Football: Raymond Domenech crève un douloureux abcès

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RAYMOND DOMENECH LIVRE SA VERSION DU FIASCO DES BLEUS EN AFRIQUE DU SUD
RAYMOND DOMENECH LIVRE SA VERSION DU FIASCO DES BLEUS EN AFRIQUE DU SUD

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Deux ans après le psychodrame de Knysna, où l'équipe de France de football a sombré lors du Mondial sud-africain, l'ancien sélectionneur Raymond Domenech a fini par livrer sa version des faits sous la forme d'un grand règlement de comptes.

Jusque-là muet, le technicien qui ne fait pas mystère de son goût pour la provocation a tout consigné pendant les six ans de son mandat à la tête des Bleus, de 2004 à 2010. Il en a fait un livre, "Tout seul", à paraître mercredi.

La sortie de l'ouvrage est accompagnée d'une opération de communication savamment planifiée - invitation au Journal de 20h00 de TF1, lundi et conférence de presse, mardi, sans caméras. Comme pour crever l'abcès du naufrage de 2010.

Cette Coupe du monde s'était soldée par un match nul et deux défaites et surtout par une grève de l'entraînement consécutive à la mise à l'écart de Nicolas Anelka pour avoir insulté son sélectionneur.

Depuis, cet épisode qui a ridiculisé les Bleus aux yeux du monde résume à lui seul leur faillite en Afrique du Sud.

Au fil de ses 360 pages, "Tout seul" affleure par endroits le mea culpa d'un entraîneur conscient d'avoir précipité son équipe vers une élimination prématurée, sans voir venir l'échec qui se préparait.

"Je m'étais planté, je le sais et l'assume", admet Raymond Domenech. "Mais que je me sois trompé à ce point-là sur les joueurs, je n'aurais pu l'imaginer. Je ne me suis pas seulement planté sur leur niveau, je me suis fourvoyé sur leur mental."

Mais, ce faisant, l'ancien patron des Bleus fait porter l'essentiel de la responsabilité sur certains de ses anciens joueurs, coupables à ses yeux d'égoïsme et de multiplier les "caprices". Franck Ribéry le premier.

L'ailier du Bayern Munich est renvoyé dans l'ouvrage au rang de "diva susceptible". "Un joueur cadre de l'Euro 2008 m'avait prévenu au sujet de Ribéry et moi je lui ai donné les clefs ! Quel c.. je suis..."

"DIVA" CONTRE "BISOUNOURS"

L'attaquant Nicolas Anelka est quant à lui accusé d'avoir "tué le groupe" dans le huis-clos du vestiaire, à la mi-temps du match France-Mexique. "Enc..., t'as qu'à la faire tout seul ton équipe de merde !", aurait-il proféré, selon Raymond Domenech.

"Bizarrement, j'ai été moins choqué par l'insulte que par le tutoiement, qui cassait une barrière, celle des fonctions, des âges, de la hiérarchie", explique l'ancien sélectionneur qui raconte la scène par le menu.

Ceux que l'on présente habituellement comme les meneurs de la fronde ne sont pas les seuls mis en cause. L'attitude de Yoann Gourcuff, boudé par ses coéquipiers, a semble-t-il navré l'entraîneur.

"J'avais envie de lui mettre des gifles avec son air de garçon candide, de pauvre petit malheureux à qui on veut du mal, un meneur c'est un guerrier, pas un suiveur", relate Raymond Domenech.

Il reproche notamment au milieu lyonnais, sur lequel il comptait beaucoup, de s'être reclus "dans son monde des Bisounours" tout au long du séjour en Afrique du Sud.

La faillite de l'équipe ne fut pas que morale, mais aussi sportive, selon le diagnostic rétrospectif du technicien.

"Quant à (William) Gallas, il a plombé en beauté notre secteur défensif (lors de France-Mexique) par sa fébrilité et son absence (...) Patrice Evra, lui, mais je le pressentais déjà, confirma qu'il peinait à enchaîner les matches de haut niveau."

D'autres joueurs qui n'avaient pas fait le voyage en Afrique du Sud en sont quittes pour quelques égratignures. Ainsi Karim Benzema est-il taxé de "morgue" et Samir Nasri "symbolise cette dérive des joueurs qui ne pensent qu'à leur gueule".

Raymond Domenech confie avoir vécu ces quelques semaines à la pointe sud de l'Afrique comme un calvaire. Mais il a, depuis, trouvé un peu de consolation dans les résultats récents de l'équipe de France, éliminée en quarts de finale de l'Euro 2012.

L'impuissance de Laurent Blanc, dont plusieurs joueurs ont encore été brocardés voire punis pour leur attitude, a prouvé, au moins à son prédécesseur, qu'il n'y avait pas mieux à faire.

Que les Bleus n'avaient pas le niveau.

Edité par Gregory Blachier

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