FRANCE 2017-ECONOMIE-Macron-Le Pen : deux visions du monde opposées

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    PARIS, 24 avril (Reuters) - Les finalistes de l'élection 
présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, proposent deux 
visions économiques opposées, le premier voulant accentuer 
l'adaptation de la France aux exigences de la mondialisation et 
la seconde s'y soustraire.  
    Les acteurs et experts économiques plébiscitent l'ancien 
ministre de l'Economie, que les sondages voient l'emporter avec 
plus de 60% des voix le 7 mai. Plus d'un tiers des Français 
choisiraient à l'inverse le protectionnisme et la sortie de 
l'Union européenne et de l'euro prônés par Marine Le Pen. 
    Voici leurs propositions pour les finances publiques, les 
entreprises, le financement de l'économie et l'Etat actionnaire. 
         
    * FINANCES PUBLIQUES 
    EMMANUEL MACRON : 
    Le candidat d'En Marche ! fait du respect des engagements 
budgétaires la condition de la relance de la construction 
européenne, qui suppose selon lui de convaincre l'Allemagne de 
la détermination de la France à redresser son économie. 
    Il propose de combiner un plan d'investissement et des 
économies pour soutenir la lente sortie de convalescence de 
l'économie française tout en réduisant le déficit public, et de 
poursuivre la baisse des prélèvements sur les entreprises. 
    - Son projet est fondé sur une accélération progressive de 
la croissance, de 1,4% en 2017 à 1,8% en 2022, et vise une 
baisse du chômage à 7% en 2022 contre près de 10% aujourd'hui. 
    - Il prévoit de réduire les prélèvements des entreprises de 
10 milliards d'euros, en transformant le CICE en allègement de 
charges et en baissant progressivement le taux de l'impôt sur 
les sociétés à 25%. 
    - Il veut exonérer de taxe d'habitation 80% des ménages à 
partir de 2018, pour un coût d'environ 10 milliards d'euros, 
limiter l'ISF à l'immobilier (2 mds) et créer un prélèvement 
unique d'environ 30% sur tous les revenus du capital. 
    - Il compte augmenter la CSG de 1,7 point - sauf pour les 
chômeurs et les 40% de retraités les plus modestes - pour 
compenser la suppression des cotisations chômage et maladie. 
    - Il souhaite baisser de trois points la part des dépenses 
publiques dans le PIB en cinq ans, à 52%, en les réduisant de 60 
milliards net en année pleine en fin de quinquennat (dont Etat 
25 mds, assurance maladie 15 mds, assurance chômage 10 mds). Pas 
d'économie prévue sur la politique familiale ou les retraites. 
    - Il juge possible de ne pas remplacer 120.000 
fonctionnaires (50.000 pour l'Etat et 70.000 dans les 
collectivités locales) et souhaite embaucher 10.000 policiers et 
gendarmes supplémentaires en trois ans et construire 15.000 
places de prison sur le quinquennat. 
    - Il prévoit un plan d'investissement de 50 milliards - dont 
environ 10 mds seront accessibles aux collectivités 
territoriales - avec 15 mds pour la transition écologique. 
     
    MARINE LE PEN : 
    La candidate du Front national voit la croissance accélérer 
nettement grâce à des mesures de protection de l'économie 
française, au retour au franc, à une Banque de France soutenant 
la relance et à des investissements publics. 
    - La croissance du PIB passerait ainsi de 1,3% en 2017 à 2% 
en 2018 - des chiffres très éloignés des prévisions des 
institutions internationales - jusqu'à atteindre 2,5% en 2022. 
    - Le déficit public atteindrait 4,5% du PIB en 2018 avant de 
refluer à 1,3% en 2022 sous l'effet de la croissance et d'une 
lutte contre la "mauvaise dépense" (60 milliards d'euros). 
    - Sa fiscalité protectionniste comprendrait une taxe sur les 
contrats des travailleurs étrangers et une taxe de 3% sur les 
importations qui financerait une prime versée aux salariés et 
aux retraités touchant jusqu'à 1.500 euros par mois. 
    - Elle promet de défiscaliser les heures supplémentaires 
(4,5 mds) et de baisser de 10% l'impôt sur le revenu et la taxe 
d'habitation pour les plus modestes. Elle revaloriserait de 20% 
le minimum vieillesse et l'allocation aux adultes handicapés. 
    - Elle veut augmenter le point d'indice des fonctionnaires, 
recruter 15.000 policiers et gendarmes et porter le budget de la 
Défense vers 3% du PIB en 2022 contre environ 1,8% actuellement. 
    
     
    * ENTREPRISES  
    EMMANUEL MACRON : 
    Le candidat d'En Marche ! veut soutenir la compétitivité des 
entreprises en réduisant la fiscalité et en assouplissant le 
droit du travail. 
    - Il prévoit pour cela de transformer le CICE en une baisse 
des cotisations sociales de six points et de réduire à zéro les 
charges générales au niveau du smic. 
    - Il promet de baisser progressivement l'impôt sur les 
sociétés à 25%, de recentrer l'ISF sur le seul patrimoine 
immobilier et de créer un prélèvement forfaitaire unique 
d'environ 30% sur les revenus du capital mobilier. 
    - Il souhaite voir fixé un socle de règles du droit du 
travail et renvoyer le reste à des négociations de branche et 
d'entreprise. Un projet de loi d'habilitation serait présenté à 
l'été afin de pouvoir réformer par ordonnances. 
    - Il compte dans le même mouvement instaurer un plafond et 
un plancher pour les indemnités prud'homales pour licenciement 
sans clause réelle et sérieuse. 
    - Il veut permettre aux chefs d'entreprise et aux 
indépendants de bénéficier de l'indemnisation chômage, à travers 
une réforme complète du système, et promet de supprimer le 
régime social des indépendants (RSI). 
    - Il compte supprimer les charges sur les micro-entreprises 
(auto-entrepreneurs) la première année et doubler les plafonds 
de chiffre d'affaires maximal. 
     
    MARINE LE PEN : 
    La candidate du Front national veut soutenir les entreprises 
françaises face à "la concurrence internationale déloyale" en 
s'affranchissant des règles européennes, en prenant des mesures 
de protectionnisme et en quittant l'euro. 
    - Elle compte interdire l'importation des produits qui ne 
respectent pas les normes imposées aux producteurs français, 
taxer l'importation de biens issus d'usines délocalisées, 
soutenir le "fabriqué en France" par un étiquetage obligatoire 
et réserver la commande publique aux entreprises françaises "si 
l'écart de prix est raisonnable". 
    - Elle veut taxer davantage l'embauche de salariés étrangers 
et supprimer la directive sur le détachement des travailleurs. 
    - Pour protéger les secteurs stratégiques, elle prévoit de 
contrôler davantage les investissements étrangers, de créer un 
fonds souverain, de durcir la régulation et d'interdire pendant 
10 ans la cession à des groupes étrangers des entreprises ayant 
bénéficié de subventions publiques. 
    - Elle veut accorder la priorité aux TPE et PME dans les 
politiques publiques, par exemple pour le Crédit d'impôt 
recherche. 
    - Elle promet un plan de réindustrialisation et l'allègement 
des cotisations sociales et de la complexité pesant sur les 
TPE-PME, en transformant le CICE en baisse pérenne de charges et 
en conditionnant la baisse des cotisations au maintien de 
l'emploi. 
    - Elle compte étendre le taux réduit de l'IS (15%) à toutes 
les TPE et PME jusqu'à 75.000 euros de bénéfices (contre 38.120 
euros aujourd'hui). Au-delà, les PME seront assujetties à un 
taux intermédiaire à 24%. 
    - Elle prévoit de supprimer la loi El Khomri et le compte 
pénibilité. 
     
    * FINANCEMENT DE L'ÉCONOMIE 
    EMMANUEL MACRON : 
    - Le candidat d'En Marche ! veut une réorientation "massive" 
de l'épargne vers l'économie réelle. Il compte sur son 
prélèvement forfaitaire unique sur tous les revenus du capital 
(intérêts, dividendes et plus-value) d'environ 30%, prélèvements 
sociaux inclus. Pour l'assurance vie, il ne devrait toucher que 
les futurs versements et à partir d'un certain montant de 
capital. 
    - Remplacé par un impôt sur la fortune immobilière, l'ISF ne 
pèserait plus sur ceux qui placent leur argent pour financer 
l'économie réelle. Le candidat s'engage à maintenir la charge 
fiscale pour ceux qui ont investi dans l'immobilier. 
    - Il veut créer un Fonds pour l'industrie et l'innovation. 
Doté de 10 milliards d'euros issus des actions d'entreprises 
possédées de manière minoritaire par l'Etat, ce fonds doit 
servir à financer l'industrie du futur. 
     
    MARINE LE PEN : 
    - La candidate du Front national veut faire de la France 
"une terre d'innovation". Elle souhaite pour ce faire diriger 
une part de l'assurance vie - 2% - vers le capital-risque et les 
startups, inciter les grands groupes à créer leur propre fonds 
dans les entreprises innovantes et recentrer le Crédit d'impôt 
recherche vers les PME et les startups. 
    - Elle veut libérer l'accès au crédit pour les petites et 
très petites entreprises (TPE) grâce à des taux préférentiels 
sous la supervision de la Banque de France afin de remettre la 
finance au service de l'économie réelle. 
     
    * L'ÉTAT ACTIONNAIRE 
    Reuters a demandé aux candidats d'exposer par courriel leur 
position sur le rôle de l'Etat actionnaire. 
    EMMANUEL MACRON (par l'intermédiaire  de son équipe de 
campagne) :  
    "L'Etat actionnaire ne doit pas être un actionnaire naïf. 
Pour certains, la montée de l'Etat au capital d'entreprises 
serait la solution à toutes les difficultés (un manque de 
commandes, un plan social...). Pour d'autres, l'Etat est un 
actionnaire illégitime, honteux, qui doit céder son patrimoine 
financier sans stratégie, maintenant, à n'importe quelle 
condition, dans presque tous les secteurs. 
    Il ne faut pas être naïf quant à la nécessité de nouvelles 
interventions. L'Etat est légitime à intervenir au capital dans 
des secteurs stratégiques pour notre souveraineté ou lorsque des 
sauvetages de grande ampleur sont nécessaires. Nous l'avons fait 
pour PSA et Dexia. Mais ce genre d'arme ne doit s'utiliser 
qu'avec parcimonie, et non comme solution unique à toutes les 
difficultés des entreprises. 
    Il ne faut pas être naïf quant à l'usage de notre 
patrimoine. Les Français ont la chance d'avoir hérité d'un 
portefeuille financier de 90 milliards d'euros. Nous ne devons 
ni le brader, ni le laisser en friche. Il nous faut distinguer 
deux grandes catégories d'entreprises. 
    Dans certaines entreprises, la présence de l'Etat au capital 
est indispensable car elles sont des biens communs, le bras armé 
de nos politiques publiques voire de notre souveraineté, par 
exemple le nucléaire. Il devra l'assumer pleinement et exercer 
ses droits de propriétaire. Cela implique une grande exemplarité 
en matière de gouvernance et dans l'accompagnement des projets 
industriels de long terme des entreprises du portefeuille. 
    Dans d'autres entreprises, nous avons des participations 
pour lesquelles la présence de l'Etat au capital n'est en 
réalité pas toujours un outil indispensable de politique 
industrielle et de notre souveraineté, mais un patrimoine 
public, souvent hérité de décisions passées d'un Etat qui a su 
investir il y a des décennies dans des activités alors 
nouvelles. Il ne doit pas être figé mais géré de manière active 
et mis au service du renouvellement de nos capacités 
industrielles." 
     
    MARINE LE PEN : 
    "Tout gouvernement doit pouvoir se réserver le droit 
d'entrer au capital de certaines entreprises stratégiques qui 
seraient menacées, ou de banques en cas de grave crise 
financière, voire de les nationaliser temporairement, notamment 
par la Caisse des dépôts. 
    Je renationaliserai les sociétés d'autoroute pour rendre aux 
Français un patrimoine qu'ils ont financé et dont ils ont été 
spoliés. 
    Je m'engage à ne pas céder de participations de l'État 
durant mon quinquennat. Il en va de notre indépendance 
stratégique. 
    Je ne reproduirai pas l'erreur commise par les gouvernements 
précédents qui ont vendu certaines entreprises essentielles pour 
se soumettre à des enjeux de court terme alors même que les taux 
d'intérêt sur la dette publique étaient nuls voire négatifs, ce 
qui est une hérésie économique !" 
 
 (Jean-Baptiste Vey, Myriam Rivet et Matthieu Protard) 
 
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