Forcing pour le "Made in France" dans la restauration collective

le
0

* L'interdiction de la discrimination est un principe européen * Des critères peuvent aider les éleveurs français * Ces derniers manquent surtout de compétitivité PARIS, 24 juillet (Reuters) - Le gouvernement et les collectivités locales se sont engagés vendredi à privilégier les produits des éleveurs français en crise dans l'énorme marché de la restauration collective sans changer les règles européennes sur les marchés publics. Devant la colère des éleveurs de bovins et de porcs, ainsi que des producteurs de lait, dont les prix sont parfois inférieurs au coût de production, l'exécutif français a annoncé une série de mesures, dont la restructuration de leur dette. On y trouve aussi l'appel à manger "français" dans la restauration collective, une mesure qui aurait un impact énorme et sur laquelle insiste beaucoup le gouvernement. "Je veux qu'il y ait sur l'approvisionnement local, la restauration collective, des décisions qui soient prises", a déclaré jeudi François Hollande en déplacement à Dijon. "Il y a encore dans les cantines deux tiers de l'approvisionnement qui ne vient pas de France", a-t-il rappelé, une proportion inverse de ce qui se passe en Allemagne. Il a annoncé "des actions" pour que toutes les cantines de l'Etat privilégient les produits français. Les associations des maires (AMF), des départements (ADF) et des régions de France (ARF), qui gèrent notamment le marché des cantines scolaires, se sont déclarées vendredi prêtes à privilégier elles aussi les produits des éleveurs français. "On peut dès la rentrée (...) monter très significativement le pourcentage de viande française (dans les cantines)", a déclaré sur BFM TV le président de l'AMF, François Baroin. "Il faut que l'Etat nous aide, fixe un cadre, assume ce choix, quitte à ce que le débat soit reporté ensuite dans des discussions avec Bruxelles." PRIVILÉGIER LA CONSOMMATION LOCALE Dans un communiqué, l'AMF, l'ADF et l'ARF disent que "la réglementation des marchés publics doit évoluer, en lien avec la Commission européenne, afin que soit instauré un critère privilégiant la consommation nationale et locale sécurisé juridiquement". Mais Stéphane Le Foll a refusé vendredi d'entamer avec ses partenaires européens une négociation sans espoir. "Ce serait perdre du temps", a-t-il déclaré après une rencontre avec les acteurs de la filière laitière. "Chacun peut faire de l'achat local aujourd'hui." Un responsable des institutions européennes a confirmé qu'il ne fallait pas compter sur un accord qui renationaliserait de facto les marchés agricoles européens. "Il n'est pas possible de faire une discrimination dans les appels d'offres pour les marchés publics", a-t-il expliqué en rappelant que la possibilité d'apposer sur l'étiquette la mention "viande bovine française" n'avait été acquise qu'à l'issue d'une très longue bataille européenne. La production française peut déjà être privilégiée en insérant des critères dans les appels d'offres pour la restauration collective "publique" - les entreprises privées échappent à toute contrainte et peuvent "manger français". Des critères sociaux, environnementaux et territoriaux peuvent ainsi être activés pour favoriser les produits français même si certaines collectivités ne disposent pas de "l'ingéniérie" pour mettre en oeuvre des mécanismes complexes. BONNES PRATIQUES Dans leur communiqué, les collectivités locales évoquent donc des pistes utilisées par certaines d'entre elles et qui pourraient faire école dans tout le pays, l'ARF s'engageant à les recenser et à les mutualiser. La Région Midi-Pyrénées incite ainsi les intendants de lycées à intégrer des produits locaux et portant un label de qualité grâce au financement du surcoût d'un euro par repas. Le financement de plateformes internet et logistiques pour mettre en contact fournisseurs et acheteurs locaux est envisagé. Le mouvement risque toutefois d'être freiné par le problème fondamental de l'élevage français : son manque de compétitivité qui se répercute sur les prix dans les appels d'offres. Malgré les protestations des éleveurs, le prix qu'ils perçoivent pour leurs productions de bovins et de lait est souvent supérieur à celui de leurs principaux concurrents, en particulier en Allemagne. Et le coût de la main-d'oeuvre dans les abattoirs est également plus élevé en France qu'Outre-Rhin. Dans l'immédiat, la France peut espérer début septembre obtenir de l'Union européenne des aides au stockage privé de la viande bovine, comme c'est déjà le cas pour le porc, afin d'éponger le marché, ce qui ferait remonter les cours. Stéphane Le Foll espère aussi obtenir lors de la réunion extraordinaire des ministres de l'Agriculture de l'UE, le 7 septembre prochain, des interventions sur les marchés laitiers pour éponger les surplus et débattre d'une meilleure régulation pour aider les producteurs qui, en France, n'ont pas suffisamment anticipé la fin des quotas laitiers en 2015 après 30 années de contingentement de la production. (Yves Clarisse, avec Elizabeth Pineau, Sybille de la Hamaide, Yann Le Guernigou et Grégory Blachier, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant