Football: les clubs français paient leur manque de compétitivité

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PHILIPPE DIALLO ESTIME QUE LE FOOTBALL FRANÇAIS PAIE SON MANQUE DE COMPÉTITIVITÉ
PHILIPPE DIALLO ESTIME QUE LE FOOTBALL FRANÇAIS PAIE SON MANQUE DE COMPÉTITIVITÉ

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - L'absence de club français dans le dernier carré des coupes européennes illustre une fois encore leur manque de compétitivité à l'échelle continentale, estime Philippe Diallo, directeur général de l'Union des clubs professionnels.

Une accumulation de piètres performances a fini par coûter à la France sa cinquième place au classement UEFA, où la devance désormais le Portugal, derrière l'intouchable trio Angleterre-Espagne-Allemagne et l'Italie.

Dernier représentant national en Coupe d'Europe, l'Olympique de Marseille n'a pu sauver la patrie, surclassé par le Bayern Munich en quart de finale de la Ligue des champions.

Ce glissement n'est pas en soi une catastrophe sportive. Il condamnera le troisième de la Ligue 1 à disputer deux tours préliminaires au lieu d'un pour accéder à la Ligue des champions mais ne prive pas les clubs français d'une place européenne.

Calculé à partir des résultats sur cinq saisons, l'indice expose en revanche de façon sévère un recul attendu.

"Malheureusement, ce n'est pas vraiment une surprise", commente Philippe Diallo dans un entretien à Reuters.

"Aujourd'hui, aucun club français n'a les moyens d'aligner une attaque avec Arjen Robben, Mario Gomez et Franck Ribéry", dit-il en citant le trident offensif munichois.

"Or on l'a vu avec Bayern-Marseille ou avec Lionel Messi et le Barça hier (mardi), ce sont les grands joueurs qui font la différence dans les grands matches."

"HÉMORRAGIE DES TALENTS"

Ces grands joueurs, la France les voyait évoluer tous les week-ends sur ses pelouses quand l'OM lui offrit sa première et unique Coupe des clubs champions en 1993 ou quand le Paris Saint-Germain ravit la Coupe des Coupes, en 1996.

Depuis, rares ont été les incursions, jamais gagnantes, au plus haut niveau - Marseille finaliste de la Coupe de l'UEFA en 1999 et 2004, Monaco de la Ligue des champions en 2004.

Pour Philippe Diallo, la première fracture se situe au mitan des années 1990, quand l'arrêt Bosman a mis fin aux quotas de joueurs communautaires dans les clubs, libérant le marché du travail et par là celui des transferts.

"Si on se rappelle qu'il y a une époque où on était deuxièmes, ça indique que la France a été une des premières victimes de l'ouverture non régulée des frontières", dit-il.

"On a été victime d'un exode, d'une hémorragie des talents."

Il ne faut cependant pas voir dans cette seule disposition européenne la source de tous les maux. En 2008, la France était encore quatrième à l'indice UEFA, devant l'Allemagne.

Philippe Diallo le sait, qui égrène d'autres explications.

"Il y a ce sur quoi nous tirons la sonnette d'alarme depuis un moment, c'est le manque de compétitivité économique et sociale par rapport à nos voisins", souligne-t-il.

"C'est pénalisant car pour employer le même joueur, cela coûte entre 17% et 24% de plus."

Le football français a notamment été privé il y a deux ans du Droit à l'image collective, une niche fiscale qui permettait de transférer sur cette ligne jusqu'à 30% de la rémunération d'un sportif, donc de réduire d'autant les charges salariales.

Sa suppression a coûté 65 millions d'euros en deux ans aux clubs français, selon Philippe Diallo, d'autant qu'il s'est "appliqué de façon injuste aux contrats en cours".

Si le football français dit souffrir d'une fiscalité élevée - et ne manque pas de le faire savoir, comme l'a montré le vent de protestations contre l'idée du candidat à la présidentielle François Hollande d'imposer à 75% les revenus supérieurs un million d'euros - il déplore aussi une iniquité européenne.

"Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Un certains nombres de clubs jouent avec une équipe à crédit", tance Philippe Diallo.

Selon une étude de l'UEFA publiée en janvier dernier, les pertes nettes des clubs européens atteignaient 1,6 milliard d'euros fin 2010, pour un chiffre d'affaires de 12,97 milliards.

L'introduction par l'UEFA du Fair-play financier, une "règle d'or" pour clubs de football, devrait commencer à corriger cela, même si l'Europe n'en est pas encore à se doter, comme en France, d'une Direction nationale du contrôle de gestion.

L'EXEMPLE PORTUGAIS

Reste que les causes du mal français sont aussi à chercher dans une réflexion sportive ou économique hasardeuse.

La France paie ainsi la désuétude de ses infrastructures après avoir manqué un tournant au moment de la Coupe du monde 1998 en concentrant ses investissements sur le Stade de France, quand l'Allemagne a si bien mis à profit le Mondial 2006.

"On a pris du retard avec nos stades. Ça nous a privé d'enceintes modernes susceptibles d'être des relais de croissance. Heureusement, l'Euro 2016 va nous permettre de corriger ça", observe Philippe Diallo alors que poussent entre autres de nouveaux écrins à Lille ou bientôt à Lyon.

Il y a aussi des résultats qui interrogent: cette saison, Rennes n'a pas gagné un match dans son groupe de Ligue Europa et le PSG n'a pas su se défaire d'adversaires aussi redoutables que le Red Bull Salzbourg ou le Slovan Bratislava.

"Il y a un manque d'intérêt de nos clubs pour la Ligue Europa qui peut s'expliquer par l'importance du championnat et du classement pour les droits télé", relève Diallo.

"Les clubs français devraient être régulièrement en quart, demie ou finale... comme les Portugais l'an dernier avec trois clubs en demi-finale et deux en finale, malgré des budgets pas supérieurs".

Edité par Pascal Liétout

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