FRANCE 2017-A Berlin, Fillon plaide pour "l'Europe d'abord"

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    * Le candidat plaide pour un "sursaut européen" 
    * Très critique envers Donald Trump 
    * Il veut faire de l'euro l'égal du dollar en 10 ans 
 
 (Actualisé avec discours, commentaire) 
    par Sophie Louet 
    BERLIN, 23 janvier (Reuters) - François Fillon a appelé 
lundi à Berlin à "un sursaut européen", estimant que la 
politique "agressive" de Donald Trump imposait à l'Union de 
muscler sa zone euro pour défendre ses intérêts économiques et 
peser sur la scène diplomatique. 
    Pour son premier déplacement à l'étranger - l'un des rares 
de sa campagne -, le candidat de la droite et du centre à 
l'élection présidentielle française avait choisi de rencontrer 
la chancelière Angela Merkel afin d'affirmer "le choix clair du 
couple franco-allemand" après le choc du Brexit. 
    Il s'agit du premier prétendant à l'Elysée reçu par la 
dirigeante de la CDU, qui a exclu d'accueillir Marine Le Pen et 
voit en François Fillon le meilleur rempart contre l'extrême 
droite. 
    Angela Merkel, qui briguera un quatrième mandat en 
septembre, se garde toutefois de tout soutien public au candidat 
conservateur, comme elle avait pu le faire en 2012 pour Nicolas 
Sarkozy. Les relations avec le vainqueur socialiste François 
Hollande s'en étaient trouvées singulièrement compliquées. 
    Ni la chancelière ni son porte-parole n'ont commenté la 
visite de l'ancien Premier ministre français, qui a fait valoir 
un "discours de vérité" envers les Allemands et défendu son 
programme de réformes structurelles, plutôt bien perçu par 
Berlin alors qu'il est dénoncé en France comme "une purge" par 
la gauche et critiqué par une partie de son camp. 
    "En décidant vite et fort les changements nécessaires, nous 
rétablirons un équilibre dans la relation franco-allemande. La 
complémentarité de puissance entre la France et l'Allemagne est 
la condition de l'efficacité de notre tandem", a dit François 
Fillon lors d'un discours devant la Fondation Adenauer. 
     
    RÉTORSIONS COMMERCIALES CONTRE LES USA 
    Pour le candidat, l'objectif prioritaire de ce duo devenu 
erratique est de recentrer la zone euro sur trois priorités 
(sécurité et immigration, souveraineté économique en faisant de 
l'euro une monnaie de réserve, investissement et innovation) 
pour faire pièce au protectionnisme de Donald Trump. 
    Face au "mépris des grands puissants" - Etats-Unis, Russie, 
Chine en tête -, et à une "indécision" qui fait "le jeu des 
partis extrémistes", François Fillon souhaite renforcer la 
gouvernance de la zone euro et faire de l'euro l'égal du dollar. 
    "Dans dix ans, nous devons avoir fait de notre monnaie 
commune une monnaie de réserve et de règlement comme la monnaie 
américaine. (...) Comment le faire si nous ne distinguons pas 
l'Europe des 19 pays partageant la monnaie unique de celle des 
27 ou 28?", a-t-il lancé. 
    Le candidat ne prononce pas le terme, mais il se tient prêt 
à la guerre économique et commerciale. 
    Lors d'une rencontre avec des journalistes, il a été 
extrêmement sévère avec les règles d'extraterritorialité du 
droit américain et les mesures prudentielles du comité de Bâle, 
qu'il juge par trop favorables au système bancaire américain. 
    "Quand les Européens sanctionneront des entreprises 
américaines qui ne respectent pas un certain nombre de règles 
européennes, je pense qu'on sera plus forts pour les discussions 
commerciales", a-t-il dit, affirmant avoir l'oreille d'Angela 
Merkel sur ce point comme sur Bâle. 
    "Nous devons refuser les accords de libre-échange qui ne 
sont pas dans l'intérêt de nos économies et de nos emplois", 
a-t-il poursuivi devant la Fondation Adenauer, jugeant 
"déséquilibré" le projet de traité commercial avec Washington. 
     
    RENOUER AVEC LA RUSSIE 
    Cette posture offensive vaut aussi pour François Fillon sur 
les fronts de la diplomatie et de la Défense. 
    Donald Trump, déclare-t-il dans un entretien au Monde et à 
la Frankfurter Allgemeine Zeitung,"ne nous fera pas de cadeau". 
Aussi plaide-t-il pour une alliance de Défense européenne, non 
"une structure" mais une mutualisation pragmatique des forces et 
moyens européens face à une Otan qualifiée d"'obsolète" par le 
nouveau président américain. 
    "Elle suppose que chaque nation européenne accepte enfin de 
déployer ses soldats pour la défense de nos intérêts de sécurité 
les plus vitaux", a-t-il dit, citant le Mali et le Niger. 
    François Fillon, qui fait dire à ses conseillers qu'il ne se 
revendique nullement "grand ami" de Vladimir Poutine, met en 
garde en outre contre la tentation de Donald Trump de dialoguer 
avec le Kremlin "par dessus le dos des Européens". 
    "Ce n'est pas une hypothèse absurde. (...) Il faut trouver 
les moyens de dialoguer avec la Russie, ce n'est pas facile", 
a-t-il concédé devant des journalistes. 
    "La Russie a commis des fautes, des erreurs, mais nous 
aussi. Ma conviction, c'est que les sanctions économiques n'ont 
aucune efficacité", a-t-il dit à propos du conflit ukrainien. 
    Il a expliqué, sans plus de détails, avoir plaidé auprès 
d'Angela Merkel pour une levée des sanctions "qui serait 
précédée d'un geste de la Russie" en accord avec le compromis de 
Minsk sur l'Ukraine. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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