Fragilisée, Merkel endosse la responsabilité de la défaite de Berlin

le , mis à jour à 18:05
2
    * Plus mauvais score de la CDU à Berlin depuis la 
réunification 
    * L'AfD s'enracine, son entrée au Bundestag se dessine 
    * Tensions entre CSU et CDU 
 
 (Actualisé avec déclarations de Merkel, du dirigeant de la CSU) 
    par Paul Carrel et Michelle Martin 
    BERLIN, 19 septembre (Reuters) - Angela Merkel a assumé 
lundi sa part de responsabilité dans l'échec de son parti, la 
CDU, aux élections régionales à Berlin admettant que son 
gouvernement s'était insuffisamment préparé à l'accueil des 
réfugiés. 
    L'Union chrétienne démocrate (CDU) a subi dimanche un second 
revers électoral en l'espace de deux semaines, lors des 
élections régionales de Berlin, où elle réalise avec 17,6% son 
plus mauvais score depuis la réunification en 1990. Le parti 
cède près de six points par rapport au précédent scrutin 
berlinois, en 2011. 
    "Je prends la part de responsabilité qui va de pair avec mes 
fonctions de présidente de parti et de chancelière", a déclaré 
Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin. 
    "Si je pouvais, je remonterais dans le temps pour être mieux 
préparée à la situation des migrants de 2015, à laquelle nous 
étions plutôt mal préparés", a-t-elle ajouté, commentant la 
publication d'un sondage montrant que 82% des électeurs 
souhaitaient une inflexion de sa politique d'accueil des 
migrants. 
    "Si je savais quels sont les changements que souhaitent les 
électeurs, je serais disposée à y réfléchir et à en discuter 
(...), mais le sondage ne donne là-dessus aucun indice", a 
poursuivi la chancelière, que ces revers régionaux fragilisent à 
un an des prochaines législatives. 
    Revenant une nouvelle fois sur sa célèbre phrase "Wir 
schaffen das" ("Nous y arriverons"), prononcé pour la première 
fois le 31 août 2015, Angela Merkel a exprimé des regrets et a 
dit qu'elle ne l'utiliserait plus. 
    "Certaines personnes se sont senties provoquées par cette 
phrase, ce n'était pas l'objectif", a-t-elle dit. 
    Sa politique d'ouverture des frontières décidée il y a un 
an, et à laquelle s'oppose une part croissante de l'opinion 
allemande, explique en grande partie ce nouvel échec dans les 
urnes, à un an seulement des prochaines élections législatives. 
    Angela Merkel a refusé de dire si elle briguerait à cette 
occasion un quatrième mandat à la tête du gouvernement allemand 
mais a indiqué qu'elle était toujours motivée. 
     
    DISSENSIONS DANS L'ALLIANCE CDU/CSU 
    Campant sur une opposition frontale à la politique 
migratoire de Merkel, les populistes d'Alternative pour 
l'Allemagne (AfD), créée en 2013, ont obtenu eux 14,2% des voix 
et entrent au parlement de la capitale. Ils siègent désormais 
dans les assemblées de dix des seize Länder de la République 
fédérale.   
    Avec 21,6% des voix, le Parti social-démocrate (SPD) reste 
la première force parlementaire de la capitale mais perd près de 
sept points par rapport au précédent scrutin (28,3%). 
    Le SPD, qui gouvernait Berlin dans le cadre d'une coalition 
avec la CDU, pourrait rejeter la droite dans l'opposition en 
nouant une alliance avec les Verts et le parti de la gauche 
radicale Die Linke, qui sont respectivement crédités de 15,2% 
(-2,4 points par rapport à 2011) et de 15,6% (+3,9 points) des 
voix. 
    A un an des élections législatives, cette nouvelle 
déconvenue creuse le fossé qui sépare les deux composantes du 
camp conservateur, la CDU et sa petite soeur bavaroise, la CSU, 
s'imputant mutuellement la responsabilité des résultats de 
dimanche. 
    La CSU propose notamment que le nombre de migrants 
accueillis en Allemagne soit limité à 200.000, une suggestion 
que la chancelière a pour l'instant rejetée, même si elle semble 
désormais plus ouverte au compromis. 
    Selon elle, le peuple allemand refuse que le pays soit 
submergé par une vague de migration incontrôlée et non-régulée, 
et "c'est exactement ce pourquoi (elle) se bat". 
    "Justifier le passé n'est d'aucune aide", a réagi Horst 
Seehofer, chef de file de la CSU. "Nous avons besoin de réponses 
pour l'avenir et pour les prochaines années, voilà ce qu'attend 
le peuple", a-t-il déclaré après l'intervention de la 
chancelière. 
    Si la CDU et la CSU s'accordent sur une politique crédible 
sur les migrants, alors "nous aurons toutes les chances de 
remporter largement la prochaine élection fédérale", a-t-il 
ajouté. 
     
    L'AFD AUX PORTES DU BUNDESTAG 
    Les résultats enregistrés à Berlin, après les revers essuyés 
dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, fief d'Angela 
Merkel, et en Basse-Saxe, amènent l'AfD à viser un résultat à 
deux chiffres aux élections législatives de 2017, sur l'élan du 
résultat "fantastique" de dimanche. 
    "De plus en plus de personnes sont convaincues et 
reconnaissent que nous sommes une véritable alternative, à 
Berlin, mais aussi dans l'Allemagne toute entière", a déclaré le 
co-dirigeant du mouvement populiste Jörg Meuthen. 
    Un certain nombre d'observateurs jugent eux aussi que ces 
résultats laissent entrevoir une entrée de l'AfD à la chambre 
basse du Parlement. "Avec le résultat de Berlin, l'AfD consolide 
sa position et montre qu'elle est en mesure de séduire des 
électeurs de toutes les catégories - elle est désormais 
représentée dans une grande ville, dans les Länder de l'Est et 
dans d'autres Länder plus aisés, comme le Bade-Wurtemberg", 
souligne Thomas Jäger, analyste politique à l'université de 
Cologne. 
    En dépit de ces déconvenues, les chances de réélection de la 
chancelière restent élevées, mais elle risque d'apparaître 
fragilisée, tant en Allemagne qu'en Europe, où son étoile semble 
pâlir.   
    "Avec les retombées de la crise des réfugiés, Merkel réalise 
qu'elle n'a pas tant d'amis que ça en Europe. Et elle a besoin 
d'amis et d'alliés dans beaucoup de dossiers", relève un 
diplomate européen qui a étroitement travaillé avec la 
chancelière au cours de la crise de la zone euro. 
 
 (Henri-Pierre André et Nicolas Delame pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • CBARDAMU il y a 3 mois

    ancienne d'Allemagne de l'Est, il en reste des traces...

  • frk987 il y a 3 mois

    Un parcours sans faute pendant des années, puis un coup de folie qui va l'entraîner dans les bas fonds de l'Histoire et laisser le pays dans une situation "douteuse". C'est triste, mais c'est toujours ainsi lors du mandat ultime, le mandat de trop. Cf Mitterrand, de Gaulle, Chirac tous ont fait un mandat de trop.

Partenaires Taux