagne présidentielle, ils 
devront ratisser plus large. On attend donc de voir ce qu'il en 
sortira", souligne-t-il. 
     
    "ÇA SERA COMPLIQUÉ" 
    Le président de la CGPME se réjouit pour sa part de 
l'attention désormais portée au secteur marchand et aux PME. 
    François Asselin juge le maire de Bordeaux, Alain Juppé, 
"plutôt rassembleur et pédagogue", l'ancien chef de l'Etat 
Nicolas Sarkozy "plus tranché", l'ex-Premier ministre François 
Fillon "très clair sur la méthode" et Nathalie Kosciusko-Morizet 
"très alerte" sur l'évolution des modes de travail. 
    "Il y a du grain à moudre", estime-t-il. "Il reste une 
grande question : comment fera-t-on ? C'est là où ça manque 
encore de consistance, parce que les finances de la France sont 
très contraintes, parce qu'on sait qu'on est sous surveillance 
et qu'il y a beaucoup de blocages à tous les étages (...) Ça 
sera compliqué, c'est sûr." 
    Sur le papier, les projets de réforme des candidats à la 
primaire de droite ont de quoi susciter des résistances dans la 
rue au moins aussi fortes que celles qui ont accueilli la 
réforme du Code du travail de l'actuel gouvernement. 
    Tous proposent une réduction draconienne des dépenses 
publiques (autour de 100 milliards d'euros en cinq ans) et du 
nombre de fonctionnaires (de 250.000 à 500.000), le report de 
l'âge légal de la retraite, l'allongement de la durée du travail 
(jusqu'à 39 heures par semaine).    
    Certains, comme Nicolas Sarkozy, proposent la dégressivité 
des allocations chômage ou, tel Alain Juppé, l'intégration au 
contrat de travail de motifs prédéfinis de rupture, ainsi, comme 
François Fillon, que l'harmonisation des régimes de retraite du 
public et du privé et la suppression des emplois aidés. 
    Nathalie Kosciusko-Morizet propose notamment, pour sa part, 
de remettre en cause le statut de fonctionnaire des enseignants. 
     
    FAIRE ACCEPTER LES RÉFORMES 
    Autant de sujets susceptibles de susciter des mouvements 
sociaux, alors que les grèves qui ont paralysé la France fin 
1995, contre une réforme sociale proposée par Alain Juppé alors 
Premier ministre, sont restées dans toutes les mémoires. 
    Au-delà du contenu, la question est donc surtout de savoir 
comment "amener" ces réformes et les faire accepter, estime un 
responsable patronal. "Sur ce point, on manque de réponses." 
    "Si c'est pour dire 'je vais tout casser et mettre le bazar' 
c'est-à-dire bloquer le pays en y allant trop fort parce que la 
pédagogie n'aura pas été faite avant, ce n'est pas la meilleure 
solution", ajoute-t-il. 
    Thibault Lanxade estime cependant que la prochaine campagne 
sera fondamentalement différente des précédentes. 
    Ni Jacques Chirac en 1995, ni François Hollande en 2012 
n'ont été élus pour mener des réformes sociales qu'ils ont 
finalement entreprises et qui ont été contestées dans la rue 
pendant leur mandat, souligne le vice-président du Medef. 
    Cette fois, les projets des candidats de la primaire de 
droite sont au contraire précis, avec un calendrier, fait-il 
valoir, sans parler du contexte actuel d'urgence économique.   
    "Il peut y avoir des tensions mais on ne peut pas dire que 
les programmes ne sont pas transparents", estime-t-il. "Les 
Français, s'ils optent pour cette politique, ne pourront pas 
être pris au dépourvu." 
    Pour lui le risque existe bien, cependant, de voir le futur 
candidat désigné par la primaire édulcorer son programme s'il 
est élu au printemps prochain à la présidence de la République. 
    "Il faut qu'on y soit extrêmement attentif", confie-t-il. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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  • frk987 il y a 8 mois

    Avec Juppé le socialo de droite, ils ne verront pas grand chose.