France 2017-Duel à fleurets mouchetés entre Fillon et Juppé

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    * Les deux candidats ont joué l'apaisement 
    * Fillon dénonce les "procès" à son encontre 
    * De simples questions, réplique Juppé 
    * Désaccords sur la fonction publique 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 25 novembre (Reuters) - François Fillon, favori pour 
l'investiture présidentielle à droite, et Alain Juppé, 
"outsider" malgré lui, se sont mesurés jeudi soir avant le 
second tour de la primaire dans un débat où la retenue l'a 
emporté pour éviter de nouveaux déchirements. 
    Après trois jours d'affrontements consécutifs à la 
qualification surprise de l'ancien Premier ministre de Nicolas 
Sarkozy avec 44,1% des voix contre 28,6% au maire de Bordeaux, 
les deux prétendants ont ostensiblement joué l'entente cordiale, 
quitte à noyer l'enjeu sous des échanges techniques. 
    Dans ce débat à l'image des duellistes - policé, quelque peu 
crispé, lesté d'une évidente lassitude -, la polémique lancée 
dans les médias par Alain Juppé sur la position de François 
Fillon relativement à l'avortement a donné lieu au seul moment 
de tension palpable. 
    "Evidemment je ne toucherai à rien dans ce domaine, c'est  
la loi Veil, toute la loi Veil", s'est défendu François Fillon. 
    "Je trouve que le procès qui m'a été fait depuis quelques 
jours n'est pas correct", a-t-il poursuivi à l'adresse d'Alain 
Juppé qui avait jugé "ambiguë" ses propos sur l'IVG. 
    "Je n'ai fait aucun procès (...), j'ai juste posé une 
question", a répliqué le maire de Bordeaux. "Il y a des 
questions qui ressemblent à des procès", a dit François Fillon. 
    Alain Juppé a alors évoqué la "campagne ignominieuse" dont 
il a été la cible sur les réseaux sociaux, où il a été accusé de 
collusion avec le salafisme et d'antisémitisme, et a dénoncé 
l'absence de réaction des fillonistes. 
    "Il ne faut pas exagérer non plus : quand je me fais traiter 
d'homophobe tous les matins, je ne t'ai pas entendu non plus 
prendre la parole pour assurer ma défense. Chacun est grand et 
s'occupe de ses affaires", a lancé le député de Paris. 
     
    "ON PREND LES PARIS" 
    Au-delà de cette friction personnelle, l'échange a mis en 
évidence des différences d'approche sur la méthode de réforme, 
plus que sur le fond des projets. 
    "La réforme ce n'est pas la pénitence, c'est l'espérance", a 
souligné Alain Juppé. 
    Le chiraquien a ainsi une nouvelle fois interpellé son 
rival, qui propose un programme économique libéral, sur son 
projet de réduire de 500.000 le nombre de fonctionnaires en cinq 
ans en portant "progressivement" la durée hebdomadaire du 
travail de 35 heures à 39 heures. 
    "C'est vrai que mon projet est plus radical, peut-être plus 
difficile", mais il "rompt avec une forme de pensée unique qui 
s'est déchaînée depuis quatre jours", a plaidé François Fillon. 
    Dans une France qu'il juge "au bord de la révolte", face à 
un modèle social qui "prend l'eau de partout", il a estimé 
légitime que les fonctionnaires (5,7 millions en France) 
"accomplissent un effort de travail supplémentaire pour 
permettre au pays de se redresser". 
    Impossible a répliqué Alain Juppé : "On prend les paris", 
a-t-il lancé. "On ne peut pas demander à des fonctionnaires de 
travailler plus pour gagner moins." 
     
    "JE SENS UNE VAGUE" 
    "Ça veut dire en fait qu'Alain Juppé ne veut pas vraiment 
changer les choses", a riposté François Fillon, reprenant à son 
compte le registre de Nicolas Sarkozy, qui accusait Alain Juppé 
avant le premier tour d'oeuvrer à une "alternance molle". 
    Face à un François Fillon estimant avoir remporté "une 
victoire idéologique" lors du premier tour, Alain Juppé a 
insisté de nouveau sur le rassemblement, estimant que "les déçus 
du hollandisme" étaient aussi des "déçus du sarkozysme", et a 
vanté la "diversité" de l'identité française. 
    "J'ai confiance en vous et nous allons continuer ensemble", 
a-t-il dit, alors qu'il accuse un déficit de plus de 665.000 
voix sur François Fillon. 
    "Il y a trois ans, quand j'ai commencé ma campagne, j'étais 
seul. Aujourd'hui, nous sommes des millions. Je sens une vague 
qui se lève", a dit pour sa part François Fillon. 
    A la question de savoir s'ils éprouvaient des regrets au 
sortir de cette bataille au long cours, le député de Paris a 
répondu : "C'est d'avoir mis autant de temps à convaincre". 
    Alain Juppé, qui avait survolé les sondages depuis son 
entrée en lice en août 2014, a lâché "J'en ai beaucoup", avant 
de se reprendre : "Non en fait pas tellement. (...) Je vais 
réfléchir à votre question". Comme si l'épilogue était déjà 
connu. 
    Un sondage Ifop-Fiducial donnait mercredi François Fillon 
gagnant avec 65% des suffrages ( ] et une enquête 
Elabe montrait jeudi soir que François Fillon avait été jugé le 
plus convaincant par 57% des téléspectateurs contre 41% pour 
Alain Juppé. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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