Football: le cas M'Vila interpelle les formateurs rennais

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par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Face aux écarts extra-sportifs de Yann M'Vila qui défraient la chronique depuis plusieurs mois, le directeur du centre de formation du Stade rennais prône un meilleur accompagnement des jeunes footballeurs professionnels et défend le rôle éducatif de sa structure.

"Avec le premier contrat professionnel viennent l'argent, les agents, les conseillers plus ou moins bien intentionnés. Il y a des garçons qui sont solides et d'autres qui peuvent y perdre leur route", résume Patrick Rampillon dans un entretien accordé à Reuters.

"L'accompagnement n'est sans doute pas suffisant après leur formation et il y a des choses à faire en ce sens", ajoute-t-il, insistant sur l'importance des proches dans l'équilibre psychologique de joueurs qui, à dix-huit ans, se retrouvent confrontés à une soudaine notoriété et doivent gérer des salaires conséquents.

Après diverses frasques impliquant notamment des prostituées qui l'avaient détroussé puis un adolescent l'accusant de l'avoir frappé, Yann M'Vila a de nouveau fait parler de lui récemment.

Avec quatre autres membres de l'équipe de France Espoirs, réunie au Havre début octobre, le milieu de terrain rennais s'est offert une sortie en boîte de nuit à Paris entre deux matches très importants pour les Bleuets.

Le jeudi 8 novembre, les cinq noctambules passeront devant la commission de discipline de la Fédération française de football (FFF) pour cette incartade.

"Yann M'Vila a plus d'amis aujourd'hui qu'il n'en avait quand je suis allé le chercher, mais il y a ami et ami", remarque Patrick Rampillon qui ne se souvient pas du milieu de terrain international comme d'un joueur particulièrement "compliqué à gérer" lors de son passage au centre de formation.

"Il y a des influences qui peuvent changer une personne", dit-il.

Intégré au centre de formation du club breton à l'âge de quinze ans, Yann M'Vila aura en tout cas bénéficié durant trois ans, comme plusieurs générations de footballeurs en herbe, d'une structure qui ne se contente pas de former des sportifs de haut niveau.

"Le centre de formation s'appuie sur trois piliers, la qualité du recrutement, le contenu footballistique et la construction de l'individu", explique Patrick Rampillon.

"UNE CERTAINE FORME DE VIE FACILE"

Pour remplir ce troisième objectif, le directeur du centre insiste sur l'importance de l'encadrement.

A Rennes, où l'on compte en moyenne une trentaine d'apprentis footballeurs en internat, on compte pas moins de vingt-sept professeurs pour assurer des cours de la troisième à la terminale, huit entraîneurs à temps plein et autant de surveillants.

A cela s'ajoute, trois soirs par semaine, la venue d'un psychologue intervenant sur la préparation mentale et différentes sessions sur l'hygiène de vie ou la gestion de l'argent.

"Les entraînements ne représentent qu'un sixième de leur temps et nous cherchons aussi à les ouvrir sur le monde de l'entreprise avec des visites au journal Ouest-France ou à l'usine PSA de Rennes", souligne Patrick Rampillon.

Pour Yvon Trotel, psychologue sportif et spécialiste du football, les centres de formation dans leur ensemble restent cependant loin du compte dans la préparation des jeunes pousses à une future carrière de haut niveau.

"On ne prépare pas une vie de privilégié en allant regarder celle des autres. Les centres de formation se sont développés avec les moyens humains des clubs mais sans véritables projets ni schémas préventifs par rapport aux risques que comportent la réussite, la gloire, l'argent et une certaine forme de vie facile", relève-t-il.

"Beaucoup de sportifs de haut niveau et pas seulement les footballeurs sont aussi surtout préoccupés par leur notoriété sans se soucier de leur image, une notion qui n'est pas assez travaillée".

Nul doute en effet que, si Yann M'Vila a connu une ascension rapide en étant pré-sélectionné dès l'âge de vingt ans en équipe de France pour la coupe du Monde 2010, son image est aujourd'hui passablement écornée.

Après quelques semaines de purgatoire en CFA puis un retour avec l'équipe de L1 lors du dernier match de Coupe de la ligue contre Arles-Avignon, le Stade Rennais veut toutefois croire à une possible rédemption.

"Au début, Sylvain Wiltord était un peu fou-fou mais il a fait une remarquable carrière jusqu'à l'âge de 36 ans", se souvient Patrick Rampillon.

Edité par Olivier Guillemain

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