France-200.000 requis contre Total pour l'explosion de Carling

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 (Actualisé avec date délibéré et plaidoieries défense) 
    SARREGUEMINES, Moselle, 4 mars (Reuters) - Le procureur de 
Sarreguemines (Moselle) a requis vendredi une amende de 200.000 
euros contre la société Total Petrochemicals, jugée pour la mort 
de deux ouvriers et les blessures subies par six autres lors de 
l'explosion d'un vapocraqueur sur son site de Carling en 2009. 
    Le magistrat a également demandé au tribunal correctionnel 
de condamner Claude Lebeau, directeur de l'usine à l'époque, à 
une peine de deux ans de prison avec sursis et 40.000 euros 
d'amende. 
    Le jugement a été mis en délibéré au 13 juin prochain. 
    La désactivation d'un détecteur de flammes, qui aurait pu 
arrêter l'arrivée du gaz sur le surchauffeur où s'est produite 
l'explosion, "est la cause racine de l'accident", a estimé 
Olivier Glady, en reprenant les conclusions d'un expert. 
    Le procureur a également pointé l'inexpérience de l'équipe 
constituée pour rallumer l'installation et la pauvreté du mode 
opératoire prescrit en six paragraphes dont certains d'une seule 
ligne, pour "une quinzaine d'étapes" réelles. 
    Il a encore mis en cause la vétusté de l'installation, 
l'inadaptation du matériel fourni aux opérateurs, "l'ambiance 
électrique régnant au sein de l'unité de fabrication" qu'il 
fallait faire redémarrer "coûte que coûte", ainsi qu'une 
"culture de l'improvisation" sur le site. 
    Claude Lebeau, qui n'avait pas délégué ses responsabilités 
en matière de sécurité, comme cela semble être la règle pour les 
directeurs d'unité au sein du groupe Total, ne peut se défendre 
en affirmant qu'il ignorait cette situation, a ajouté le 
procureur. 
    Cette carence dans la remontée de l'information "est 
clairement destinée à préserver le titulaire de la délégation", 
a-t-il soutenu. 
    "La délégation de pouvoir ne produit pas de la 
responsabilité mais de la passivité", s'est-il étonné en 
soulignant le caractère intenable de cette position pour 
demander au tribunal d'entrer en voie de condamnation. 
    Les deux avocats de la défense ont réfuté ces analyses en 
plaidant la relaxe. 
    "Pour Total Petrochemicals France, la sécurité est vraiment 
une valeur fondamentale », a affirmé Me Jean-Benoît Lhomme en 
soulignant l'approbation des plans d'analyse des risques du site 
de Carling par les administrations de tutelle, direction de 
l'industrie et inspection du travail. 
    La désactivation des détecteurs de flamme, pour cause de 
fonctionnement aléatoire, devait avoir pour corollaire une 
surveillance accrue dans la phase de démarrage du surchauffeur, 
le pilote - une sorte de veilleuse - devant toujours être allumé 
avant le brûleur. 
    Le fait que cette règle n'ait pas été respectée est pour lui 
la seule cause de l'accident. 
    "Si le mode opératoire avait été respecté, il n'y aurait pas 
eu d'accident", a affirmé à son tour Me Aurélien Boulanger, 
avocat de Claude Lebeau. 
    Maximilien Lemerre, un opérateur en formation de 21 ans et 
Jérôme Griffoul, 28 ans, avaient été soufflés par l'explosion en 
tentant de rallumer le surchauffeur, un four qui augmente la 
température de la vapeur utilisée pour craquer le naphta, dérivé 
pétrolier à partir duquel sont produits l'éthylène et le 
propylène. 
     
 
 (Gilbert Reilhac, édité par Gérard Bon) 
 

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  • glitzy le vendredi 4 mar 2016 à 21:08

    750 mille euros pour "pétrole contre nourriture", 200 mille pour un accident industriel ayant entraîné des morts : les amendes en France sont bien plus douces qu'aux Etats-Unis. Pas très dissuasif pour un groupe comme Total.